Billie Zangewa : coudre le monde à mains nues


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zangewa_soldier-of-love Galerie Templon
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Née au Malawi, formée en Afrique du Sud et exposée aujourd’hui de Dakar à New York, Billie Zangewa a développé un langage visuel singulier avec des collages de soie cousus à la main qui hissent le quotidien d’une femme noire au rang de sujet politique.

Au début des années 2000, Billie Zangewa accompagne une amie chez un fournisseur de tissus à Johannesburg. Pendant que celle-ci choisit ses métrages, elle récupère des échantillons gratuits de soie. De retour chez elle, en étalant ces carrés colorés, la plasticienne observe leurs reflets, qui lui évoquent les façades de verre du centre-ville de Johannesburg, un décor qui l’avait marquée à son arrivée depuis le Botswana rural où elle a grandi. Elle commence alors à découper, assembler et coudre.

Deux décennies plus tard, ses œuvres figurent dans les collections du Centre Pompidou, de la Tate, du Musée d’Art moderne de Paris, du Smithsonian National Museum of African Art à Washington, du Stedelijk Museum d’Amsterdam ou encore de l’Albright-Knox Art Gallery à Buffalo. Représentée par la galerie Templon à Paris et Bruxelles, et par Lehmann Maupin à New York, Hong Kong, Séoul et Londres, elle s’est imposée sur un marché de l’art qui, à ses débuts à Johannesburg, jugeait pourtant son travail « décoratif ».

La mémoire des fibres et de la soie

Billie Zangewa
Billie Zangewa

Billie Zangewa naît en 1973 à Blantyre, au Malawi. Son enfance se passe entre le Zimbabwe et le Botswana. Sa mère coud et brode au quotidien, un apprentissage informel du textile qui ressurgira des années plus tard.

Elle étudie les beaux-arts à l’université Rhodes de Grahamstown, en Afrique du Sud, où elle se spécialise en gravure et obtient son diplôme en 1995, au moment où le pays entame sa transition post-apartheid. Elle s’installe ensuite à Johannesburg et travaille à la croisée de la mode, de la publicité et de la création artistique. Trois expériences dont elle retient la gestion de la matière, le sens du cadrage et une certaine liberté plastique.

Son passage à la soie, au tournant des années 2000, tient d’abord à des contraintes financières car ne pouvant acheter de grands métrages, Zangewa assemble des chutes et des échantillons. Elle compose à partir d’une photographie, trace un patron sur du papier journal, puis découpe, épingle et coud, exclusivement à la main. Certaines pièces ne dépassent pas la taille d’un ongle.

De loin, l’assemblage peut se lire comme une peinture figurative aux teintes saturées mais en s’approchant, on distingue la superposition des pièces de soie avec  l’irrégularité des contours. En s’appropriant un médium longtemps cantonné à l’artisanat domestique, l’artiste vient bousculer les hiérarchies habituelles entre arts « majeurs » et savoir-faire « mineurs ».

Le choix du quotidien

Zangewa se place au centre de ses compositions. Elle s’y représente dans des gestes ordinaires comme préparer un repas, ou donner le bain à son fils Mika. Le marché de l’art attend souvent des artistes africains une représentation frontale des traumatismes historiques ou politiques mais Zangewa choisit plutôt de montrer une domesticité apaisée.

En 2010, la tapisserie The Rebirth of the Black Venus marque une étape dans son travail.

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Inspirée à la fois de La Naissance de Vénus de Botticelli et de l’histoire de Sara Baartman, la « Vénus hottentote », exhibée en Europe au XIXe siècle comme curiosité pour son corps, l’œuvre montre l’artiste dans un autoportrait nu.Les récits de relations amoureuses et le regard masculin, jusque-là très présents dans son travail, cèdent la place à une réflexion sur la manière dont les femmes se regardent elles-mêmes.

L’intime et le politique

La naissance de son fils Mika, vers 2013, accentue cette attention portée à la vie privée. Ses œuvres documentent alors les étapes de la maternité avec une scène de cuisine dans Ma Vie en Rose (2015), une leçon de natation dans The Swimming Lesson (2020) ou un anniversaire dans Birthday Party (2020). Elle y affirme la possibilité de tenir ensemble vie familiale et travail créatif.

L’artiste précise la spécificité de son positionnement : « Je n’ai pas grandi en Afrique du Sud. Ce n’est pas mon contexte. » Son propos ne relève pas du commentaire direct de l’histoire politique sud-africaine, mais de la représentation de l’expérience féminine au sens large.

Son parcours reflète aussi la structuration du marché de l’art africain contemporain. Remarquée à la Biennale de Dakar en 2006, puis sur des foires internationales comme 1:54, Zangewa a d’abord trouvé sa reconnaissance en Europe et aux États-Unis, avant que les institutions sud-africaines ne s’intéressent pleinement à son travail.

Récemment montrées dans des expositions collectives comme The Power of My Hands au Musée d’Art moderne de Paris, Unravel: The Power and Politics of Textiles in Art au Barbican et au Stedelijk, ou The Infinite Woman à la Villa Carmignac, ses pièces reposent sur un travail individuel, sans assistants ni procédés industriels, fondé sur la répétition du geste et l’étirage du temps de production.

Kofi Ndale
Kofi Ndale, un nom qui évoque la richesse des traditions africaines. Spécialiste de l'histoire et l'économie de l'Afrique sub-saharienne
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