
Réunis jeudi 10 septembre à la Présidence de la République, Kamel Sidi Saïd, et le ministre de la Communication Mohamed Bouslimani ont esquissé les contours d’une réforme attendue de longue date. Le contenu précis des décisions promises reste à préciser, mais la méthode annoncée dessine déjà une inflexion notable.
En réunissant à la Présidence les directeurs des chaînes publiques et privées, aux côtés des représentants du ministère de la Communication et des services du Premier ministre, Kamel Sidi Saïd a choisi de suivre personnellement un dossier longtemps traité de façon dispersée entre plusieurs administrations. Le conseiller du président Abdelmadjid Tebboune, chargé de la Direction générale de la communication, a coprésidé les échanges avec Mohamed Bouslimani, un choix qui suggère une volonté de coordination directe entre la Présidence et le ministère dans un souci d’optimisation de la démarche.
Présentée comme la première d’un cycle de rencontres, cette réunion a d’abord servi à faire remonter les difficultés des opérateurs. On peut y lire une inflexion de méthode car la Présidence semble vouloir associer les acteurs du secteur à la définition des priorités avant de trancher, plutôt que d’imposer une réforme déjà arrêtée. Kamel Sidi Saïd a par ailleurs annoncé des décisions « de manière urgente », en coordination avec le ministre de la Communication, sans que leur contenu soit à ce stade rendu public, ce qui invite à juger l’ambition affichée sur ses effets concrets, dans les semaines à venir.
Un principe qui redéfinit la place du privé
Le point le plus commenté de la réunion tient au principe défendu par Kamel Sidi Saïd pour qui il n’existerait pas de différence entre secteur public et secteur privé lorsqu’il s’agit de servir le pays, les deux formant un seul audiovisuel algérien appelé à porter les intérêts stratégiques du pays.
Si elle se confirme dans les faits, cette lecture donnerait aux chaînes privées un statut de partenaires à part entière de la stratégie médiatique nationale, alors qu’elles ont longtemps été perçues comme des acteurs commerciaux évoluant en marge de celle-ci. Elle pourrait ouvrir la voie à des coproductions, à des échanges de compétences entre journalistes et techniciens, et à une présence plus affirmée des contenus algériens à l’étranger.
Penser le service public de l’information comme un effort partagé entre acteurs compétents, public et privé confondus, correspond à une lecture plus contemporaine du secteur que l’idée d’un monopole à préserver et c’est bien une action utile et moderne. « Tout cela entre dans le cadre des recommandations de M le président de la République qui attache une très grande importance au secteur de la communication », a précisé Kamel Sidi Said lors de son intervention.
La pression du numérique, en toile de fond
Le ministre de la Communication a demandé aux chaînes de gagner en efficacité et de mieux faire connaître les réalisations de l’État dans les domaines économique et social, tout en plaçant les préoccupations du citoyen au centre du travail médiatique. La demande traduit une lecture assez lucide du contexte car l’audiovisuel algérien doit désormais retenir un public sollicité en permanence par YouTube, TikTok et les grandes plateformes internationales. Il faut que les acteurs médiatiques sortent de leur zone de confort pour garder le lien avec le téléspectateur qui est désormais autant devant son téléviseur que sont téléphone mobile.
Y répondre suppose une information crédible, des programmes capables de retenir l’attention, et une ambition à l’international pour porter l’image de l’Algérie en Afrique, dans le monde arabe et auprès de sa diaspora. Le cadre juridique a déjà évolué sur ce terrain, avec la loi de décembre 2023 sur l’activité audiovisuelle et le décret de mars 2026 fixant les montants d’autorisation des services de télévision et de radio. L’enjeu, désormais, se déplace vers la traduction économique, technique et éditoriale de ces textes. C’est précisément le terrain sur lequel les prochaines décisions de Kamel Sidi Saïd et Mohamed Bouslimani seront attendues.
En choisissant d’agir rapidement et d’associer l’ensemble des acteurs, Kamel Sidi Saïd et Mohamed Bouslimani envoient un signal qui va dans le sens d’une réforme désormais jugée nécessaire au plus haut niveau de l’État. Maintenant il faut que l’orientation se transforme en programme avec une presentation des mesures effectivement retenues sur le financement, la publicité, la production nationale et l’accès des chaînes, publiques comme privées, aux moyens de diffusion.
Un même mouvement, engagé côté cinéma
Cette manière de lier urgence et concertation n’est pas isolée. Elle prolonge, côté audiovisuel, une dynamique amorcée un an plus tôt lors des Assises nationales du cinéma de janvier 2025. Abdelmadjid Tebboune avait alors appelé les professionnels à définir eux-mêmes les priorités d’un secteur en quête de modernisation, avant qu’une étude stratégique ne décline, en juillet 2025, vingt mesures autour du financement, de la formation et de l’attractivité internationale. La stratégie nationale du cinéma 2026-2030, examinée en Conseil interministériel en mars dernier, en constitue aujourd’hui le prolongement institutionnel.
La méthode retenue pour l’audiovisuel, concertation d’abord, décisions rapides ensuite, s’inscrit dans la même logique, pour donner à la politique culturelle et médiatique algérienne une cohérence d’ensemble.






