Algérie : les étudiants d’excellence de la diaspora, nouveau pari de l’économie du savoir


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Le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique reçoit une délégation d’étudiants d’excellence issus de la communauté nationale à l’étranger
Le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique reçoit une délégation d’étudiants d’excellence issus de la communauté nationale à l’étranger

En recevant vingt étudiants d’excellence issus de la communauté nationale à l’étranger, Alger envoie un signal discret. La diaspora n’est plus pensée uniquement à travers le prisme consulaire ou mémoriel mais devient un vivier de compétences capable de relier l’Algérie aux grandes universités et aux économies du savoir.

Longtemps, la diaspora algérienne a été racontée à travers les mêmes sujets de tensions diplomatiques, questions de visas, débats identitaires ou transferts financiers. Un autre visage existe désormais, celui d’une génération de jeunes Algériens formés à l’étranger, souvent brillants, attachés à leurs racines et en mesure de servir de relais entre leur pays d’origine et les sociétés où ils étudient.

C’est cette Algérie-là que le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Kamel Baddari, a mise en avant en recevant, le 7 juillet 2026 au siège de son ministère, vingt étudiants d’excellence issus de la communauté nationale établie à l’étranger. Cette visite honorifique s’inscrivait dans la première édition d’un programme dédié aux étudiants brillants de la diaspora, piloté par le secrétariat d’État chargé de la Communauté nationale à l’étranger et déployé du 3 au 9 juillet, à l’occasion du 64ᵉ anniversaire de l’Indépendance et de la Jeunesse. Au menu, activités culturelles et scientifiques, visites de terrain et découverte des établissements d’enseignement supérieur, de la recherche, du patrimoine et des potentialités économiques du pays, en coordination avec plusieurs départements ministériels.

Derrière la formule institutionnelle, l’idée mérite qu’on s’y arrête. L’Algérie ne cherche plus seulement à dire à sa diaspora : « revenez ». Elle lui dit désormais : « restez connectés ». Dans un monde où les carrières scientifiques et entrepreneuriales se construisent souvent entre plusieurs pays, la question du retour définitif des cerveaux cède la place à celle des passerelles. Stages, projets communs, mentorat, codirections de recherche, réseaux universitaires ou accompagnement de start-up.

De la fuite des cerveaux à la circulation des talents

Pendant des années, la réussite des Algériens à l’étranger a été perçue avec une fierté lorsque des chercheurs, médecins ou entrepreneurs d’origine algérienne s’imposent dans les grandes institutions internationales.

La nouveauté du moment tient à la volonté affichée de transformer cette situation en avantage. Quelques jours avant la réception des étudiants, le ministère avait lancé, le 28 juin 2026, les travaux constitutifs du Conseil supérieur de la communauté scientifique nationale établie à l’étranger, au pôle scientifique et technologique Chahid Abdelhafid-Ihaddaden de Sidi Abdellah. La réunion inaugurale, tenue en présence du professeur Elias Zerhouni, a rassemblé 31 chercheurs et experts algériens établis dans plusieurs pays, dont 24 sur place et sept par visioconférence.

Ce Conseil supérieur a été présenté comme un organe consultatif, rattaché à la Présidence de la République, chargé de mobiliser les compétences scientifiques de la diaspora dans les domaines stratégiques de l’intelligence artificielle, transformation numérique, cybersécurité, santé, énergies renouvelables et veille technologique.

En plaçant dans une même séquence les grands chercheurs confirmés et les étudiants d’excellence, Alger esquisse une chaîne de transmission. D’un côté, des personnalités scientifiques déjà reconnues, capables d’ouvrir des portes. De l’autre, une jeunesse binationale ou expatriée, encore en formation, mais déjà insérée dans les réseaux académiques mondiaux.

Une diaspora qui peut raconter autrement l’Algérie

Ce type d’initiative sert aussi à changer l’image de l’Algérie auprès de sa propre diaspora. Pour beaucoup de jeunes nés ou socialisés à l’étranger, le lien au pays d’origine passe par la famille, les vacances, la langue ou la mémoire. L’université, la recherche et l’entrepreneuriat occupent rarement le cœur de cette relation.

En ouvrant les portes de ses universités, de ses pôles scientifiques et de ses projets économiques à ces étudiants, l’Algérie peut construire avec eux une relation d’un autre ordre, fondée sur la compétence plutôt que sur le seul registre affectif ou administratif. Leur réussite à l’étranger devient alors une ressource pour le pays.

Cette approche compte particulièrement pour les deuxième et troisième générations. Ces jeunes n’ont pas forcément vocation à s’installer durablement en Algérie. Ils peuvent en revanche y effectuer des stages. Ils peuvent aussi, participer à des projets de recherche, accompagner des entreprises, créer des ponts avec leurs universités, ou devenir des ambassadeurs informels d’un pays qu’ils connaissent parfois moins qu’ils ne l’aiment.

Après le symbole, les mécanismes concrets

Que se passera-t-il une fois la séquence officielle refermée ? C’est là que se jouera la crédibilité de cette stratégie. Recevoir vingt étudiants d’excellence est un signal positif. Créer un Conseil supérieur scientifique de la diaspora en est un autre. Pour transformer l’essai, l’Algérie devra inscrire ces initiatives dans la durée.

Cela suppose une base de données des jeunes talents de la diaspora, des programmes d’été dans les universités algériennes et des bourses de mobilité. Mais aussi des incubateurs ouverts aux projets portés par des Algériens de l’étranger, des partenariats entre laboratoires, ainsi que des plateformes de mentorat entre scientifiques confirmés et étudiants. Le secrétaire d’État Sofiane Chaib a d’ailleurs laissé entendre que le succès de cette première édition pourrait ouvrir la voie à une institutionnalisation du programme au bénéfice des prochaines promotions.

Le potentiel est considérable. Dans une économie mondiale où la connaissance devient un facteur de souveraineté, la diaspora peut fonctionner comme une infrastructure invisible, un réseau de compétences et d’accès aux savoirs.

Ali Attar
Ali Attar est un spécialiste reconnu de l'actualité du Maghreb. Ses analyses politiques, sa connaissance des réseaux, en font une référence de l'actualité de la région.
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