De la faillite frôlée au projet de réseau national : l’incroyable résilience d’une patronne de la coiffure afro


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Les Wags de Paris
Les Wags de Paris

Lassée par l’opacité, les attentes interminables et le manque de professionnalisme qu’elle rencontrait dans les salons afro, Yollande Maague a décidé de créer l’alternative dont elle rêvait en tant que cliente. Malgré un baptême du feu entrepreneurial brutal, marqué par des conflits d’équipe destructeurs et la menace de la faillite, cette « architecte d’une vision » a tenu bon. À contre-courant des pratiques informelles et précaires qu’elle dénonce dans le milieu, elle développe aujourd’hui un modèle structuré pour salarier les coiffeuses, valoriser le savoir-être et offrir aux femmes noires une expérience client à la hauteur de leurs attentes.

Dans le milieu de la coiffure afro parisienne, on la surnomme « la Blanche », raconte-t-elle. Son tort : une ambition farouche d’aller à contre-courant des us et coutumes d’un secteur où, selon elle, le client est loin d’être roi et où les coiffeuses sont des reines sans couronne.

Yollande Maague situe la genèse de son projet entrepreneurial dans la coiffure à l’époque où elle était encore étudiante. « J’avais une cousine qui était coiffeuse à Château d’Eau. Avant, pour les Afro, il n’y avait, en région parisienne, que ce secteur-là pour se faire coiffer », confie-t-elle. Le quartier parisien de Château d’Eau concentre de nombreux salons de coiffure afro.

« Quand j’allais dans son salon, il fallait compter la journée. Si tu arrivais vers 10 h, tu ressortais limite à 18 h. Et si tu avais le malheur d’arriver à 11 h ou midi, tu pouvais repartir à 22 h ! », se souvient-elle.

Il y avait beaucoup de monde, donc, mais aussi une gestion pour le moins opaque des ordres de passage et des tarifs à la tête du client, parfois réduits de moitié. Des problèmes qu’elle retrouvait dans les salons alentour. « On était serrées, les coiffeuses étaient souvent agressives et ne respectaient pas les gens. »

Et ce n’étaient pas les « t’inquiète pas, ma chérie, on va s’occuper de toi » qui étaient de nature à alléger le poids de l’attente.

« Tout ça m’énervait un peu. Je me suis dit qu’il était forcément possible de faire autrement, d’avoir une meilleure organisation. » Alors, quelques années plus tard, elle demande à sa cousine de s’associer avec elle pour ouvrir un salon, dans le but d’offrir une meilleure expérience client, du moins celle qu’elle aurait aimé avoir.

À sa cousine, la coiffure ; à Yollande, l’administratif, la communication et l’organisation. Sa cousine, par ailleurs son aînée, refuse. « Elle se disait : “Pourquoi elle va venir me dire ce que je dois faire ? Elle ne connaît rien à la coiffure !” »

« Alors que pour moi, au vu de tout ce que j’avais observé, j’étais convaincue qu’on ne pouvait pas mener de front à la fois la coiffure, avec des journées de 10 ou 12 h de travail, et l’administratif. »

Mais il lui fallait beaucoup plus qu’un refus pour la décourager.

Yollange Maague
Yollange Maague

À l’époque, Yollande avait déjà goûté à l’entrepreneuriat avec une société de services à la personne, spécialisée dans la garde d’enfants à domicile. « Je me suis dit que si elle ne voulait pas, ce n’était pas grave. Je pouvais continuer à m’intéresser à ce domaine-là avec ce que j’avais envie d’y apporter », confie-t-elle.

« Et donc, je me suis formée à la coiffure et aux soins des cheveux, en passant par la formation de prothésiste ongulaire. Pour appréhender tous les aspects d’un salon. Je me suis dit que dès que je serais prête, j’ouvrirais mon propre salon. »

Elle se lance en décembre 2018.

Une aventure aussi formatrice que douloureuse. « Je pense que l’expérience que j’ai vécue à ce moment-là est ce qui fait ma force aujourd’hui », avoue-t-elle. « J’ai souffert. Mais quand je dis souffert… Et sur tous les plans. »

À Vitry-sur-Seine, à l’entrée d’un centre commercial, Yollande tombe sous le charme d’un local à louer de 100 mètres carrés, avec 10 mètres de vitrine. « Je me suis dit : “C’est ici que je vais faire mon salon de coiffure.” Quand j’en ai parlé à mon mari, il s’est dit que j’avais peut-être un peu trop bu », se souvient-elle avec un grand sourire.

« Il n’y avait pas de femmes noires là-bas. Personne qui nous ressemblait. Mais je me suis dit que j’allais quand même essayer. » Un saut dans l’inconnu. Et qu’importent les 4 000 euros de loyer mensuel, elle décide de monter un dossier financier.

100 000 euros d’investissement

« Les économies que j’avais mises de côté m’ont servi d’apport auprès de la banque », explique-t-elle. Elle obtient ainsi un prêt de 75 000 euros et présente avec succès son projet au groupe Auchan, gestionnaire des lieux.

Elle veut du beau. Et un espace agréable à la hauteur de ses ambitions pour ses futurs clients.

Elle contacte un architecte qui traduit sa vision en plans et un ami menuisier pour du mobilier sur mesure.

Des années plus tard, la personne chargée de l’attribution des locaux lui avouera qu’elle avait cru qu’elle faisait partie d’un groupe et que son dossier était « dans le top 10 des dossiers les mieux ficelés ».

« C’est sorti magnifique ! », se souvient-elle à propos de l’aménagement du salon, Les Wags de Paris. « Sans doute l’une des plus belles boutiques de tout le centre. »

Au point qu’un jour, un ami venu voir son salon est reparti bredouille après être passé maintes fois devant, sans s’imaginer une seconde que cela puisse être le salon de Yollande. Il pensait s’être tout simplement trompé d’adresse…

L’investissement total atteint 100 000 euros. L’activité commence en janvier 2019, avec sept coiffeuses et trois personnes en onglerie.

L’écueil des ressources humaines

« Ça a été une bataille à tous les niveaux. J’ai fait un mauvais recrutement », analyse-t-elle, lucide. « Les coiffeuses savaient très bien coiffer, mais elles n’étaient pas très professionnelles, notamment sur le savoir-être. »

Entre jalousies, rumeurs, retards intempestifs, passes d’armes entre elles devant les clients et procès d’intention à l’égard de Yollande, qui ne venait pas du milieu de la coiffure, le baptême du feu de la patronne aura été tonitruant.

Les difficultés de gestion des ressources humaines accompagneront le projet pendant ses cinq années d’existence. La chute est venue de l’intérieur, estime-t-elle. Certes, les clientes étaient au rendez-vous et le salon affichait complet. Mais Yollande était au four et au moulin. « J’étais toute seule à gérer, je n’ai jamais été accompagnée, les soucis internes m’épuisaient un peu. »

Une charge d’autant plus lourde que l’ouverture du salon coïncidait avec la naissance de sa deuxième fille, en 2018. « J’ai vraiment mis beaucoup d’énergie pour concilier le salon avec ma vie de famille. J’étais débordée de toutes parts. »

Des querelles d’ego n’ont pas tardé à apparaître entre les coiffeuses. Tout comme des chasses gardées de clientes que l’on préférait faire attendre plutôt que d’orienter vers une autre coiffeuse disponible.

Sur les rotules

« J’ai détesté plein de choses dans ce salon-là. Et j’avais beau leur dire que telle ou telle chose m’énervait et que je n’étais pas d’accord, rien n’y faisait. Ce que je reprochais aux salons de Château d’Eau se reproduisait dans mon propre salon. Ça me frustrait beaucoup. »

Avec sa vie de jeune maman, impossible de toujours veiller au grain comme il aurait sans doute fallu le faire. « J’étais sur les rotules », se souvient-elle. On lui relate des scènes de Far West au salon, avec des altercations devant les clients. Elle se rend compte que les coiffeuses préfèrent manger dans le salon plutôt que dans la salle de 9 m² qu’elle avait prévue à cet effet.

Le fait est qu’elle se montrait trop indulgente avec l’équipe. « J’avais beaucoup de compassion. Quand quelqu’un faisait des erreurs, je me disais que ça n’était pas grave, que j’allais lui parler et qu’elle allait essayer de se corriger. »

Elle restait pour sa part sans cesse sous le regard critique de son équipe de coiffure. « J’avais sept personnes qui étaient plus là pour voir mes défauts, pour voir tout ce que je ne faisais pas bien, au lieu de voir l’intérêt commun, d’essayer de donner le meilleur d’elles-mêmes pour que les clients se sentent bien. »

Si toutes maîtrisaient leur savoir-faire, le gros problème restait le savoir-être. Chacune se pensait indispensable. « Beaucoup opéraient même une sorte de chantage et menaçaient de partir avec la clientèle. Parce que j’avais aussi fait l’erreur de leur donner accès au fichier clients, pensant travailler dans une relation de confiance », confesse Yollande.

Toutes ces tensions empiétaient sur le travail, sans compter les nombreux reproches qu’on pouvait lui adresser. À cela s’ajoutait sans doute « un peu de jalousie », soupçonne encore Yollande. « Car beaucoup se demandaient comment j’avais fait pour avoir un tel endroit. »

« Je n’en pouvais plus. Je me disais que je ne pouvais pas être là à satisfaire tout le monde, qu’ici ça n’était pas une garderie d’adultes, qu’on était là pour le travail. Le fait est qu’il y avait trop de familiarités, alors que j’aurais dû mettre plus de distance. »

Le climat délétère du salon ne tarda pas à se faire sentir sur une clientèle lasse d’assister à des querelles intestines, à des retards intempestifs et à des prix fluctuants malgré une grille tarifaire clairement affichée.

Un second salon… malgré tout

En pleine difficulté, Yollande adopte une stratégie audacieuse. Car, contre toute attente, elle ouvre… un nouveau salon. Cette fois-ci à Paris. « Après la pandémie de Covid-19, il y avait beaucoup de locaux vides et j’y ai vu une opportunité. »

Elle obtient un nouveau prêt de la banque et signe son bail en octobre 2021. « Sachant que j’avais déjà des difficultés à Vitry, j’étais très limite et je me demande encore comment je faisais pour tenir », explique-t-elle.

Elle avait, cette fois-ci, opté pour un tout autre modèle économique : la location de fauteuils. Un modèle très courant dans les salons afro parisiens. Huit postes en tout, occupés uniquement par des coiffeuses indépendantes. Ce qui lui garantissait des revenus réguliers. De quoi être un peu plus sereine malgré les quelque 75 000 euros supplémentaires investis.

Pendant ce temps, le salon de Vitry, gangréné par ses difficultés de gestion des ressources humaines, va mal. Le chiffre d’affaires plonge, au point de ne plus pouvoir couvrir le loyer et les charges. Elle se retrouve au tribunal avec le bailleur et négocie pour alléger ses charges.

« Quand je négocie avec le bailleur, je suis déjà à terre, mais je continue d’y croire. Je ne pouvais me résoudre à fermer après toute l’énergie et l’argent investis. »

Le 1er août 2022, elle arrive à arracher un bail dérogatoire et une importante baisse de loyer. « J’ai pris le parti de repartir en renouvelant l’équipe. Le salon avait mauvaise réputation, tout comme moi d’ailleurs. L’image d’une femme trop arrogante et ambitieuse. L’image d’une patronne qui maltraitait ses salariés. »

Ébranlée, elle tient bon. Et si l’idée de tout arrêter lui venait parfois, elle restait fugace, balayée par une farouche résilience.

Le stress provoque chez elle des poussées d’acné au visage, alors qu’elle n’a habituellement pas une peau acnéique. Ce qui la pousse à trouver le temps de suivre une formation en cosmétique et à développer sa propre gamme de produits naturels, ceux-là mêmes qu’elle utilise pour elle et qu’elle commercialisera plus tard.

Forte de cette expérience, elle arrête l’onglerie pour aménager un espace cosmétique. Elle a désormais trois coiffeuses, dont une seule de l’ancienne équipe.

Le choc du décès de son père

Fin prête pour un nouveau départ à Vitry, elle est stoppée net moins de trois semaines après la signature de son nouveau bail. Tout s’écroule avec le décès de son père au Cameroun, le 19 août 2022. Elle est sous le choc. Elle perd pied et décide de rentrer au pays avec ses enfants, avec dans l’idée de faire des allers-retours en France pour gérer malgré tout ses salons.

Ça, c’était le plan.

« Quand tu fais tes allers-retours, finalement, ça ne marche pas. Mais vraiment pas. Tout simplement parce que tu n’es pas là au quotidien. » Selon elle, certaines coiffeuses profitaient de son absence pour ne pas déclarer toutes les recettes.

« J’étais fatiguée. Moralement épuisée. Je n’arrivais plus à suivre et j’en étais arrivée à me demander si tout cela en valait la peine. » Mais elle tient bon. Elle rentre au bout d’un an, en 2023, avec sa famille.

L’ancienne salariée déboutée aux prud’hommes

Une bien mauvaise surprise l’attendait en France. Elle tombe des nues en apprenant que son ancienne réceptionniste l’attaquait aux prud’hommes. Selon Yollande, celle-ci avait patiemment constitué un dossier à charge, depuis son arrivée jusqu’à son départ, en notant les problèmes et dysfonctionnements du salon. Elle réclamait 130 000 euros de dommages et intérêts, essentiellement pour harcèlement.

Plus de 400 pages au dossier, avec des allégations diverses, des manquements et des fautes présumées. Yollande confie tout à un avocat. La procédure dure deux ans pour aboutir, en février 2025, « à zéro euro de condamnation », rapporte-t-elle.

Selon son récit, son ancienne employée a été entièrement déboutée et aucune des coiffeuses n’a voulu témoigner. Yollande conteste la solidité des éléments présentés et l’authenticité de certains justificatifs. Elle affirme notamment que des arrêts maladie se chevauchaient et que ses avocats avaient découvert que l’ancienne salariée aurait travaillé ailleurs pendant son année d’arrêts maladie cumulés.

Clé sous la porte à Vitry-sur-Seine et dans la serrure à Choisy-le-Roi

Entre-temps, rien n’allait plus à Vitry. « Quand je suis rentrée du Cameroun, il était trop tard pour redresser la barre. » Selon Yollande, les clauses du bail dérogatoire l’exposaient à une résiliation en cas de retard de paiement.

Yollande doit partir.

Le bailleur récupère son bien sans qu’elle ait la possibilité de revendre son fonds de commerce, explique-t-elle. Elle récupère son matériel, avec tout de même la conviction d’avoir tout tenté. Elle rend les clés le 24 août 2024.

« Moralement, je n’étais même pas à terre, j’étais au sous-sol ! », ironise-t-elle tristement. Ce qui ne l’avait pas empêchée de commencer à chercher un nouveau local. Et c’est dans la ville d’à côté qu’elle finit par trouver : Choisy-le-Roi.

« Je me suis dit que si j’avais réussi à faire ce que j’avais fait, je pouvais le refaire en mieux. Avec Vitry, j’ai vu tout ce que je devais corriger. Donc que je pouvais très bien remonter un autre salon. »

Yollande tient à louer le soutien indéfectible de son mari, qui est toujours resté à ses côtés pour l’encourager et l’aider à remonter la pente. Il a compris que, loin d’être de simples lubies, son élan et son énergie d’entrepreneure répondaient à une vocation profonde et à une conviction : pouvoir proposer un nouveau modèle dans la coiffure et l’esthétique. Offrir un vrai service, digne et professionnel, aux femmes noires et métissées qui, selon elle, ne trouvent pas toujours l’accueil qu’elles attendent.

Le nouveau local, un ancien cabinet de kinésithérapie, ne paie pas de mine. Sur la dalle commerciale, il est même caché par une grille. « C’était tellement moche que mon ancienne équipe du salon de Vitry, qui n’était pas encore fermé, avait du mal à se projeter. D’ailleurs, personne ne m’a suivie. Mais moi, je voyais autre chose. J’avais une vision assez claire de ce que je pouvais en faire. »

Impossible pour elle de contracter un nouveau prêt. Alors, pour financer la reprise du local, elle tente le tout pour le tout, solde ses maigres économies et complète avec les recettes du salon parisien et l’argent d’une tontine organisée dans son cercle familial.

Elle signe le bail le 19 septembre 2024, un peu plus de trois semaines après avoir mis la clé sous la porte à Vitry.

Pari gagnant

L’activité commence en janvier 2025. Et les débuts sont « très, très difficiles. Parce que le local ne ressemblait en rien à un salon de coiffure et que personne ne pouvait soupçonner qu’il y avait là un salon de coiffure ».

Elle commence avec deux coiffeurs et communique par flyers. « Mais c’est Paris qui payait le loyer de Choisy. » Les collaborateurs sont rémunérés à la commission. Elle leur demande d’être patients et de rester confiants dans le potentiel du salon.

Pour se faire connaître, elle fait alors un pari fou et réduit ses prix de 50 %. Pendant un mois, elle brade les coupes pour hommes à 5 euros ! La perspective de recettes faméliques l’amène à s’entretenir avec la bailleresse pour négocier quelques aménagements temporaires.

Cette dernière se montre compréhensive. « Elle a été tellement indulgente avec moi. Je lui avais tout expliqué, les difficultés du début et comment je comptais remonter la pente. »

Et le pari s’avère gagnant. Un mois après, elle accueille une coiffeuse supplémentaire. La communication et le bouche-à-oreille font leur effet. Au fil des six premiers mois, le chiffre d’affaires passe de 700 à plus de 10 000 euros par mois, indique-t-elle. Sans site internet. Sans système de réservation en ligne. Sans réseaux sociaux.

Développer un réseau national de salons de coiffure afro

Ses affaires à peine sur les rails, Yollande décide d’aller encore plus loin en organisant, en juin 2025, un événement professionnel pour partager sa vision entrepreneuriale : développer un réseau national de salons de coiffure afro, faire connaître sa marque de cosmétiques et partager son expérience.

Elle invite à Paris des exposants, des entrepreneurs, des propriétaires de salons et toute personne intéressée par le métier de coiffeur. « C’était aussi un grand espace de networking. »

Inspiré de son parcours jalonné de difficultés, le slogan de l’événement était : « Le meilleur moyen pour aller vite et bien, c’est de se faire accompagner. » « Moi, je voulais aller vite, mais je ne savais pas aller bien. Si j’avais été accompagnée, j’aurais été beaucoup plus loin que ça. Et je voulais que mon expérience fasse école. » Lors de l’événement, on parlait métier, financement, gestion et accompagnement. Coiffure, bien évidemment, mais aussi cosmétique.

« Les gens ont beaucoup apprécié mon intervention parce qu’il y avait toute une présentation de ce que je voulais faire. J’avais expliqué que je ne me définissais pas comme coiffeuse, mais plutôt comme architecte d’une certaine vision. »

Le système bridé des salons afro parisiens

À contre-courant des us et coutumes des salons afro parisiens de Château Rouge et de Château d’Eau, Yollande déplore des mécanismes installés qui, selon elle, brident le développement du secteur.

Elle défend une approche de marque. Mais comment construire une marque quand les coiffeuses pratiquent la location de fauteuils ? « Elles ne travaillent pas pour une enseigne, mais pour elles-mêmes. Elles ont leur propre fichier clients. Elles travaillent chez vous, mais louent juste l’espace. Il y a là des conflits d’intérêts. Ce qui fait aussi qu’elles peuvent partir du jour au lendemain. »

« Il est, par exemple, difficile de leur imposer des tenues au salon », ajoute Yollande.

Elle s’interroge également sur la rentabilité des prestations lorsque les rabatteurs prélèvent, selon elle, jusqu’à 50 % de leur prix.

« Dans mon milieu, quand j’aborde toutes ces questions, on m’appelle “la Blanche”, parce que je veux, je travaille et je milite pour que les pratiques changent », déplore Yollande.

« Certaines coiffeuses travaillent au noir, d’autres sont indépendantes », explique-t-elle. Elle souligne les fragilités que peuvent masquer des revenus apparemment confortables, notamment en matière de stabilité professionnelle, de couverture du risque de chômage et d’accès au crédit pour financer des projets personnels.

Former et professionnaliser les coiffeuses

Dans son projet de réseau, elle veut standardiser les méthodes, professionnaliser les coiffeuses et générer des embauches, mais aussi accompagner des coiffeuses indépendantes, certaines préférant conserver la liberté de gérer leur emploi du temps.

« Il y a des coiffeuses qui sont de vraies artistes et, dès lors que votre coupe est bien faite, le reste, ça n’est pas leur problème », confie Yollande. « Pour moi, la coiffure, ce n’est pas que de la technique, c’est aussi du savoir-être, une posture, une écoute vis-à-vis du client. »

Elle assure que les clientes afro ont des attentes, mais qu’elles doivent se satisfaire de ce qui existe. Reste que « ça n’est pas une fatalité ». À ses yeux, la réputation parfois folklorique des salons de coiffure afro parisiens ne rend pas justice à ces clientes.

« On ne se sent pas respectée. Les femmes afro ont un autre rapport à leur coupe de cheveux que les femmes caucasiennes. Il y a d’ailleurs une diversité infiniment plus grande dans les types de coiffure chez les Afro, qui dépensent également beaucoup plus d’argent pour ça. Ce sont donc des clientes. Et à ce titre, elles sont en droit d’attendre un service de qualité », martèle Yollande.

À ses yeux, il est difficile de faire prendre un nouveau pli à certaines coiffeuses expérimentées et peu enclines à changer leurs habitudes. Pour garantir une standardisation des pratiques, Yollande mise sur la formation, le plus tôt possible, des nouvelles générations de coiffeuses et de coiffeurs afro, afin de leur donner les bons réflexes professionnels et un cadre de travail avec de vraies perspectives.

Des coiffeuses avec des possibilités d’évolution

Chez elle, les fonctions vont de l’aide-coiffeuse à la coiffeuse ou au coiffeur titulaire, en passant par la ou le prothésiste ongulaire, sous statut indépendant ou salarié. Pour garder les talents, elle défend un système de rémunération incitatif, avec des commissions qui peuvent s’avérer substantielles et de vraies possibilités d’évolution. Jusqu’à devenir gérante, comme cela a été le cas pour le salon de Choisy.

Pour Yollande, la vague de coiffeuses qui publient leurs réalisations sur TikTok représente une opportunité. « C’est un vivier de talents que j’aimerais intégrer dans mon réseau. Parce qu’elles ont la passion. »

Elles sont souvent jeunes, coiffent à domicile et pratiquent des prix parfois cassés. Mais, à terme, ce modèle n’est pas toujours rentable, estime-t-elle. Lorsqu’elles travaillent dans un cadre informel, leur développement peut rapidement devenir compliqué.

« J’ai vu pas mal de coiffeuses qui avaient décidé de quitter les salons pour le domicile, beaucoup en sont revenues ou ont carrément dû changer d’activité. »

En tant qu’entrepreneure et propriétaire de salons, Yollande porte forcément un regard attentif sur ses pairs. Et son constat n’est pas très reluisant. « Il y a très peu de salons qui tiennent dans la durée. Ils ferment parce que le modèle économique n’est pas bon. Notamment avec la pression des rabatteurs. Beaucoup de gérants sont en souffrance », confie-t-elle.

Et ce sont aussi ceux et celles-là qu’elle veut aider, accompagner et former. Car elle est passée par là. Elle connaît leurs difficultés, elle les a traversées et surmontées.

Un troisième salon en perspective et plusieurs recrutements

Aussi altruiste qu’elle puisse être, elle garde en tête ses propres ambitions et une vision claire de son développement. Avec l’ouverture, notamment, d’un nouveau salon à Paris et plusieurs embauches en perspective.

« Je travaille à acquérir un troisième salon. Et en termes de personnel, je compte étoffer l’actuel salon parisien de deux salariés et quatre indépendantes supplémentaires », précise-t-elle.

Et pour mieux préparer le terrain du réseau national en construction, Yollande mise aussi sur la formation professionnelle. « Pour normaliser et garantir une vraie qualité de service des coiffeurs et coiffeuses de cheveux afro et texturés, la meilleure solution reste pour moi la formation des futurs professionnels du secteur. »

Elle prépare donc la création d’un centre de formation. Une initiative structurante pour accompagner le développement de son projet de réseau national de salons.

  • Les Wags : 4 avenue Anatole France, 94600 Choisy-le-Roi.
  • Les Wags Luxury Hair : 18 rue Sainte-Apolline, 75002 Paris.
David Cadasse
LIRE LA BIO
David Cadasse est un journaliste connu pour son engagement dans le reportage et la couverture de l'actualité, notamment en Afrique et dans la diaspora africaine. Ayant débuté avec Afrik.com il a ensuite collaboré avec plusieurs médias spécialisé et s’est distingué par son approche immersive du journalisme, mêlant analyse géopolitique et regard humaniste sur les événements qu’il couvre. Son parcours illustre une volonté de donner une voix aux réalités souvent sous-représentées dans les médias traditionnels.
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