Zimbabwe : le Parlement ouvre la voie à une prolongation du pouvoir de Mnangagwa jusqu’en 2030


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Le Président du Zimbabwe, Emmerson Mnangagwa
Le Président du Zimbabwe, Emmerson Mnangagwa

Après l’approbation de l’Assemblée nationale, le Sénat zimbabwéen a adopté à son tour une série d’amendements qui pourraient permettre au Président Emmerson Mnangagwa de rester au pouvoir jusqu’en 2030. Les textes prévoient également des modifications importantes concernant la durée des mandats et les modalités de désignation du chef de l’État.

Le Sénat du Zimbabwe a approuvé mercredi plusieurs amendements constitutionnels soutenus par le parti au pouvoir, la Zanu-PF. Cette adoption intervient quelques jours après le vote favorable de l’Assemblée nationale et marque une nouvelle étape dans la réforme institutionnelle engagée par les autorités.

De grandes modifications du système politique

Selon les résultats annoncés par la présidente du Sénat, Mabel Chinomona, 75 sénateurs ont voté en faveur du texte contre quatre oppositions. Avec cette validation parlementaire, le projet de loi doit désormais être promulgué par le Président Emmerson Mnangagwa pour entrer officiellement en vigueur.

Parmi les principales dispositions adoptées figure l’allongement de la durée des mandats présidentiels et parlementaires. Les textes prévoient un passage de cinq à sept ans pour ces mandats. Ce qui modifie le calendrier électoral du pays. Cette mesure pourrait avoir une conséquence directe sur le mandat actuel du chef de l’État.

La question de l’élection présidentielle

Réélu en 2023 pour un second mandat de cinq ans, Emmerson Mnangagwa verrait ainsi son maintien à la tête du pays prolongé jusqu’en 2030 si les amendements entrent en application. Les réformes adoptées comportent également une disposition concernant le mode de désignation du Président. Le texte prévoit de confier au Parlement la responsabilité de nommer le chef de l’État.

Cette mesure mettrait fin à l’élection présidentielle au suffrage universel direct, un système en vigueur depuis 1987. Elle constituerait l’un des changements institutionnels les plus importants depuis l’adoption de la Constitution actuelle. Le parti Zanu-PF dispose d’une large majorité dans les deux chambres du Parlement.

Un projet porté par la majorité parlementaire

Cette domination a facilité l’adoption des amendements lors des différentes étapes législatives. Le 18 juin, l’Assemblée nationale avait déjà validé le texte par 216 voix contre 42. Ce vote avait confirmé le soutien de la majorité gouvernementale aux réformes proposées par l’exécutif. Les amendements figurent parmi les sujets les plus débattus de la vie politique zimbabwéenne ces derniers mois.

Les opposants au projet dénoncent une concentration accrue du pouvoir au profit du parti au pouvoir. Plusieurs formations politiques et organisations de la société civile ont contesté les réformes. Certaines ont qualifié le processus de modification constitutionnelle de remise en cause des principes démocratiques inscrits dans les textes fondamentaux du pays.

Des contestations et des recours infructueux

Des militants opposés à ces réformes ont tenté d’organiser des mobilisations et des campagnes de sensibilisation. Plusieurs d’entre eux ont fait état d’arrestations, d’actes d’intimidation ou d’agressions au cours des derniers mois. Parallèlement, différents recours judiciaires ont été déposés afin de suspendre ou d’annuler la procédure d’amendement constitutionnel.

Ces initiatives n’ont toutefois pas empêché la poursuite du processus législatif. Au mois de mars, Human Rights Watch a publié un communiqué concernant la situation des opposants aux réformes constitutionnelles. L’organisation a indiqué avoir recueilli des informations faisant état de menaces et de violences visant plusieurs personnes engagées contre le projet.

Le parcours politique d’Emmerson Mnangagwa

Selon l’organisation, des membres de l’opposition et des militants auraient été harcelés ou agressés par des individus présentés comme proches des autorités. Ces accusations sont le prolongement de tensions politiques qui existent dans le pays. Âgé de 83 ans, Emmerson Mnangagwa dirige le Zimbabwe depuis novembre 2017.

Il est arrivé au pouvoir après l’intervention de l’armée qui avait conduit au départ de Robert Mugabe, alors Président depuis l’indépendance du pays en 1980. Surnommé « le Crocodile » dans la vie politique zimbabwéenne, Mnangagwa a remporté l’élection présidentielle de 2018 avant d’être réélu en 2023. La Constitution actuelle limitait jusqu’ici le Président à deux mandats de cinq ans.

Une réforme présentée comme un facteur de continuité

En février dernier, lorsque le Conseil des ministres avait approuvé le projet d’amendement, le gouvernement avait justifié cette initiative par la nécessité de garantir la continuité de l’action publique. Les autorités avaient alors expliqué que l’allongement des mandats devait permettre de renforcer la stabilité politique.

De plus, l’alibi d’assurer la poursuite des programmes de développement engagés par l’État avait été brandi. Avec l’approbation du Sénat, cette réforme se rapproche désormais de son entrée en vigueur, sous réserve de la signature présidentielle qui constitue la dernière étape du processus législatif.

Etienne Dione
Très attaché à l’Afrique Centrale que je suis avec une grande attention. L’Afrique Australe ne me laisse pas indifférent et j’y fais d’ailleurs quelques incursions
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