Ouganda : Yoweri Museveni, l’octogénaire, réélu pour un septième mandat


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Yoweri Museveni
Yoweri Museveni

Le chef de l’État sortant remporte un septième mandat avec plus de 71 % des voix. Son rival Bobi Wine, crédité de moins de 25 %, rejette les résultats et affirme avoir échappé à une descente des forces de sécurité à son domicile.

Le Président ougandais, Yoweri Museveni, a été réélu à la tête de l’Ouganda à l’issue du scrutin présidentiel du 15 janvier 2026. Selon les résultats finaux annoncés ce samedi 17 janvier par la Commission électorale, le chef de l’État sortant obtiendrait 71,65 % des suffrages, loin devant son principal rival, l’opposant Bobi Wine, crédité de 24,72 % des voix.

Âgé de 81 ans, dont quarante déjà passés au pouvoir, Yoweri Museveni briguait un septième mandat consécutif. Cette nouvelle victoire lui permet de prolonger de cinq années supplémentaires un règne entamé en 1986, faisant de lui l’un des dirigeants les plus anciens du continent africain encore en exercice. À Kampala comme dans plusieurs grandes villes du pays, des affiches de campagne à l’effigie du Président témoignaient, ces derniers jours, d’une mobilisation importante de l’appareil politique au pouvoir.

Un scrutin contesté et sous haute tension

Si la Commission électorale a rapidement proclamé les résultats de la Présidentielle, l’ensemble de la séquence électorale reste entouré de vives contestations. Les élections législatives, organisées simultanément le jeudi précédent, doivent encore livrer leurs chiffres définitifs. Mais déjà, plusieurs organisations de la société civile régionale dénoncent un climat électoral marqué par la répression, des violences et des fraudes présumées.

Ces critiques font écho aux accusations répétées de l’opposition, qui affirme que le scrutin n’a pas été libre ni transparent. Bobi Wine, chanteur devenu figure majeure de l’opposition et candidat malheureux pour la deuxième fois à la présidence, rejette catégoriquement les résultats annoncés.

Bobi Wine dit avoir échappé aux forces de sécurité

Dans un message publié sur les réseaux sociaux ce samedi 17 janvier, Bobi Wine affirme avoir échappé à une descente des forces de sécurité à son domicile, situé dans le quartier de Maguéré, à Kampala, contrairement à l’annonce faite plus tôt par son parti qui faisait état de son arrestation et de sa conduite vers une destination inconnue. « La nuit dernière a été très difficile, chez nous. L’armée et la police ont fait une descente. Je tiens à confirmer que j’ai réussi à leur échapper », déclare-t-il dans cette communication.

L’opposant précise qu’il n’est plus chez lui, tandis que sa femme et d’autres membres de sa famille seraient toujours assignés à résidence. Ces déclarations ont été formellement démenties par la police. Devant des journalistes, son porte-parole a nié toute tentative d’arrestation ou de blocage du domicile de Bobi Wine, évoquant seulement la mise en place de « points de contrôle dans des zones sensibles en matière de sécurité ».

Accusations de fraudes et appel à la mobilisation pacifique

Au moment où Bobi Wine diffusait sa vidéo, la réélection de Yoweri Museveni n’était pas encore officiellement proclamée. Anticipant l’annonce des résultats, l’opposant a déclaré que, quels que soient les chiffres publiés par la Commission électorale, ils seraient « faux ». Il accuse les autorités d’avoir organisé des élections truquées, avec des résultats fabriqués, et réclame la publication en ligne des procès-verbaux originaux bureau par bureau.

Bobi Wine a également appelé les Ougandais à se mobiliser, tout en insistant sur le caractère non violent des manifestations qu’il souhaite voir organiser. Un appel qui intervient dans un contexte où toute contestation post-électorale est scrutée de près par les autorités, dans un pays régulièrement accusé de restreindre l’espace civique et politique.

Un pouvoir solidement installé, une opposition fragilisée

La réélection de Yoweri Museveni confirme la solidité de son emprise sur les institutions ougandaises, malgré une contestation persistante et une population jeune dont une partie exprime un désir de changement. Pour ses partisans, le Président incarne la stabilité et la continuité. Pour ses détracteurs, cette longévité au pouvoir est synonyme de verrouillage politique et d’affaiblissement de la démocratie.

En attendant les résultats complets des élections législatives, l’Ouganda entre dans une nouvelle phase politique tendue. La gestion des contestations annoncées par l’opposition et la réaction des autorités dans les jours à venir seront déterminantes pour l’avenir immédiat du climat politique et des libertés publiques dans le pays.

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Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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