
Après la crise du drone malien abattu à Tin Zaouatine au printemps 2025, Alger a progressivement rétabli ses relations avec les trois capitales de la Confédération des États du Sahel. Le rapprochement a d’abord emprunté la voie de l’énergie et de l’économie avec Niamey et Ouagadougou, avant de gagner le terrain sécuritaire. Avec Bamako, la normalisation reste plus fragile.
Le 9 août 2026, deux hélicoptères Mi-24V et deux Mi-171 ont quitté la base de déploiement secondaire d’In Guezzam, dans l’extrême sud algérien, pour rejoindre Niamey. Le ministère algérien de la Défense a présenté l’opération comme un don à l’armée nigérienne. Les appareils étaient accompagnés de munitions, de pièces détachées et d’équipements de soutien et de maintenance. Ils ont été réceptionnés par le général Salifou Maïnassara, chef d’état-major de l’armée de l’air nigérienne.
Le même jour, à Alger, le Premier ministre Sifi Ghrieb s’entretenait par téléphone avec son homologue malien Abdoulaye Maïga. Les deux hommes ont réaffirmé leur volonté de donner un nouvel élan aux relations bilatérales, et le chef du gouvernement malien a été invité à effectuer une visite de travail en Algérie.
Quinze mois plus tôt, les trois pays de l’AES rappelaient leurs ambassadeurs en Algérie. Dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2025, la défense antiaérienne algérienne avait abattu un drone militaire malien de type Bayraktar Akıncı près de Tin Zaouatine. Alger affirmait que l’appareil avait pénétré de deux kilomètres dans son espace aérien alors que Bamako contestait cette version. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger avaient rappelé leurs représentants, Alger avait pris des mesures réciproques et les espaces aériens algérien et malien avaient été fermés l’un à l’autre. En septembre 2025, la querelle s’invitait à la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies.
Le Niger, premier point d’appui
C’est avec Niamey que la reprise a été la plus rapide. Fin janvier 2026, Mohamed Arkab, ministre d’État algérien chargé des Hydrocarbures et des Mines, s’est rendu au Niger pour relancer plusieurs dossiers énergétiques. Le 12 février, les deux pays ont annoncé le retour de leurs ambassadeurs. Trois jours plus tard, le général Abdourahamane Tiani arrivait à Alger pour une visite de deux jours à la tête d’une importante délégation ministérielle. Les discussions ont dépassé le seul domaine énergétique pour toucher notamment aux infrastructures, à la santé et à la formation. Une deuxième session de la Grande commission mixte algéro-nigérienne s’est ouverte à Niamey le 23 mars.
Le gazoduc transsaharien est rapidement devenu la vitrine de ce rapprochement. Le 3 juin, à Alger, la cinquième réunion ministérielle du comité de pilotage du Trans-Saharan Gas Pipeline (TSGP) a fait le point sur l’actualisation de l’étude de faisabilité du projet, confiée à Penspen. Le lendemain, à Aoulef, dans la wilaya d’Adrar, Mohamed Arkab, son homologue nigérien Hamadou Tini et le ministre nigérian Ekperikpe Ekpo ont officiellement lancé les travaux de la section algérienne, en présence du PDG de Sonatrach, Nour Eddine Daoudi.
Long de plus de 4 000 kilomètres, le TSGP doit relier le Nigeria à Hassi R’Mel en traversant le Niger puis le Sahara algérien. À partir du grand hub gazier algérien, le gaz pourrait rejoindre les infrastructures nationales et les capacités d’exportation existantes vers les marchés internationaux, notamment européens. Évoqué depuis les années 1970 et formalisé par un accord intergouvernemental signé à Abuja en 2009, le projet quitte le terrain des études pour celui du chantier.
Le TSGP part avec une longueur d’avance
Le TSGP est en concurrence avec le gazoduc Nigeria-Maroc, rebaptisé Gazoduc africain atlantique, que Rabat porte depuis 2016 le long de la façade ouest-africaine. Sur les paramètres mesurables, le tracé saharien part avec une avance. Il mesure 4 128 kilomètres et traverse trois pays, quand la route atlantique en compte près de 6 800 pour treize pays ; son coût, estimé à 13 milliards de dollars en 2009 et réévalué depuis entre 12 et 18 milliards d’euros par le ministère algérien des Hydrocarbures, reste très inférieur aux 25 milliards de dollars annoncés côté marocain qui seront surement réévalués prochainement. Enfin, à Hassi R’Mel, le gaz nigérian se brancherait en outre sur TransMed et Medgaz, deux gazoducs déjà construits et amortis vers l’Italie et l’Espagne. La Banque africaine de développement s’est dite prête à participer au financement. Le Niger, placé au cœur du tracé transsaharien, en devient un partenaire d’autant plus stratégique.
Le don militaire du 9 août ajoute une dimension sécuritaire à cette coopération. Les deux Mi-24 renforcent les capacités d’appui aérien de l’armée nigérienne, tandis que les Mi-171 peuvent être employés pour le transport de troupes, la logistique ou les évacuations. Selon le site spécialisé MENA Defense, les appareils d’attaque ont en outre reçu un camouflage inédit parmi les Mi-24 algériens.
Ouagadougou, par les mines et l’électricité
Le rapprochement avec le Burkina Faso a suivi une voie comparable, mais plus discrète. Les 12 et 13 février 2026, une délégation conduite par Mohamed Arkab et le ministre algérien de l’Énergie Mourad Adjal s’est rendue à Ouagadougou. Les discussions ont débouché sur un renforcement de la coopération dans les mines, l’énergie, les hydrocarbures et le contenu local.
Les deux parties ont notamment évoqué la formation et le transfert de compétences, la réhabilitation des centrales électriques, l’électrification rurale, ainsi qu’un rapprochement entre Sonatrach et la Société nationale burkinabè d’hydrocarbures, la SONABHY, pour l’approvisionnement en produits raffinés.
Ibrahim Traoré assure en 2026 la présidence en exercice de la Confédération des États du Sahel. Le rétablissement des échanges avec Ouagadougou facilite le retour d’Alger dans le dialogue avec l’ensemble AES.
Bamako, le dossier le plus difficile
Le Mali est resté le partenaire le plus difficile à reconquérir diplomatiquement. Encore en février, les autorités maliennes démentaient l’imminence d’un retour de leur ambassadeur à Alger. La reprise des contacts a ensuite coïncidé avec une forte détérioration de la situation sécuritaire malienne.
Le 25 avril 2026, le Front de libération de l’Azawad (FLA) et le Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), ont lancé une offensive coordonnée contre plusieurs positions et villes maliennes, notamment Bamako, Kati, Gao, Kidal et Sévaré. Le ministre de la Défense, le général Sadio Camara, a été tué lors de l’attaque de sa résidence à Kati. Kidal est passée sous le contrôle des rebelles, tandis que les forces maliennes et leurs alliés russes se repliaient vers Anéfis. Tessalit a également été perdue dans les semaines suivantes.
Les combats se sont ensuite concentrés autour d’Anéfis en juillet. Dans ce contexte, le 10 juillet, Alger et Bamako ont annoncé le rétablissement de leurs ambassadeurs et la réouverture réciproque de leurs espaces aériens. Le gouvernement malien a présenté la décision comme une volonté de « redynamiser » les relations de coopération et d’amitié entre les deux pays, mais c’est une nette victoire diplomatique d’Alger.
Début août, Abdoulaye Maïga évoquait publiquement une « convergence totale de vues » entre Assimi Goïta et Abdelmadjid Tebboune autour de la souveraineté des États et de la non-ingérence. L’invitation adressée le 9 août par Sifi Ghrieb doit permettre de donner un contenu concret à cette normalisation.
Sécuriser les frontières
Dans un rapport publié le 15 juillet, Algérie-Mali : consolider la détente, l’International Crisis Group recommande aux deux voisins de profiter du rapprochement pour commencer par sécuriser leur frontière commune, longue de près de 1 400 kilomètres, avant de chercher une solution politique plus large associant les différents belligérants. L’organisation suggère également à Alger de mettre à profit ses relations avec Moscou et Ankara pour favoriser une telle démarche.
L’Institute for Security Studies relevait déjà en mars que la reprise différenciée des relations entre Alger, Niamey, Ouagadougou et Bamako constituait un test pour la Confédération AES car ses trois membres doivent concilier leur solidarité politique avec des intérêts nationaux qui ne sont pas toujours identiques.
La date de la visite d’Abdoulaye Maïga à Alger n’a pas encore été annoncée, mais elle sera un marqueur pour la région.





