
Les candidatures au Prix franco-algérien de mathématiques Maurice Audin restent ouvertes jusqu’au 18 septembre. Alors que Paris et Alger traversent des tensions répétées, chercheurs et institutions des deux pays maintiennent, depuis plus de vingt ans, une coopération scientifique construite autour d’une mémoire longtemps conflictuelle.
Entre la France et l’Algérie, les visas, l’immigration, la mémoire coloniale, le Sahara occidental ou une déclaration politique mal reçue suffisent régulièrement à provoquer une crise diplomatique. Pourtant, la coopération en mathématiques, elle, se poursuit sans à-coups depuis deux décennies.
L’Académie des sciences française reçoit actuellement les candidatures pour l’édition 2026 du Prix franco-algérien de mathématiques Maurice Audin, avec une date limite fixée au 18 septembre à 16h (heure de Paris). Deux chercheurs sont récompensés à chaque édition, l’un exerçant en Algérie, l’autre en France, désignés par un jury franco-algérien à parité. Chacun reçoit 6 000 euros ou l’équivalent en dinars.
Un prix attribué tous les deux ans
L’édition 2024 avait récompensé Hacen Zelaci, maître de conférences à l’Université Echahid-Hamma-Lakhdar d’El-Oued, spécialiste de géométrie algébrique et de systèmes de Hitchin, et Léon-Matar Tine, maître de conférences à l’Université Claude-Bernard-Lyon-1, dont les travaux portent sur la modélisation mathématique de phénomènes physiques et biologiques, notamment des mécanismes de polymérisation et certains processus liés à la maladie d’Alzheimer.
Le prix, créé en 2004 à l’initiative de l’association Maurice-Audin et de Gérard Tronel, a été pérennisé en 2024 par une convention associant l’Académie des sciences, la Direction générale algérienne de la recherche et du développement technologique, la Société mathématique de France, la Société de mathématiques appliquées et industrielles et l’Association Josette-et-Maurice-Audin.
Audin, un nom qui pèse dans les relations franco-algérienne
Le prix porte le nom d’un jeune mathématicien de l’Université d’Alger, militant pour l’indépendance algérienne, arrêté par l’armée française en juin 1957 puis torturé et tué. En septembre 2018, Emmanuel Macron a reconnu, au nom de la République française, que Maurice Audin avait été torturé puis exécuté, ou torturé à mort, par des militaires français, dans le cadre d’un système ayant permis le recours à la torture et aux disparitions durant la guerre d’Algérie.
Un homme dont la mort a longtemps compté parmi les dossiers mémoriels les plus douloureux entre les deux pays donne désormais son nom à une distinction remise conjointement par leurs institutions scientifiques. Cette continuité mérite d’être relevée.
Une coopération qui tient dans la durée
La recherche a ceci de particulier qu’elle s’inscrit dans la durée car les doctorants échangent et les chercheurs circulent entre les universités. Ainsi, les laboratoires collaborent our des articles qui se construisent sur plusieurs années. Ces relations survivent aux alternances politiques et aux poussées de tension diplomatique.
Soixante-neuf ans après la mort de Maurice Audin à Alger, son nom reste associé à ce même mécanisme depuis 2004. Passé le 18 septembre, place au jury franco-algérien, chargé de désigner les deux lauréats de cette nouvelle édition.





