
L’Algérie a rapidement condamné la tentative de coup d’État qui a secoué Niamey dans la nuit du 28 au 29 août 2026, et réaffirmé son soutien aux autorités nigériennes. Ce soutien s’est traduit dès le lendemain par l’arrivée à Niamey de nouveaux moyens aériens algériens, quelques semaines après un premier don d’hélicoptères. Ces gestes s’inscrivent dans une stratégie plus large de rapprochement avec le Niger, le Mali et le Burkina Faso, dont dépend aussi la réalisation de grands projets structurants comme le gazoduc transsaharien.
Des militaires mutins avaient pris pour cible la base aérienne 101, située dans l’enceinte de l’aéroport international Diori-Hamani, ainsi que plusieurs sites sensibles de la capitale, dont les abords du palais présidentiel. La télévision publique RTN a diffusé des images de dizaines de soldats mutins arrêtés, faisant état de plusieurs tués parmi les insurgés. Selon l’agence Associated Press, l’Africa Corps russe aurait apporté un appui aérien et terrestre aux forces loyalistes. Le calme était revenu dans la capitale dès le 31 août. La Confédération des États du Sahel (AES), qui regroupe le Niger, le Mali et le Burkina Faso, a de son côté dénoncé une « trahison » orchestrée par un groupe de soldats dissidents, saluant la réaction des forces loyalistes.
Alger choisit son camp
Quelques heures après les affrontements, l’Algérie été un des premier pays voisins a afficher clairement sa position. Dans un communiqué, le ministère algérien des Affaires étrangères a assuré les autorités nigériennes de sa « pleine solidarité » et de son « ferme soutien » pour surmonter cette épreuve.
Pour Alger, toute déstabilisation du Niger aurait des conséquences directes sur la sécurité du Sahel, mais aussi sur le sud du territoire algérien. Les deux pays partagent une longue frontière, dans une région où se mêlent activités djihadistes et trafics transfrontaliers. L’Algérie considère la solidité de l’État nigérien comme un élément essentiel de sa propre sécurité, et réaffirme à cette occasion un principe constant de sa politique étrangère : les crises régionales doivent être réglées par les acteurs africains eux-mêmes, sans intervention étrangère imposée.
Un soutien militaire qui s’intensifie
Le soutien algérien était déjà devenu concret avant les événements de Niamey. Le 9 août, l’Armée nationale populaire avait offert aux forces nigériennes quatre hélicoptères, deux Mi-24V et deux Mi-171, accompagnés de munitions, de pièces de rechange ainsi que de matériel de maintenance et de soutien logistique.
Le lendemain même de la mutinerie, le Premier ministre Ali Mahamane Lamine Zeine a annoncé, sur sa page Facebook officielle, avoir pris part le 30 août à l’aéroport international Diori Hamani de Niamey à la cérémonie marquant l’arrivée de quatre avions de chasse Soukhoï Su-30, accompagnés d’un Iliouchine Il-76 de transport militaire et d’un Iliouchine Il-78 ravitailleur. Il y voit le signe d’un « renforcement de la coopération stratégique entre le Niger et l’Algérie ». La cérémonie s’est déroulée en présence du général d’armée Salifou Mody, ministre d’État chargé de la Défense nationale, du général de division Moussa Salaou Barmou, chef d’état-major des armées, et du général de brigade Ibroh Amadou Bacharou, chef d’état-major particulier du président de la République, aux côtés de plusieurs autres responsables civils et militaires.
Cette double livraison, intervenue en moins de trois semaines, illustre la montée en puissance de la coopération sécuritaire entre Alger et Niamey, dans un contexte où le Niger reste confronté à la persistance des attaques jihadistes près de ses frontières avec le Mali et le Burkina Faso.
Le rapprochement avec les trois pays de l’AES
Ce soutien doit être replacé dans le contexte du retour diplomatique de l’Algérie auprès des trois États membres de la Confédération des États du Sahel. Les relations entre Alger et ces trois pays s’étaient dégradées après la crise diplomatique provoquée, en avril 2025, par la destruction d’un drone malien près de la frontière algérienne. Depuis le début de l’année 2026, l’Algérie a multiplié avec succès les initiatives pour rétablir le dialogue avec Niamey, Ouagadougou et Bamako.
Le rapprochement avec le Mali a connu une accélération durant l’été, avec le retour des ambassadeurs et la réouverture des espaces aériens. Le Premier ministre malien Abdoulaye Maïga s’est rendu à Alger le 24 août, où il a été reçu par le président Abdelmadjid Tebboune. Les 26 et 27 août, son homologue nigérien Ali Mahaman Lamine Zeine a effectué à son tour une visite de travail en Algérie, également couronnée par une audience présidentielle.
La tentative de coup d’État est ainsi survenue moins de deux jours après le départ d’Alger du chef du gouvernement nigérien. La rapidité de la réaction algérienne, tant diplomatique que militaire, confirme la qualité des discussions engagées entre les deux pays. Alger souhaite bâtir avec l’AES un espace de coopération fondé sur la sécurité et le développement économique, dans le respect des souverainetés nationales.
Le gazoduc transsaharien dépend de la paix au Niger
La stabilité nigérienne est également indispensable à la réalisation du gazoduc transsaharien (Trans-Saharan Gas Pipeline ou TSGP). Long de plus de 4 000 kilomètres, ce projet doit transporter le gaz naturel du Nigeria vers l’Algérie en traversant le Niger, avant son acheminement vers l’Europe et d’autres marchés internationaux.
Début juin 2026, l’Algérie, le Niger et le Nigeria ont validé le rapport final de l’étude de faisabilité actualisée. Les travaux du tronçon algérien ont ensuite été officiellement lancés à Aoulef, dans la wilaya d’Adrar. Ce corridor énergétique ne peut toutefois exister durablement sans un Niger capable d’en garantir la sécurité sur la durée.
En se tenant aux côtés de Niamey, sur le plan diplomatique comme sur le plan militaire, l’Algérie défend à la fois la sécurité d’un pays voisin et son rapprochement avec l’AES. Le sort du gazoduc transsaharien et de la route Alger-Lagos, tous deux tributaires de la stabilité nigérienne, illustre l’ampleur de cet enjeu régional.




