
Pour la première fois en Algérie, un atelier sera entièrement consacré à la restauration numérique des films. Organisé du 26 septembre au 1er octobre 2026 dans le cadre de la 21ᵉ édition des Rencontres cinématographiques de Béjaïa, il réunira seize participants autour d’une œuvre fondatrice du cinéma algérien : Yasmina, tournée en 1961 par Djamel Chanderli et Mohammed Lakhdar-Hamina.
Un patrimoine dispersé et menacé
Restaurer les films algériens en Algérie, avec des techniciens formés sur place, répond à une nécessité concrète. En effet, aujourd’hui une partie du patrimoine cinématographique national reste dispersée entre plusieurs institutions et plusieurs pays. Parfois, les copies disponibles sont exposées au vieillissement des pellicules dans des conditions de conservation parfois insuffisantes et surtout à la disparition progressive des savoir-faire techniques.
L’atelier « Initiation à la restauration de film » s’inscrit dans les Rencontres cinématographiques de Béjaïa (RCB), organisées depuis 2003 par l’association Project’Heurts. Gratuite, la formation accueillera seize professionnels et étudiants à la Maison de la Culture de Béjaïa. Elle est portée par l’Archive Circulation Initiative et les Archives numériques du cinéma algérien, projet mené par le réalisateur et archiviste Nabil Djedouani, également directeur artistique des RCB, en partenariat avec les Archives nationales du film de la République tchèque et le Centre algérien de la cinématographie.

Une formation pratique pour bâtir des compétences locales
Pour restaurer une œuvre, il faut manipuler et nettoyer la pellicule, réparer les perforations ou les collures, corriger les défauts de l’image sans dénaturer le film, retrouver son équilibre colorimétrique et traiter une bande sonore souvent endommagée.
C’est pourquoi les participants se répartiront entre quatre spécialités allant de la restauration mécanique de la pellicule à la restauration numérique de l’image et de l’étalonnage au traitement du son. Ils travailleront avec les logiciels Diamant HS-ART, DaVinci Resolve Studio, iZotope RX 11 et Pro Tools.
Cette approche pratique vise à constituer en Algérie un vivier de techniciens capables, à terme, de prendre en charge ces opérations. Le recours systématique à des laboratoires étrangers représente, en effet, un coût important et entretient une dépendance technique.
L’Archive Circulation Initiative prolonge un travail engagé en 2019 à Beyrouth par la Jocelyne Saab Association, avant de réunir cette dernière, la société tunisienne Muja Films et les Archives numériques du cinéma algérien. Après Tunis en 2025 et Marseille durant l’été 2026, Béjaïa accueille la troisième étape de cette circulation méditerranéenne et africaine des savoir-faire.
Yasmina, un film restitué à l’Algérie
La formation débouchera sur la restauration de Yasmina, court métrage réalisé en 1961 par Djamel Chanderli et Mohammed Lakhdar-Hamina pour le service cinéma du Gouvernement provisoire de la République algérienne. Le film raconte le destin d’une enfant poussée sur les routes de l’exil après le bombardement de son village, tourné dans les maquis pendant la guerre de libération, à un moment où le cinéma algérien devait témoigner du conflit et porter la voix algérienne sur la scène internationale.
L’édition 2026 des RCB, placée sous le thème « Le cinéma d’hier pour éclairer le cinéma d’aujourd’hui », a choisi une image de Yasmina pour son affiche officielle, réalisée par l’artiste Athmane Imloul.
La copie 35 mm utilisée à Béjaïa est conservée par les Archives nationales du film tchèques, qui fourniront un scan en 4K. Une institution étrangère remet ainsi à disposition de l’Algérie une version numérique de l’une des œuvres qui ont accompagné sa naissance politique.
Un prolongement des Assises nationales du cinéma
Cette initiative rejoint des priorités formulées lors des Assises nationales du cinéma, ouvertes en janvier 2025 par le président Abdelmadjid Tebboune, qui avaient souligné la nécessité de préserver l’héritage cinématographique du pays et de renforcer la formation professionnelle. L’étude stratégique présentée en juillet 2025 avait ensuite décliné vingt mesures prioritaires autour de cinq axes : reconstitution du marché, diversification des financements, attractivité internationale, formation professionnelle et protection du droit d’auteur.
L’atelier de Béjaïa en reprend le principe car la relance du cinéma algérien passe aussi par la maîtrise des compétences numériques. Une politique du cinéma se doit d’être attentive aussi aux films déjà réalisés, pas seulement aux tournages et aux festivals.




