
Alors que les États-Unis cherchent à sécuriser leurs approvisionnements en minerais critiques, l’Algérie développe ses propres capacités dans le fer, les phosphates, le zinc et le plomb. En 2026, Alger et Washington ont engagé plusieurs échanges sur les possibilités de coopération minière, tandis que de grands projets algériens entrent progressivement dans leur phase opérationnelle.
L’Algérie occupe une place grandissante dans la nouvelle dynamique minière du Maghreb. Le pays dispose d’importantes ressources en fer, phosphates, zinc et plomb et a engagé plusieurs projets destinés à développer leur extraction et leur transformation industrielle. Cette orientation intervient au moment où les États-Unis ont renforcé leur politique de sécurisation des chaînes d’approvisionnement en minerais critiques.
L’Algérie accélère ses grands projets miniers
Le projet de Gara Djebilet, à Tindouf, constitue l’un des principaux volets de cette politique. La mine possède des réserves estimées à environ 3,5 milliards de tonnes de minerai de fer. En février 2026, les premières cargaisons extraites ont été acheminées par voie ferroviaire depuis Gara Djebilet vers Béchar, marquant le début de l’exploitation effective du gisement.
Le développement de Gara Djebilet s’accompagne d’infrastructures destinées au transport et à la transformation du minerai. Une première unité de traitement primaire est prévue dans le dispositif industriel du projet. La secrétaire d’État Karima Bakir Tafer évoque une montée en puissance progressive des unités de traitement, de 1 Mt en 2026 à 8 Mt en 2030. Le gouvernement suit également les infrastructures ferroviaires, énergétiques et industrielles associées au développement du gisement.
Le phosphate au cœur de la diversification
L’autre grand projet concerne la filière des phosphates dans l’est du pays. Le projet intégré s’étend sur les wilayas de Tébessa, Souk Ahras et Annaba. Selon les données gouvernementales, il repose sur des réserves exploitables estimées à 840 millions de tonnes et vise une production annuelle de 10,5 millions de tonnes de phosphate brut.
À Tébessa, les travaux préparatoires de la mine de Bled El Hadba se poursuivent. Le site doit constituer l’un des maillons du projet intégré destiné à développer la production et la transformation des phosphates ainsi que la fabrication d’engrais. En juin 2026, le ministre des Mines et des Industries minières a inspecté l’avancement de la phase préparatoire à l’exploitation.
La construction du complexe minier de Bled El Hadba et de l’unité de transformation d’Oued Kebrit associe déjà plusieurs opérateurs internationaux, dont l’italien Saipem et le chinois CHEC, aux côtés d’entreprises algériennes comme Cosider Canalisations, SARPI et GCB.
Washington s’intéresse aux ressources algériennes
Cette transformation du secteur minier intervient parallèlement au renforcement des échanges entre l’Algérie et les États-Unis. En avril 2026, le secrétaire d’État adjoint américain Christopher Landau s’est rendu en Algérie et a rencontré des responsables des secteurs de l’énergie, des mines et du commerce. Les discussions ont porté sur le développement de la coopération bilatérale et sur les possibilités d’investissement.
Cette intensification des contacts diplomatiques intervient dans le sillage d’une réforme juridique majeure. La loi n° 25-12 du 3 août 2025 relative aux activités minières a mis fin à la règle dite du « 49/51 » qui limitait la participation étrangère dans les secteurs stratégiques. Les investisseurs étrangers peuvent désormais détenir jusqu’à 80 % du capital d’un projet minier, avec un permis unique valable trente ans couvrant à la fois l’exploration et l’exploitation. C’est ce changement de cadre réglementaire, autant que l’inscription du phosphate sur la liste américaine des minerais critiques, qui explique l’intensification des échanges entre Alger et Washington depuis la fin 2025.
Le 7 juin, les autorités algériennes et la représentation diplomatique américaine ont de nouveau examiné les possibilités de coopération dans les mines. Les discussions ont porté sur l’exploration, l’extraction et la transformation industrielle des ressources minérales. Les deux parties ont également évoqué les minerais stratégiques et critiques utilisés notamment dans les technologies avancées et les énergies renouvelables.
Un contexte américain favorable aux producteurs
Washington cherche actuellement à réduire les risques liés à sa dépendance aux importations de minerais. La liste américaine publiée en novembre 2025 compte désormais 60 minerais critiques, contre 50 dans la précédente liste, avec notamment l’ajout du phosphate. La Maison-Blanche a également adopté, en 2026, plusieurs mesures destinées à renforcer les chaînes d’approvisionnement américaines.
En juillet, Donald Trump a donné au département du Commerce des pouvoirs supplémentaires concernant certains minerais critiques récupérables, en invoquant les besoins de la défense et les risques de rupture des approvisionnements. L’Algérie dispose ainsi de plusieurs filières minières susceptibles d’intéresser les partenaires étrangers. Outre Gara Djebilet et les phosphates, le projet de zinc-plomb de Tala Hamza-Oued Amizour, à Béjaïa, fait partie des trois grands projets miniers suivis par le gouvernement en 2026. Ces échanges répétés, de la rencontre Sonarem–ambassade américaine en décembre 2025 à la visite de Landau en avril, puis la réunion du 7 juin, n’ont pas encore débouché sur un accord chiffré rendu public, à la différence des partenariats déjà engagés avec des opérateurs italien et chinois sur le volet phosphate.
Une nouvelle place pour l’Algérie dans le Maghreb face au Maroc
Cette diversification prend aussi une dimension régionale. Le Maroc, via l’Office chérifien des phosphates (OCP), concentre à lui seul près de 70 % des réserves mondiales de phosphate. Ainsi, le projet algérien de Tébessa-Souk Ahras-Annaba vise ainsi à positionner Alger comme un fournisseur alternatif sur ce marché. La dimension géopolitique n’est pas absente des échanges avec Washington et lors de son passage à Alger fin avril, Christopher Landau a également abordé la question du Sahara occidental, les États-Unis maintenant leur soutien au plan d’autonomie marocain mais en étant prêt désormais à faire des concessions. Coopération minière et dossier saharien s’entremêlent désormais dans la relation algéro-américaine.
Les autorités annoncent parallèlement la poursuite des investissements dans les infrastructures nécessaires à ces exploitations. L’Algérie continue par ailleurs de disposer d’un secteur énergétique important. Une étude publiée en avril 2026 par l’US Geological Survey estime à 80,1 billions de pieds cubes les ressources techniquement récupérables de gaz de schiste encore non découvertes dans la province du Grand Erg/Ahnet.
Dans le Maghreb, cette combinaison de ressources énergétiques et minières donne à l’Algérie une place particulière dans les stratégies de diversification des approvisionnements.




