Mali : à Anéfis, l’armée et les Russes pris au piège du verrou de Kidal


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Avant-poste militaire dans le désert combat proche d'Anéfis au Mali
Avant-poste militaire dans le désert combat proche d'Anéfis au Mali

Dans le nord du Mali, les combats autour d’Anéfis se poursuivent avec une forte pression exercée sur les Forces armées maliennes et leurs alliés russes de l’Africa Corps. Face à eux, le Front de libération de l’Azawad et les jihadistes du GSIM/JNIM coordonnent désormais leurs offensives contre Bamako.

Anéfis n’est pas une localité comme les autres dans la guerre du Nord malien. Située dans la région de Kidal, sur la route nationale 18, à une centaine de kilomètres de la ville de Kidal, elle commande l’un des axes les plus sensibles du pays, celui qui relie Gao à Kidal via Anéfis, tout en conditionnant l’accès aux positions loyalistes encore présentes plus au nord, notamment Aguelhok. Qui tient Anéfis dispose d’un point d’appui pour verrouiller l’accès à Kidal, ou pour préparer une reconquête de cette ville tombée aux mains du FLA en avril 2026.

Anéfis, dernier verrou avant Kidal

C’est ce qui explique l’importance des combats qui s’y déroulent depuis le 4 juillet. Les Forces armées maliennes, appuyées par les soldats russes de l’Africa Corps, y étaient retranchées après les revers subis au printemps dans le Nord, notamment la perte de Kidal lors des attaques coordonnées des 25 et 26 avril ainsi que la mort du ministre de la Défense Sadio Camara. Selon plusieurs sources concordantes, la ville et ses abords ont été visés par une offensive impliquant le Front de libération de l’Azawad, dominé par des combattants touaregs, et le GSIM/JNIM, branche sahélienne d’Al-Qaïda. Les attaques du 4 juillet ont également touché Aguelhok, Gao, Sévaré et Kéniéroba.

Comme souvent dans le conflit malien, la guerre se joue aussi sur le terrain de la communication. Bamako affirme avoir repoussé les assauts et repris l’initiative grâce à une riposte aéroterrestre, faisant état de frappes de précision et de plusieurs combattants du JNIM et du FLA neutralisés. Le FLA, de son côté, revendique la prise de la localité. Selon RFI, les groupes armés ont pris le contrôle de la ville d’Anéfis et assiègent le camp militaire, où les FAMa et l’Africa Corps demeurent retranchés. Les pertes exactes restent difficiles à établir. Un hélicoptère de l’armée malienne aurait été abattu lors de l’embuscade contre un convoi de renfort parti de Gao, mais le bilan matériel et humain demeure impossible à vérifier de manière indépendante.

Une alliance de circonstance contre Bamako

L’élément le plus préoccupant pour les autorités maliennes tient à la nature de l’offensive. Le FLA et le GSIM/JNIM ne poursuivent pas le même projet politique. Les premiers défendent la cause de l’Azawad, les seconds veulent imposer un ordre jihadiste. Leur ennemi commun, la junte du général Assimi Goïta et ses alliés russes, les conduit malgré tout à une coordination militaire de plus en plus visible. Cette convergence, déjà observée lors des offensives d’avril, s’est confirmée avec les attaques du 4 juillet, dont Anéfis constitue l’épicentre. Les analystes soulignent que cette alliance FLA-JNIM apparaît nettement plus structurée que l’entente MNLA-jihadistes de 2012.

Pour les groupes armés, prendre le camp d’Anéfis reviendrait d’abord à interdire toute contre-offensive sur Kidal. Un chef militaire du FLA résume l’objectif auprès de RFI en expliquant vouloir isoler Aguelhok, plus au nord, puis repousser les forces maliennes et russes jusqu’à Gao afin de « déplacer la guerre hors de la région de Kidal ». Perdre Anéfis compromettrait directement les plans de reconquête de Bamako, qui avait fait de cette localité et d’Aguelhok des points d’appui pour une réarticulation de ses troupes, ravitaillées par voie aérienne depuis le mois de mai.

Anéfis est ainsi devenu l’endroit où se mesure, une fois encore, la capacité de l’armée malienne et de l’Africa Corps à tenir le terrain dans un espace désertique que les groupes armés connaissent mieux que quiconque. Tant que le camp résiste, Bamako conserve une porte d’entrée vers Kidal. S’il tombe, c’est toute la présence loyaliste dans l’extrême nord qui se retrouverait exposée.

Ali Attar
Ali Attar est un spécialiste reconnu de l'actualité du Maghreb. Ses analyses politiques, sa connaissance des réseaux, en font une référence de l'actualité de la région.
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