Macron défend les médecins algériens, tacle Retailleau et les « mabouls » de la rupture avec Alger


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Emmanuel Macron et un médecin algérien à l'hopital illustration
Emmanuel Macron et un médecin algérien à l'hopital illustration

En visite à l’hôpital de Lavelanet, en Ariège, le président français a pris la défense des praticiens diplômés hors UE, majoritairement algériens, et s’en est pris vertement à ceux qui prônent une ligne dure avec Alger. Retailleau a répondu dans la journée. Quatre jours plus tôt, c’était le président du Medef qui atterrissait à Alger. Le rapprochement franco-algérien se construit à plusieurs voix mais il progresse.

« Tous les mabouls qui veulent se fâcher avec l’Algérie »

C’est en échangeant avec un médecin formé à Oran que le chef de l’État a lâché la phrase du jour : « Allez dire à tous les mabouls qui nous expliquent qu’il faudrait se fâcher avec l’Algérie », a lancé Emmanuel Macron ce lundi 27 avril 2026, lors d’une visite au centre hospitalier de Lavelanet. Dans la même séquence, il a qualifié le régime des PADHUE, les Praticiens à diplôme hors Union européenne, de « bordel » et de « folie du système français ».

Dans le viseurs, Bruno Retailleau, désormais candidat déclaré des Républicains à la présidentielle de 2027, défendait encore récemment dans le JDD une « ligne ferme » à l’égard d’Alger. L’ex-ministre de l’Intérieur qui a fait de l’Algérie la base de sa communication pour 2027 n’a d’ailleurs pas tardé à riposter dans un communiqué. « Le problème, ce ne sont pas les médecins algériens mais les centaines d’OQTF dangereux qui n’ont plus rien à faire en France et que le régime d’Alger refuse de reprendre. »

En concédant d’emblée que les médecins algériens ne sont pas « le problème », Retailleau reconnaît implicitement leur rôle. Mais en ramenant le débat aux OQTF, il choisit de ne pas répondre à la réalité sanitaire, celle que les statistiques de l’Ordre national des médecins documentent sans ambiguïté.

6 891 médecins algériens : le premier pilier du système

Au 1er janvier 2025, la France comptait 19 154 médecins diplômés hors UE, soit 8 % du corps médical total. Parmi eux, 36,2 % sont formés en Algérie soit environ 6 800 praticiens, faisant de l’Algérie la première source étrangère de médecins en France, loin devant la Tunisie (15,1 %), la Syrie (8 %) et le Maroc (6,4 %).

Origine des médecins en France avec un diplome obtenus en dehos de l'UE au 1er janvier 2025
Origine des médecins en France avec un diplome obtenus en dehos de l’UE au 1er janvier 2025

Leur présence est décisive dans les spécialités les plus en tension : médecine générale, psychiatrie, anesthésie-réanimation, pédiatrie, gériatrie. En gériatrie, un médecin sur trois est un ancien PADHUE. Certains hôpitaux dans les zones sous-dotées tournent avec 90 % de médecins étrangers. L’Ordre des médecins le note noir sur blanc dans son Atlas 2025 : les départements les moins denses médicalement sont aussi ceux où la proportion de PADHUE est la plus forte.

Un faisceau de rapprochement : du Medef à l’Élysée

La déclaration de Macron s’inscrit dans une séquence de rapprochement franco-algérien qui s’accélère depuis plusieurs semaines. Du 23 avril au 26 avril, c’était Patrick Martin, président du Medef, qui atterrissait à Alger pour une visite inédite à ce niveau : le patron des patrons conduit lui-même la délégation, en petit comité, pour reprendre contact avec son homologue algérien du CREA après deux années de rupture. Le Medef jouait les pompiers économiques à Alger, conscient qu’il « est indispensable de travailler avec l’Algérie, surtout quand elle est à proximité géographique et culturelle », selon les mots de Patrick Martin lui-même.

En février, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez se rendait à Alger. Fin mars, Macron appelait Tebboune pour rétablir le dialogue. Début avril, Jean-Noël Barrot faisait le déplacement. Le 23 avril, le Medef était sur place pour un échange valorisant les patrons franco-algériens et le 27 avril, le président français devant l’hôpital de Lavelanet. À chaque fois, la même logique : les relations entre les deux pays sont trop importantes, économiquement, humainement, stratégiquement, pour être sacrifiées à une posture électorale. Encore plus en cette période où le conflit en Iran et ses conséquences sur les hydrocarbures.

Retailleau peut bien parler d’OQTF. Dans les urgences de l’Ariège comme dans les Maisons de Santé du Pas-de-Calais, ce sont des médecins d’Oran, d’Alger ou de Tizi Ouzou qui assurent les gardes.

Ali Attar
Ali Attar est un spécialiste reconnu de l'actualité du Maghreb. Ses analyses politiques, sa connaissance des réseaux, en font une référence de l'actualité de la région.
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