Sénégal : Diomaye Faye déclare ouvertement la guerre à Ousmane Sonko


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Bassirou Diomaye Faye, Président du Sénégal
Bassirou Diomaye Faye, Président du Sénégal

Élus à quelques semaines d’intervalle à la tête de l’État et nommés à la tête du gouvernement en 2024, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko apparaissaient comme les deux piliers d’un même projet politique porté par Pastef. Deux ans plus tard, leurs décisions successives traduisent une rupture devenue publique. Démission de Sonko de la Primature, accession à la présidence de l’Assemblée nationale, désaccord sur la réforme constitutionnelle, projet de référendum et annonce de la création d’un nouveau parti présidentiel : les actes posés par les deux dirigeants dessinent désormais deux trajectoires politiques distinctes.

L’histoire politique du Sénégal est marquée par une évolution rapide des rapports entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. Longtemps présentés comme les deux visages d’une même alternance, les deux responsables politiques affichent désormais des positions divergentes sur plusieurs dossiers. Les événements intervenus ces derniers mois témoignent d’un changement profond dans l’équilibre des pouvoirs au sommet de l’État.

La fin d’un tandem exécutif

La rupture ne s’est pas construite en une seule séquence. Elle s’est installée progressivement au fil des décisions institutionnelles, des prises de position publiques et des choix politiques. Chaque étape a contribué à éloigner deux responsables qui partageaient jusque-là le même socle politique. Premier grand tournant, Ousmane Sonko est démis de ses fonctions de Premier ministre.

Ce départ a mis fin à une configuration institutionnelle dans laquelle le président de la République et son chef du gouvernement appartenaient au même noyau dirigeant issu de Pastef. Quelques semaines plus tard, Ousmane Sonko a été installé à la présidence de l’Assemblée nationale. Cette nouvelle fonction lui confère la direction de l’institution chargée de voter les lois et de contrôler l’action du gouvernement.

La réforme constitutionnelle comme point de rupture

Le centre de gravité politique s’est ainsi déplacé d’un partage des responsabilités au sein de l’exécutif vers une relation entre l’exécutif et le pouvoir législatif. Le débat sur la réforme de la Constitution a ensuite mis en lumière des divergences devenues publiques. Les députés ont adopté le texte à la majorité qualifiée après plusieurs heures de discussions.

Le gouvernement avait défendu plusieurs amendements qui n’ont pas été retenus par la majorité parlementaire. Au cours des débats, le ministre de la Justice a annoncé que le président Bassirou Diomaye Faye envisageait de soumettre le projet à un référendum en application de l’article 103 de la Constitution. Cette position s’écartait de celle défendue par les auteurs de la réforme au sein de l’Assemblée nationale.

Deux lectures opposées de la procédure

À l’issue du vote, Ousmane Sonko, en sa qualité de président de l’Assemblée nationale, a déclaré qu’il transmettrait directement le texte adopté au chef de l’État pour promulgation. Il a estimé que le vote intervenu à la majorité des trois cinquièmes valait à la fois adoption et approbation de la révision constitutionnelle.

Dans le même temps, Bassirou Diomaye Faye n’a pas fixé de date pour le référendum évoqué par le gouvernement. À ce stade, cette consultation populaire n’a pas été convoquée. Le texte demeure ainsi au cœur d’un désaccord institutionnel entre la présidence de la République et la majorité parlementaire.

Des divergences sur le contenu de la réforme

Les réserves exprimées par le chef de l’État portent notamment sur plusieurs dispositions du projet. Parmi elles figurent l’interdiction faite au président de la République de diriger un parti politique, les nouvelles compétences attribuées à la future Cour constitutionnelle ainsi que certaines questions liées à l’équilibre des institutions.

La déclaration de patrimoine a également constitué un point de discussion. Le président de la République s’est déclaré favorable au principe, tout en souhaitant son extension à l’ensemble des responsables déjà concernés par la législation en vigueur, plutôt qu’au seul chef de l’État.

La naissance annoncée d’un nouveau parti

Un autre élément est venu modifier le paysage politique : l’annonce par Bassirou Diomaye Faye de la création de sa propre formation politique. Cette décision marque une nouvelle étape dans son positionnement personnel sur l’échiquier national.

Cette initiative intervient alors que le président de la République a été élu sous la bannière de Pastef, parti fondé et dirigé par Ousmane Sonko. L’annonce ouvre la perspective de l’existence de deux formations distinctes issues d’une même famille politique.

Deux centres de pouvoir

Les institutions sénégalaises se retrouvent désormais structurées autour de deux figures occupant chacune une position stratégique. Bassirou Diomaye Faye exerce les fonctions de chef de l’État, tandis qu’Ousmane Sonko dirige l’Assemblée nationale, où siège la majorité parlementaire. Cette nouvelle configuration modifie les rapports entre les institutions.

Les débats autour de la réforme constitutionnelle ont montré que la majorité parlementaire pouvait défendre une orientation différente de celle exprimée par l’exécutif sur un texte fondamental. Les décisions prises depuis plusieurs mois dessinent une recomposition du paysage politique sénégalais. Surtout avec le limogeage mercredi de tous les cadres de Pastef qui occupaient des responsabilités dans la gestion du pays.

Diomaye déclare ouvertement la guerre à Sonko

La séparation des trajectoires de Bassirou Diomaye Faye et d’Ousmane Sonko ne repose plus uniquement sur des différences d’appréciation, mais sur des choix institutionnels et organisationnels désormais assumés publiquement. Les faits montrent qu’une nouvelle phase s’est ouverte dans la vie politique sénégalaise.

Les deux responsables, qui avaient conduit ensemble l’alternance de 2024, défendent des orientations différentes. En annonçant la création de son propre parti politique, Diomaye Faye n’est plus dans la gestion discrète jusque-là affichée : le chef de l’État sénégalais déclare ouvertement la guerre à Ousmane Sonko.

Alioune Diop
Une plume qui balance entre le Sénégal et le Mali, deux voisins en Afrique de l’Ouest qui ont des liens économiques étroits
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