
Avant d’entrer au gouvernement, Karima Bakir Tafer a consacré trente ans aux cartes géologiques, aux banques de données et à l’inventaire du sous-sol algérien. Nommée secrétaire d’État chargée des Mines en novembre 2024, elle accompagne aujourd’hui la volonté d’Alger de faire des ressources minières un second levier de croissance face à la prédominance des hydrocarbures.
Son profil détonne dans le paysage institutionnel. Sans carrière parlementaire ni ancrage partisan, Karima Bakir Tafer maîtrise le secteur minier par le terrain. Ingénieure d’État spécialisée en hydrogéologie et titulaire d’un Master 2 de l’Université des sciences et de la technologie, elle rejoint le Service géologique de l’Algérie en 1994.
Elle débute à la banque de données géologiques, où elle collecte et traite les publications scientifiques sur la géologie algérienne, un travail de fond, à la base de toute évaluation du potentiel minier du pays qui lui donne une connaissance unique des dossiers.
Trente ans au Service géologique
Au fil des années, sa carrière évolue au rythme des activités du Service géologique : inventaires des ressources minérales, géosites et suivi des publications scientifiques. En 2001, elle prend la tête du service des éditions, où elle supervise la production scientifique de l’organisme jusqu’en 2011.
Promue sous-directrice de la géo-information en 2011, elle prend sous sa responsabilité la banque de données, les éditions et la bibliothèque des sciences de la Terre. Chef du département documentation en 2014, elle intègre en 2017 le comité de direction de l’Agence du Service géologique de l’Algérie (ASGA), qu’elle finit par présider. Cette solide expertise technique caractérise aujourd’hui son action politique car sa connaissance des données géologiques primaires devance toute approche financière ou diplomatique.
Maintien et continuité au sein de l’exécutif
Le tournant politique intervient le 18 novembre 2024 alors que par décret présidentiel, Abdelmadjid Tebboune la nomme secrétaire d’État auprès du ministre de l’Énergie, chargée des Minesaux côtés de Noureddine Yassaa, chargé des Énergies renouvelables. Elle est officiellement installée dans ses fonctions le lendemain par le ministre Mohamed Arkab.
Cette arrivée intervient alors que le pouvoir algérien entend accélérer le développement de grands gisements : le fer de Gara Djebilet à Tindouf, le zinc et le plomb de Tala Hamza-Amizour ou encore le phosphate dans l’Est. Des projets stratégiques soutenus par la refonte du cadre juridique minier.
Enfin, le 9 avril 2026, le chef de l’État scinde les mines des hydrocarbures et crée un ministère des Mines et des Industries minières, confié à Mourad Hanifi. Mohamed Arkab conserve la haute main sur le ministère d’État, ministère des Hydrocarbures. Reconduite comme secrétaire d’État auprès du nouveau ministre, Karima Bakir Tafer assure la continuité technique du secteur.
Des cartographies aux négociations internationales
Sur le terrain, la secrétaire d’État suit de près les chantiers prioritaires. Le 15 juin 2026, elle s’est rendue à Tindouf pour inspecter l’unité de traitement primaire du minerai de fer de Gara Djebilet, exploitée par la Société nationale du fer et de l’acier (FERAAL). Avec un chantier achevé à plus de 95 %, l’installation a franchi avec succès la phase des essais à vide avant le lancement des essais en charge.
Karima Bakir Tafer intervient également sur le volet diplomatique. En janvier 2026, elle représentait l’Algérie à la cinquième Conférence internationale sur l’exploitation minière à Riyad, y détaillant les orientations stratégiques du pays et menant des entretiens bilatéraux avec des représentants d’Oman et de Tunisie. À Alger, elle s’est entretenue avec la représentante résidente de la Banque mondiale pour étudier l’accompagnement technique et financier des grands projets nationaux.
Après trois décennies consacrées à la cartographie des ressources minières, la géologue a désormais pour mission de concrétiser cet inventaire en projets industriels, emplois et revenus d’exportation. L’entrée en service imminente du complexe de Gara Djebilet constituera le premier test majeur de cette stratégie.




