
Après des retards et des controverses, le projet minier de Tala Hamza-Amizour, près de Béjaïa, a basculé cet été dans une phase de travaux concrets. Le partenaire australien Terramin a fait état d’une accélération du chantier sur un gisement qui compte parmi les plus importants gisements de zinc et de plomb encore inexploités au monde.
Dans son rapport trimestriel publié le 28 juillet 2026, Terramin Australia, partenaire du projet aux côtés de l’État algérien, indique que les travaux sur site de Tala Hamza-Amizour se sont accélérés au cours des derniers mois. Ils portent sur l’aménagement des accès à la future mine souterraine et sur des forages géotechniques nécessaires à la conception définitive des installations.
En parallèle, plusieurs chantiers d’infrastructure avancent autour du site. D’abord Sonelgaz construit la ligne à haute tension qui alimentera la mine, ensuite la direction des travaux publics de la wilaya de Béjaïa édifie un pont d’accès au-dessus de la RN75, enfin un échangeur autoroutier est en cours de réalisation. Les appels d’offres pour la mine souterraine, l’usine de traitement et les infrastructures associées ont par ailleurs été lancés. Terramin indique que les discussions avancent avec une banque publique algérienne en vue d’un financement de long terme.
Mi-juillet, le wali de Béjaïa, Kamel Eddine Kerbouche, s’est rendu sur le chantier pour évaluer l’avancement des travaux d’aménagement et demander la levée des contraintes susceptibles de retarder le projet.
Un gisement de 53 millions de tonnes
Situé à une quinzaine de kilomètres du port, Tala Hamza figure parmi les projets sur lesquels Alger compte pour bâtir une industrie minière capable de venir compléter les revenus tirés des hydrocarbures.
Selon l’étude minière actualisée par Terramin en mars 2026, le gisement représente une ressource de 53 millions de tonnes de minerai, à une teneur moyenne de 5,3 % de zinc et 1,3 % de plomb. Le scénario retenu repose sur une exploitation souterraine, avec une capacité de traitement proche de deux millions de tonnes de minerai par an sur une vingtaine d’années.
La production moyenne visée s’élève à environ 178 000 tonnes de concentré de zinc par an, soit près de 93 000 tonnes de zinc contenu, et 33 000 tonnes de concentré de plomb, soit environ 19 000 tonnes de plomb contenu.
Terramin évalue le coût de démarrage du projet à environ 415 millions de dollars, auxquels s’ajouteraient près de 40 millions de dollars d’investissements sur la durée de l’exploitation.
Le projet est porté par Béjaïa Zinc & Lead SpA (BZL), nouvelle dénomination de l’ancienne Western Mediterranean Zinc. Terramin en détient 49 %, les 51 % restants étant répartis entre deux entreprises publiques algériennes, l’ENOF et l’ORGM.
Béjaïa, une porte d’accès à la Méditerranée
La localisation du gisement compte parmi ses principaux atouts économiques. Situé à proximité immédiate d’une grande ville, d’un réseau routier, du réseau électrique et surtout du port de Béjaïa il cumule les avantages.
Le scénario étudié prévoit d’acheminer les concentrés vers le port dans des conteneurs fermés, avant leur exportation vers des fonderies situées en Méditerranée et en Europe, sans exclure des ventes sur le marché algérien.
Tala Hamza s’inscrit dans une politique plus large de valorisation du sous-sol algérien, aux côtés du gisement de fer de Gara Djebilet et des grands projets phosphatiers. En avril 2026, un ministère des Mines et des Industries minières a été créé sous la direction de Mourad Hanifi, distinct de celui des Hydrocarbures, confirmant l’importance accordée par Alger à ce secteur dans le cadre de la diversificaiton économique voulue par le président Tebboune.
Des inquiétudes environnementales toujours présentes
Le potentiel économique du projet n’a pas dissipé les inquiétudes locales. Depuis plusieurs années, des habitants et des associations de la vallée de la Soummam s’inquiètent des conséquences d’une exploitation de plomb et de zinc sur les terres agricoles et sur les ressources en eau. Ces craintes ont déjà donné lieu à des mobilisations et à des demandes de garanties concernant la nappe phréatique.
Le projet a depuis évolué vers une exploitation entièrement souterraine. La méthode retenue, le remblayage en pâte cimentée des galeries, va limiter les risques d’affaissement et permettre de stocker sous terre une partie des résidus miniers, réduisant ainsi l’impact sur les sols et les cours d’eau de surface. Terramin affirme avoir obtenu l’ensemble des autorisations environnementales requises.
Une mise en production attendue
Le calendrier du projet reste encore inconnu. Fin juillet, les accès, les infrastructures et le financement du projet étaient en cours de finalisation, et Terramin ne s’est pas engagé sur une date pour la première production.
Pour autant, le sous-sol de Tala Hamza n’en est plus au stade de l’exploration et les infrastructures nécessaires à son exploitation sont désormais en chantier.






