
Par 524 voix contre 2, les eurodéputés ont adopté jeudi 12 mars 2026 une résolution d’urgence condamnant la « détention arbitraire » du président déchu et exigeant sa libération immédiate. Niamey a aussitôt réagi en convoquant la chargée d’affaires de l’UE et en dénonçant une « attitude paternaliste et condescendante ».
Près de trois ans après le coup d’État militaire du 26 juillet 2023 qui a porté le général Abdourahamane Tiani au pouvoir au Niger, le président Mohamed Bazoum reste toujours incarcéré dans des conditions qui inquiètent la communauté internationale. Le Parlement européen a franchi un nouveau cap en adoptant, jeudi 12 mars 2026, une résolution d’urgence exigeant sa libération immédiate et inconditionnelle.
Une détention dénoncée par les Nations unies et l’UE
Depuis le putsch, Mohamed Bazoum, âgé de 66 ans, et son épouse Hadiza Bazoum sont retenus dans une aile du palais présidentiel à Niamey. Selon le Parlement européen, le couple n’a accès ni à un avocat ni à des visites familiales depuis plus d’un an, et ne bénéficierait que de soins médicaux limités. Aucune information vérifiable sur leur situation n’a été rendue publique depuis plus de douze mois, alimentant les inquiétudes quant à leur intégrité physique.
Il convient de rappeler que Mohamed Bazoum, élu démocratiquement en avril 2021, n’a jamais démissionné et reste, selon les textes constitutionnels, le président légitime du Niger, même si son mandat arrive officiellement à échéance le 2 avril 2026. Son immunité présidentielle a été levée par la junte en juin 2024, et le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) a annoncé son intention de le poursuivre pour « haute trahison », un chef d’accusation passible de la peine de mort au Niger. Toutefois, aucune procédure judiciaire formelle n’a été engagée à ce jour.
Dès février 2025, les Nations unies avaient qualifié cette détention d’« arbitraire », estimant qu’elle violait le droit international, et avaient appelé à la « libération immédiate » du couple Bazoum. La Cour de justice de la CEDEAO avait déjà ordonné sa remise en liberté dès décembre 2023, mais cette décision est restée lettre morte, le Niger ayant depuis quitté l’organisation.
524 voix pour : une résolution adoptée à la quasi-unanimité
C’est dans ce contexte que le Parlement européen, réuni en séance plénière à Strasbourg, a adopté la résolution RC10-0159/2026, présentée par l’eurodéputé français Christophe Gomart (PPE) et portée par cinq groupes parlementaires. Le texte a été approuvé à la quasi-unanimité : 524 voix pour, 2 contre et 29 abstentions.
Les eurodéputés condamnent fermement la détention arbitraire de Mohamed Bazoum et de son épouse, et exigent leur libération immédiate et inconditionnelle, ainsi que celle de toutes les personnes détenues à la suite du coup d’État. Ils ont également exprimé leur inquiétude face à la répression politique qui sévit au Niger depuis la prise de pouvoir de l’armée, visant des responsables politiques, des journalistes et des acteurs de la société civile.
La résolution appelle par ailleurs la haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères, Kaja Kallas, les États membres, l’Union africaine et la communauté internationale à intensifier leurs efforts diplomatiques. L’eurodéputé Gomart a averti en séance plénière que ne pas obtenir la libération de Bazoum avant le 2 avril 2026 – date de la fin officielle de son mandat – constituerait un « échec grave ». Le Parlement demande également au régime militaire d’accélérer le retour à l’ordre démocratique et d’organiser des élections libres.
La colère de Niamey : protestation et convocation diplomatique
Cet appel du Parlement européen n’a pas été du tout accueilli avec sourire par la junte. Quelques heures après le vote, le ministre des Affaires étrangères, de la Coopération et des Nigériens à l’extérieur, Bakary Yaou Sangaré, a convoqué à son cabinet la chargée d’affaires par intérim de la délégation de l’Union européenne au Niger, Nicoletta Avella, afin de lui notifier l’« indignation du gouvernement nigérien ».
Une lettre officielle de protestation a été remise à la diplomate européenne, dans laquelle le gouvernement condamne fermement ce qu’il qualifie d’« ingérence de l’UE dans les affaires intérieures du Niger ». Niamey dénonce par ailleurs une « attitude paternaliste et condescendante de l’UE » et exprime sa détermination à « n’accepter aucune injonction d’où qu’elle vienne ».
Cette escalade diplomatique intervient alors qu’un semblant de timide reprise des relations entre le Niger et l’UE avait été amorcé ces derniers mois, avec la visite d’émissaires européens auprès des autorités de la transition. Si la résolution n’a pas de caractère contraignant, elle maintient la pression médiatique et diplomatique sur Niamey, à moins de trois semaines de la fin officielle du mandat de Mohamed Bazoum. En mars 2025, la junte avait prolongé de cinq ans au minimum sa transition à la tête du pays, et elle est toujours restée sourde aux divers appels à la libération de l’ancien président.




