À Helsinki, l’art africain et postcolonial imagine le musée de demain


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Ali Akbar Mehta, Purgatoire EDIT, 2016-en cours. Avec l'aimable autorisation de l'artiste.
Ali Akbar Mehta, Purgatoire EDIT, 2016-en cours. Avec l'aimable autorisation de l'artiste.

Jusqu’au 11 octobre, le Musée de la technologie d’Helsinki en Finlande présente « Who Goes Hunting Does Not Cough », une exposition conçue par le commissaire franco-togolais Kisito Assangni pour l’association Pixelache Helsinki. Artistes africains, de la diaspora et d’ailleurs y interrogent ce que l’art médiatique peut changer à l’institution muséale.

Le titre de l’exposition reprend un proverbe africain : « Qui va à la chasse ne tousse pas ». Kisito Assangni y lit une règle de conduite. Quelle que soit l’ambition affichée d’un projet, ce sont ses résultats qui doivent convaincre. La formule décrit aussi sa manière de travailler, qui accorde autant de poids au processus qu’à l’œuvre achevée et traite l’exposition comme un projet inachevé, que d’autres pourront reprendre et remixer.

Yto Barrada
Yto Barrada

Ouverte au public le 12 septembre au lendemain du vernissage, l’exposition réunit au Musée de la technologie (Tekniikan museo) Kongo Astronauts, Yto Barrada, Neïl Beloufa, Theo Eshetu, Joseph Ijoyemi, Mouna Jemal Siala, Miatta Kawinzi, Ali Akbar Mehta, Marek Pluciennik, Johan Thom, Eden Tinto Collins, Sofia Yala et Oliver Whitehead. Films, jeux vidéo, photographie, son, installations et performances s’y côtoient. Organisé avec le Musée de la technologie et l’EMMA, le musée d’art moderne d’Espoo, l’événement sert de prélude au festival Pixelache Helsinki.

L’art médiatique au musée des techniques

Présenter ces œuvres dans un musée consacré à l’histoire des techniques, et non dans un musée d’art, donne au propos une portée concrète. Kisito Assangni défend l’idée que l’art médiatique, parce qu’il circule entre les disciplines et sollicite la participation du public, peut transformer le musée. Ainsi, l’institution cesserait d’être un dépôt d’objets pour devenir un lieu où le savoir se produit à plusieurs. Les artistes réunis travaillent sur les rapports de pouvoir, les esthétiques décoloniales, la résilience des communautés ou les effets des technologies nouvelles sur notre façon de voir.

Le commissaire se réclame de la « criticalité » décrite par la théoricienne Irit Rogoff dans Terra Infirma (2000), une pratique qui conteste en permanence l’autorité de ceux qui produisent le savoir. Dans cette logique, les savoirs autochtones et les futurismes spéculatifs peuvent être exposés côte à côte, sans hiérarchie établie d’avance.

Le propos prend un relief particulier pour les artistes africains et de la diaspora. En Europe, leurs œuvres ont longtemps été reçues à travers l’ethnographie, le patrimoine ou la catégorie des « arts premiers ». À Helsinki, elles sont montrées pour ce qu’elles disent de la technologie, de l’identité et de l’avenir.

De William Kentridge à Kongo Astronauts

Le soir du vernissage, le 11 septembre, l’EMMA a accueilli une projection suivie de la performance Candles in the Dark de Joseph Ijoyemi. La sélection, tirée de la collection d’art de la Fondation Saastamoinen, rassemblait des œuvres consacrées à l’identité, à la technologie et aux mutations sociales. Plusieurs artistes de l’exposition y côtoyaient le Sud-Africain William Kentridge, l’Irano-Américaine Shirin Neshat, la Chinoise Cao Fei et le Danois Jesper Just.

Kongo Astronauts, présent sur les deux sites, illustre bien la démarche. Fondé à Kinshasa en 2013 par Michel Ekeba et Éléonore Hellio, le collectif associe performance, vidéo et photographie. Ses combinaisons d’astronautes, fabriquées à partir de circuits électroniques récupérés sur les marchés de déchets kinois, renvoient à la guerre du coltan dans l’est de la RDC, à l’héritage colonial et à la vie quotidienne d’une mégapole congolaise.

Relire les archives de l’art médiatique

L’exposition fait partie d’Another Story, un programme de trois ans conçu par Egle Oddo pour Pixelache et soutenu par la Fondation Kone, l’agence publique finlandaise pour les arts et la culture et la Ville d’Helsinki. Chaque année, un commissaire invité explore des archives internationales d’art médiatique pour en tirer une exposition et un programme public. Le but est de faire remonter des artistes et des récits restés en marge de l’histoire officielle de l’art technologique.

Miatta Kawinzi, « Faire confiance à la terre pour nous libérer (recommencer) », 2024. Avec l’aimable autorisation de l’artiste.
Miatta Kawinzi, « Faire confiance à la terre pour nous libérer (recommencer) », 2024. Avec l’aimable autorisation de l’artiste.

Kisito Assangni connaît le terrain. Pour les vingt ans de Pixelache, en 2022, Egle Oddo l’avait invité à se plonger dans les archives de l’association ; il en avait tiré une analyse publiée par le magazine Art Dependence. Installé entre Londres, Paris et le Togo, il travaille sur la circulation des images, les dynamiques postcoloniales et les nouvelles formes de subjectivité.

Il a dirigé de 2008 à 2020 TIME is Love Screening, un festival itinérant d’art vidéo. Ses expositions et programmes ont été présentés notamment à la Biennale de Venise, au ZKM de Karlsruhe et au Ben Uri Museum de Londres, et il est intervenu au Palais de Tokyo, à la Whitechapel Gallery, au Kiasma d’Helsinki ou à l’université de Pretoria.

Un essai critique de Greg de Cuir Jr accompagne l’exposition, montée avec le concours de l’Institut français de Finlande, de l’Institut culturel italien et des ambassades d’Italie et de Tunisie à Helsinki. Elle reste visible au Musée de la technologie jusqu’au 11 octobre.

Kofi Ndale
Kofi Ndale, un nom qui évoque la richesse des traditions africaines. Spécialiste de l'histoire et l'économie de l'Afrique sub-saharienne
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