
Kevin Lamour n’est plus directeur général des opérations de la FIFA. Le Français de 45 ans a été licencié le 17 août 2026, après s’être publiquement opposé au projet de Gianni Infantino d’ouvrir le capital de l’instance à des investisseurs privés. Son départ intervient alors que la gouvernance du président de la FIFA est de plus en plus contestée et que le Maroc s’apprête à accueillir le prochain congrès électif de l’organisation.
La FIFA a confirmé lundi la fin de sa collaboration avec Kevin Lamour, sans préciser les raisons de cette décision. « La FIFA remercie Kevin pour ses deux années de service et lui souhaite bonne chance pour l’avenir », a indiqué un porte-parole de l’instance. Selon The Athletic, information confirmée par L’Équipe, le dirigeant français a en réalité été licencié.
Un départ sur fond de crise à la FIFA
Cette décision intervient quelques semaines après la prise de position spectaculaire de Lamour contre FIFA Forward Enterprise. Dans un communiqué publié le 31 juillet, il avait dénoncé un projet qu’il jugeait être « le projet d’une seule personne », visant directement Gianni Infantino. Il avait également estimé que les salariés de la FIFA méritaient mieux que « le mépris et l’intimidation ».
Arrivé dans les hautes sphères du football international il y a plus de vingt ans, notamment après un passage par l’UEFA, Kevin Lamour occupait depuis novembre 2024 le poste de directeur général des opérations. À ce titre, il supervisait notamment les fonctions juridiques, la communication et les ressources humaines. Son profil était pourtant peu connu du grand public, le dirigeant cultivant une grande discrétion.
Le projet privé qui a fracturé la FIFA
FIFA Forward Enterprise prévoyait de regrouper une partie des activités commerciales de la FIFA au sein d’une société dont jusqu’à 20% du capital auraient pu être cédés à des investisseurs, avec Thrive Capital, le fonds de Josh Kushner, parmi les acteurs envisagés. L’opération était valorisée autour de 20 milliards de dollars et pouvait rapporter jusqu’à 4,2 milliards à l’instance. Le projet a finalement été abandonné le 1er août, après une forte opposition, notamment de l’UEFA.
Gianni Infantino a reconnu que des erreurs avaient été commises, notamment parce que le Conseil de la FIFA et les fédérations membres n’avaient pas été suffisamment associés au processus. Kevin Lamour n’était pas le seul cadre à prendre ses distances avec le président. Mattias Grafström, secrétaire général et numéro 2 de la FIFA, et Arsène Wenger ont également salué l’abandon du projet.
Le Maroc au cœur de la bataille politique
La crise dépasse désormais le dossier financier. L’UEFA, l’AFC et la Concacaf ont dénoncé ensemble le manque de consultation autour du projet, tandis que plusieurs fédérations européennes ont retiré leur soutien à Infantino. À l’inverse, la Confédération africaine de football (CAF) a renouvelé à l’unanimité son soutien au président de la FIFA lors d’une réunion organisée le 6 août à Rabat.
Le choix du Maroc est particulièrement symbolique : le congrès électif de la FIFA se tiendra dans la capitale marocaine le 18 mars 2027. Le Maroc soutient lui aussi Infantino et coorganisera la Coupe du monde 2030. Le pays espère par ailleurs obtenir l’organisation de la finale dans le futur Grand Stade Hassan II. Aucun lien direct n’est établi entre ces dossiers et le soutien politique apporté au président de la FIFA.
Infantino face à une contestation grandissante
Seul candidat déclaré à sa succession à ce stade, Gianni Infantino conserve donc un soutien important en Afrique, avec 54 fédérations susceptibles de peser lourd dans le scrutin de 2027. Mais la contestation s’étend en Europe, en Asie et en Amérique du Nord.
Le licenciement de Kevin Lamour est la preuve d’une fracture désormais visible au sommet de la FIFA. Après vingt ans dans les instances du football mondial, le Français a choisi de rompre avec sa traditionnelle discrétion. Il en paie aujourd’hui le prix, au moment où la bataille pour l’avenir de la gouvernance de la FIFA ne fait que commencer.




