Au Cameroun, ne divorce pas qui veut


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Cameroun, 50 ans de mariage
Cameroun, 50 ans de mariage

Par le passé, le mariage était effectivement non pas l’union entre deux personnes, mais l’union entre deux communautés, deux familles, deux villages. Mais aujourd’hui dans la société moderne, les individus se sentent un peu plus responsables de manière individuelle, et chacun est plus engagé dans la quête de son bonheur. Parce qu’ils estiment que leurs projets individuels ou personnels peuvent passer avant les enjeux communautaires. Parce que par le passé, on disait qu’on ne divorce pas, parce qu’on tient compte des enfants. On disait qu’on ne divorce pas, parce que cela va engager tout un ensemble, notamment les communautés.

Est-ce que les jeunes couples aujourd’hui sont suffisamment renseignés sur ce que signifie réellement « pour le meilleur et pour le pire » ?

Pour la matriarche Solange G., « les jeunes couples qui sortent de familles assez équilibrées, et dont les parents menaient une vie acceptable, ont la chance de faire de bons mariages. Ceux qui par contre ont vécu dans un “capharnaüm matrimonial” ont une idée pas assez juste du mariage. Il y en a qu’on forme et qui se comportent de la meilleure des manières. Il existe aujourd’hui des écoles d’accompagnement des couples, des associations de foyers chrétiens, des centres de spiritualité matrimoniale, qui se sont développés. Car on a compris qu’il ne suffit pas seulement de célébrer le mariage, de faire la fête et de s’en aller. Mais le mariage, c’est vivre au quotidien, jusqu’à ce que la mort naturelle vous sépare. »

« À côté de ces exemples qu’il convient de saluer, il y a des aventuriers et des aventurières qui s’engagent. Je rappelle aux jeunes filles et garçons qu’avant d’aller donner un consentement matrimonial, il faut savoir qu’il y a des conditions qui sont requises. D’abord la connaissance minimale de ce que c’est que le mariage », conclut-elle.

Selon l’esthéticienne Julienne L., « de nos jours, dans une société individualiste, les individus aspirent à un bonheur, à un mieux-être. Et dans ce contexte, lorsqu’ils sentent qu’ils ne peuvent plus profiter d’une relation à laquelle ils ont eux-mêmes consenti, ils préfèrent donc choisir l’option du divorce. Maintenant, on peut rentrer dans les causes, qui sont généralement liées aux incompatibilités d’humeur, aux querelles souvent économiques, parce qu’aujourd’hui, du fait de l’émancipation de la jeune fille, elle attend de pouvoir aussi apporter une contribution à sa famille. »

« Dans la plupart des cas de divorce, vous vous rendrez compte qu’il y a une difficulté à s’entendre sur la gestion des ressources communes. Or, par le passé, c’était généralement l’homme qui était le seul à travailler. Mais aujourd’hui, les femmes travaillent aussi. Elles ont des ressources. Et il y a donc cette difficulté à pouvoir gérer ces ressources, en les orientant essentiellement ou prioritairement vers la satisfaction des besoins du foyer. Alors dans ce contexte, on va continuer à assister à des cas de divorce. Parce qu’en réalité, le divorce est une réalité normale dans la société moderne », conclut-elle.

« Au Cameroun, ne divorce pas qui veut, mais qui peut. Puisque la loi camerounaise interdit le divorce par consentement mutuel. Ce qui fait qu’il y a plusieurs couples qui restent ensemble, alors que du point de vue émotionnel, ils sont déjà divorcés. Deuxièmement, la procédure de divorce au Cameroun a un coût. Un pauvre ne peut pas divorcer au Cameroun ! Certaines indiscrétions parlent de dépenses allant de 300 000 à 4 000 000 de francs CFA. Vous comprenez que pour divorcer, il faut disposer d’un certain nombre de ressources », indique l’entrepreneur Gaston T.

« Aujourd’hui, dans ce qu’on appelle les sociétés modernes, ce qui caractérise la modernité, c’est le relâchement de l’influence de la communauté sur l’individu », ajoute-t-il.

Pour la juriste Chantal N., « ce n’est pas une surprise ! Dans toutes les sociétés modernes, les cas de divorce sont réguliers. Et il est donc question aujourd’hui de réfléchir sur l’encadrement juridique des liens du mariage ».

« Si on continue à se laisser influencer par la conception religieuse, est-ce que cela n’amène pas aussi à observer les cas de féminicide qu’on enregistre un peu partout dans nos sociétés ? Bref, il faut poser la question sur la table et véritablement réfléchir », ajoute-t-elle.

Pour la dame apostolique Rosine F., « quoi qu’on dise, le divorce reste une dérogation à la règle. On n’attend pas des gens qui se disent “oui” devant le maire et devant le prêtre qu’ils se mettent ensemble pour se quitter, souvent un ou deux ans à peine après l’union. Je souligne rapidement que le mariage n’est pas d’abord une réalité religieuse comme on le pense. Parce que, quand un homme et une femme se rencontrent quelque part, ce n’est pas d’abord les religions qui se rencontrent. Quand leurs cœurs commencent à battre, ça ne bat pas au rythme des tribus ou de la couleur de la peau. Donc, le mariage, c’est quelque chose de naturel. Il est régi par le droit divin naturel. Il ne dépend pas d’abord d’une communauté religieuse. Maintenant, avec l’évolution des choses, chaque communauté religieuse a orienté sa compréhension du mariage selon ses convictions. Parce que vous verrez par exemple chez nos frères musulmans la notion de polygamie, alors que chez nous, les catholiques, la forme du mariage, c’est la stricte monogamie. »

« Cela dit, le Christ lui-même, dans l’Évangile selon Matthieu, chapitre 19, versets 3 à 6, parle de la question du divorce. Les pharisiens lui demandent s’il est permis, selon la loi, de répudier sa femme pour n’importe quel motif. Et il leur répond : “Ce que Dieu a uni, que personne ne le sépare.” Ce disant, il établit comme sacré ce qu’il convient d’appeler “l’indissolubilité du mariage”. C’est une propriété essentielle du mariage, à côté de l’unité, je veux dire “l’unité” ici au sens d’“un homme, une femme”. Et l’indissolubilité, c’est que ce que Dieu a uni, personne ne le sépare. Donc, dans notre langage, notre jargon, on ne parle même pas de divorce. On parle plutôt de “dissolution du lien matrimonial”, c’est-à-dire qu’on constate qu’en réalité, il n’y a jamais eu mariage. Parce que, tenez-vous bien, lorsque le mariage est bien célébré à l’état civil et qu’il est célébré à l’église, vous pouvez prononcer le divorce civil, mais le divorce civil n’annule pas le consentement matrimonial. Ce qui fait que, si vous divorcez au civil, vous ne pouvez pas venir vous remarier à l’église. Pour qu’on annule un mariage, il faut passer cette fois-ci par un tribunal ecclésiastique, qui, au bout de certaines procédures, va reconnaître l’annulation du lien matrimonial. Et je puis vous dire que ce sont des procédures qui ne sont pas du tout évidentes, parce qu’on prend quand même du temps pour préparer les gens, pour leur faire comprendre que le mariage n’est pas une question de mode. Ça ne répond pas à des caprices. Il faut que le consentement matrimonial soit valide. Et la validité du consentement matrimonial répond quand même à des critères assez sérieux. Il faut que ceux qui se marient aient quand même conscience de ce que c’est que le mariage. Qu’ils ne subissent aucune pression. Ils doivent être libres et éclairés. Donc, il y a tout un tas de procédures ! »

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