
Malgré les réserves de six membres du Conseil de sécurité, dont trois africains , l’ONU a renouvelé pour un an les sanctions visant le Soudan du Sud. Un vote qui illustre une fracture de fond sur l’utilité des mesures coercitives dans les processus de paix en Afrique.
Adoptée par 9 voix pour et 6 abstentions, celles de la Chine, de la Fédération de Russie, du Libéria, du Pakistan, de la République démocratique du Congo et de la Somalie, la résolution 2821 (2026) du Conseil de sécurité des Nations unies reconduit l’ensemble du régime de sanctions visant le Soudan du Sud jusqu’au 31 mai 2027. Ces mesures comprennent l’embargo sur les armes, le gel des avoirs de certaines personnalités et entités, ainsi que les interdictions de voyager. Le mandat du Groupe d’experts chargé de surveiller l’application de ces dispositions a également été prorogé jusqu’au 1er juillet 2027.
Un dispositif reconduit malgré de profondes réserves
Les partisans de cette décision, prise à New York sous l’impulsion des États-Unis, délégation porte-plume, font valoir que la situation sécuritaire et politique ne justifie pas un assouplissement des restrictions, malgré l’Accord revitalisé de paix signé en 2018 : plusieurs réformes demeurent inachevées, et les violences localisées continuent d’alimenter les inquiétudes de la communauté internationale. Washington s’est même dit « découragé » par la détérioration continue de la situation dans le pays, imputée au manque de volonté politique des dirigeants sud-soudanais, à commencer par le président Salva Kiir Mayardit.
Depuis plusieurs mois, l’ONU tire la sonnette d’alarme sur les déplacements de populations, les affrontements entre groupes armés et les tensions politiques persistantes, qui fragilisent un processus de transition marqué par de nombreux reports électoraux. Le Secrétaire général António Guterres a d’ailleurs conclu que le Soudan du Sud a traversé, ces derniers mois, la période la plus difficile depuis la signature de l’Accord revitalisé.
Une fracture Nord-Sud au sein du Conseil
Le vote a une fois de plus révélé les divergences profondes au sein de l’institution. Si les États-Unis considèrent les sanctions comme un instrument nécessaire pour préserver les acquis du processus de paix, la Russie, la Chine et plusieurs membres africains du Conseil ont choisi de s’abstenir, estimant que ces mesures strictes n’ont produit aucun des résultats escomptés et semblent, au contraire, compliquer les efforts de stabilisation engagés par les autorités sud-soudanaises. Ces États plaident de façon constante pour une approche davantage axée sur l’accompagnement institutionnel et le dialogue politique.
Au-delà des lignes de fracture habituelles, le Soudan du Sud lui-même a pris la parole pour affirmer que la levée des sanctions et de l’embargo sur les armes n’est pas seulement une question de sécurité nationale, mais aussi une question de souveraineté, d’opportunités économiques et de dignité humaine. Un positionnement qui pose avec acuité la question récurrente dans les relations internationales de savoir si les sanctions constituent un véritable levier de paix ou un outil dont l’efficacité s’érode avec le temps ?
Si les défenseurs de ces mesures soutiennent qu’elles demeurent le seul moyen de limiter les capacités des acteurs susceptibles de compromettre la stabilité des pays en crise, leurs opposants estiment au contraire que leur maintien prolongé pénalise davantage des États déjà fragilisés sans pour autant résoudre les causes profondes des conflits. Une réalité demeure pourtant incontestable : 14 ans après son indépendance, le Soudan du Sud continue de chercher l’équilibre entre consolidation de l’État, réconciliation politique et développement économique. Mais la lutte contre la corruption reste essentielle dans ce dispositif.



