Inass, la « martyre de l’A10 » née à Casablanca : ses parents devant les assises


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Inass Petite martyre de l'A10
Inass "Petite martyre de l'A10" : les parents d'Inass jugés à Blois 39 ans après, épilogue d'une affaire longtemps mystérieuse

Née au Maroc en 1983, Inass Touloub avait quatre ans lorsque son corps a été découvert au bord de l’autoroute A10, en août 1987. Identifiés trois décennies plus tard grâce à l’ADN de l’un de leurs fils, ses parents sont jugés en France depuis ce lundi 2 novembre par la cour d’assises du Loir-et-Cher, à Blois. Verdict attendu le 18 novembre.

Pendant trente et un ans, elle n’a été que « la petite martyre de l’A10 », une enfant sans nom enterrée à Suèvres dans le Loir-et-Cher, où sa tombe n’a jamais cessé d’être fleurie. Inass Touloub aurait aujourd’hui 43 ans. Sa mère, Halima El Bakhti, 72 ans, est jugée pour tortures et actes de barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner, son père, Ahmed Touloub, 74 ans, pour complicité. Libres sous contrôle judiciaire, ils encourent la réclusion criminelle à perpétuité et restent présumés innocents.

Un corps abandonné sur la route du Maroc

Le 11 août 1987, deux agents de l’autoroute découvrent dans un fossé, à hauteur de Suèvres, le corps d’une fillette enveloppé dans une couverture. Les légistes relèvent des fractures anciennes jamais soignées et des brûlures de fer à repasser. Les morsures humaines retrouvées sur son corps sont attribuées à une femme. Selon un rapport d’enquête cité par l’AFP, la mère devra répondre d’actes « volontaires, nombreux et échelonnés dans le temps ».

Personne ne signale la disparition de l’enfant. La gendarmerie lance le plus vaste appel à témoins jamais organisé en France et sa photo est placardée dans 65 000 écoles. Les recherches échouent, deux non-lieux sont prononcés en 1991 puis en 1997.

Selon ses déclarations, le père, qui travailait comme boucher, aurait trouvé Inass sans vie en rentrant chez lui le 10 août 1987 dans leur appartement en région parisienne. Son épouse lui aurait dit que l’enfant était tombée dans l’escalier. La famille a ensuite pris la route du Maroc et abandonné le corps en chemin. Il assure ne pas avoir eu le courage de dénoncer sa femme alors que plus tard, ses deux filles ainées lui avaient raconté la vérité.

Six enfants déclarés au lieu de sept

Née le 3 juillet 1983 à Casablanca, troisième des sept enfants du couple, Inass passe ses dix-huit premiers mois chez sa grand-mère maternelle avant de rejoindre ses parents à Puteaux (Hauts-de-Seine). Elle est inscrite en maternelle et déclarée à la caisse d’allocations familiales. Après 1987, la famille n’y déclare plus que six enfants, sans qu’aucune disparition soit signalée. À leurs proches, les parents auraient expliqué que la fillette avait été renvoyée au Maroc.

En 2016, l’un de ses frères est interpellé dans une affaire de violences et son ADN enregistré au fichier national des empreintes génétiques. L’année suivante, une correspondance apparaît avec des traces relevées sur la couverture. Les parents sont interpellés le 12 juin 2018. Les recours du parquet de Blois et des accusés ont ensuite retardé le procès de huit ans.

Deux versions face à la cour

En garde à vue, aucun des deux parents n’a reconnu être l’auteur des violences mortelles, chacun accusant l’autre de violences conjugales. Le père décrit une épouse violente avec lui et avec leurs filles. Pendant l’enquête, les deux sœurs aînées d’Inass ont évoqué des coups maternels dont leur cadette était la première cible.

Lundi, la cour s’est penchée sur la personnalité des accusés et sur la manière dont ils s’occupaient de la fillette. Une dizaine de parties civiles sont représentées, dont les six autres enfants du couple, la commune de Suèvres et des associations de protection de l’enfance comme Enfance et Partage et Mouv’Enfants. Ce matin, au moment de la suspension d’audience, la mère a été prise à partie par plusieurs membres d’associations et a dû être protégée par son avocat et les policiers.

Journaliste au Figaro, Esther Paolini retrace l’enquête dans Qui est-elle ? Enquête sur la martyre de l’A10, paru le 21 octobre aux éditions du Rocher. À Suèvres, l’ancien maire Raphaël Pilleboue, gardien de la mémoire de la fillette, attend du procès qu’il permette enfin à Inass de reposer en paix.

Zainab Musa
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Zainab Musa est une journaliste collaborant avec afrik.com, spécialisée dans l'actualité politique, économique et sociale du Maghreb et de l'Afrique de l'Ouest. À travers ses enquêtes approfondies et ses analyses percutantes, elle met en lumière des sujets sensibles tels que la corruption, les tensions géopolitiques, les enjeux environnementaux et les défis de la transition énergétique. Ses articles traitent également des évolutions sociétales et culturelles, notamment à travers des reportages sur les figures influentes du Maroc et de l’Algérie. Son approche rigoureuse et son regard critique font d’elle une voix incontournable du journalisme africain francophone.
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