Mali : le FLA attaque de nouveau Gao, la ville qu’il avait juré de « libérer »


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Forces armées maliennes
Les Forces armées maliennes

Les habitants d’Anéfis, d’Aguelhoc, de Gao et de Sévaré se sont réveillés samedi 4 juillet aux premières heures sous le bruit des armes. Une offensive coordonnée du Front de libération de l’Azawad (FLA) et du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim) a frappé simultanément quatre localités du nord et du centre du pays, ainsi qu’une prison à une cinquantaine de kilomètres au sud de Bamako. Le scénario rappelle celui du 25 avril. L’une des villes visées, Gao, figurait déjà sur la liste des objectifs que le FLA avait annoncés à l’époque.

Un scénario qui rejoue celui du 25 avril

Selon l’état-major des Forces armées maliennes (FAMa), des « tentatives d’attaques » ont visé dans la nuit et au petit matin des positions militaires à Aguelhoc, Anéfis, Gao et Sévaré. Gao et Sévaré figuraient déjà parmi les villes touchées par l’offensive coordonnée du 25 avril dernier, l’une des plus importantes qu’ait connues le pays depuis le début de la guerre en 2012. Aguelhoc, elle, était tombée aux mains du FLA début mai, dans la foulée de cette même offensive. En fin de matinée, l’état-major a affirmé que la situation était revenue sous contrôle, évoquant des attaques repoussées et des opérations de ratissage aérien et terrestre menées avec ses partenaires. K’Africa Corps, la force paramilitaire russe alliée de Bamako, semble avoir participé. Un bilan provisoire fait état de vingt assaillants neutralisés, arrivés sur motos et à bord de véhicules équipés.

Sur le terrain, la situation restait confuse en milieu de journée. Des vidéos diffusées par les groupes armés sur les réseaux sociaux montraient des colonnes de pick-up chargées de combattants entrant dans Anéfis, localité qui commande l’accès à Kidal, tombée aux mains du FLA fin avril. Un habitant de Gao a indiqué à Jeune Afrique que les combats, concentrés autour de l’aéroport, étaient plus intenses que ceux du 25 avril, sous la surveillance d’avions militaires. Les vols civils à destination et en provenance de la ville ont été annulés.

Gao, une cible annoncée dès avril

L’attaque sur Gao n’a rien d’improvisé. Fin avril, alors que Kidal venait de tomber, le porte-parole du FLA, Mohamed Elmaouloud Ramadane, avait accordé un entretien à l’AFP dans lequel il assurait que le régime de Bamako « va tomber, tôt ou tard » et citait les villes que son mouvement comptait « libérer » : Gao, Tombouctou et Ménaka. Trois mois plus tard, c’est l’une d’entre elles qui se trouve visée, dans le cadre d’une répartition des rôles déjà observée le 25 avril avec le FLA qui concentre son effort sur les zones à dominante touareg et arabe, tandis que le Jnim agit de façon autonome dans le centre et le sud du pays, comme à Sévaré.

Cette répartition confirme la solidité d’une alliance de circonstance entre indépendantistes et jihadistes que plusieurs observateurs jugeaient fragile après la chute de Kidal, où le FLA avait négocié seul, avec l’Africa Corps, le retrait d’environ 400 combattants russes. Trois mois après cet épisode, les deux mouvements continuent d’agir de concert.

Une prison visée pour la deuxième fois en deux mois

Loin des zones de combat habituelles, une attaque distincte visait samedi la prison de Kéniéroba, localité située à une cinquantaine de kilomètres au sud de Bamako, en direction de la frontière guinéenne. Des assaillants non identifiés à ce stade ont incendié plusieurs véhicules à l’intérieur de l’établissement et coupé les communications, selon des sources pénitentiaires citées par l’AFP. Un habitant de la ville a décrit à l’agence une matinée sous les tirs : « Nous sommes sous nos lits, les tirs continuent. »

Ce centre de détention, ouvert en 2019 pour désengorger la prison centrale de Bamako, héberge de nombreux jihadistes. Il avait déjà été la cible d’une offensive similaire en mai. Cette deuxième tentative en deux mois sur le même établissement, à moins de deux heures de route de la capitale, laisse penser à une opération distincte de la campagne du nord, dont l’objectif présumé serait de faire évader des combattants détenus.

Une communication officielle proche de celle d’avril

Les éléments de langage de l’état-major malien, ce samedi, présentent des similitudes avec ceux publiés après les attaques du 25 avril évoquant une situation sous contrôle, des assaillants neutralisés et des opérations conduites avec les partenaires russes. Une communication du même ordre avait précédé, en avril, la perte de plusieurs positions et la mort du ministre de la Défense Sadio Camara, avant que Kidal ne tombe aux mains des rebelles dès le lendemain. La reprise d’un scénario comparable, sur des localités déjà éprouvées, relance la question des marges de manœuvre dont dispose la junte face à une pression qui n’a pas faibli depuis trois mois.

À l’heure où ces lignes sont écrites, les combats se poursuivaient à Anéfis. Aucun bilan humain indépendant n’était encore disponible, et les habitants des localités visées restaient chez eux, à l’abri.

Ali Attar
Ali Attar est un spécialiste reconnu de l'actualité du Maghreb. Ses analyses politiques, sa connaissance des réseaux, en font une référence de l'actualité de la région.
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