Sahara occidental : après la MINURSO, Guterres réaffirme le droit des Sahraouis


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António Guterres 1200
António Guterres 1200

Au lendemain de la disparition de la MINURSO, António Guterres réaffirme le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination. Une prise de position qui contraste avec la volonté du Maroc de tourner définitivement la page du conflit. Les Nations unies comptent poursuivre leurs efforts en faveur d’un règlement par l’intermédiaire de l’envoyé personnel du secrétaire général, Staffan de Mistura.

Le Maroc espérait-il refermer définitivement le dossier du Sahara occidental avec le départ de la MINURSO ? La déclaration publiée ce dimanche 1er novembre au nom d’António Guterres vient rappeler que la question reste entière. Le secrétaire général des Nations unies prend acte de la fin de la mission onusienne, mais réaffirme que cette disparition ne remet pas en cause le droit du peuple sahraoui à décider de son avenir.

Cette mise au point intervient alors que Rabat présente la non-reconduction du mandat de la MINURSO comme un pas vers la clôture définitive du dossier aux Nations unies.

Guterres rappelle un principe que le Conseil de sécurité n’a pas effacé

Dans sa déclaration transmise par son porte-parole Stéphane Dujarric, António Guterres souligne que la disparition de la mission ne prive pas le peuple du Sahara occidental de ses droits. Il réaffirme l’engagement de l’ONU en faveur d’une « solution politique juste, durable et mutuellement acceptable », garantissant l’autodétermination des Sahraouis.

Le message arrive deux jours après l’échec du Conseil de sécurité, qui n’est pas parvenu, vendredi 30 octobre, à prolonger le mandat de la MINURSO. La Russie a opposé son veto au projet américain, jugé trop favorable au plan marocain d’autonomie. Une proposition russe de simple reconduction de la mission a également échoué, faute d’un nombre suffisant de voix favorables.

Après trente-cinq années de présence au Sahara occidental, les observateurs des Nations unies doivent quitter le territoire.

Mais cette issue ne règle rien sur le fond. Le Sahara occidental demeure inscrit sur la liste des territoires non autonomes de l’ONU, et son statut définitif n’a toujours pas été déterminé dans le cadre d’un processus d’autodétermination.

Une réponse indirecte aux ambitions marocaines

Dans un communiqué publié le 30 octobre, le Cabinet royal marocain s’est félicité de la disparition de la MINURSO, y voyant une évolution majeure vers la clôture définitive du dossier. Les autorités marocaines souhaitent également que cette évolution conduise à retirer la question sahraouie de l’ordre du jour du Conseil de sécurité. Pour Rabat, le processus politique onusien se trouve désormais suspendu, et les rapports du secrétaire général comme les briefings de son envoyé personnel n’auraient plus lieu d’être.

La déclaration de Guterres ne va pas dans ce sens.

Le secrétaire général rappelle que les Nations unies restent disponibles pour accompagner les négociations, notamment par l’intermédiaire de son envoyé personnel, Staffan de Mistura.

Il serait toutefois excessif de présenter cette déclaration comme un rejet explicite du plan marocain d’autonomie. Guterres ne se prononce pas sur la formule institutionnelle qui devra être retenue. Il rappelle une exigence fondamentale : le règlement politique doit garantir le droit à l’autodétermination.

Le Maroc considère l’autonomie sous sa souveraineté comme l’unique issue acceptable. Le Front Polisario, soutenu notamment par l’Algérie, réclame que les Sahraouis puissent choisir librement leur avenir, y compris l’indépendance.

L’Algérie et le Polisario conservent un argument juridique majeur

La déclaration du secrétaire général conforte la lecture d’Alger et du Front Polisario, pour qui le départ des observateurs ne saurait être assimilé à une reconnaissance internationale de la souveraineté marocaine.

Elle rejoint également les conclusions du rapport remis par Guterres au Conseil de sécurité le 1er octobre. Celui-ci soulignait la nécessité d’une consultation permettant aux Sahraouis d’accepter ou de rejeter toute proposition issue des négociations.

Le Conseil de sécurité reste divisé sur ce point. Les États-Unis et la France soutiennent le plan marocain d’autonomie. La Russie, de son côté, a justifié son veto en dénonçant une approche unilatérale qui aurait, selon elle, remis en cause l’ensemble du processus onusien. La Chine défend également la nécessité de parvenir à un règlement négocié conforme aux principes des Nations unies.

Le rappel de Guterres ne modifie pas ces rapports de force. Il confirme néanmoins que les soutiens diplomatiques obtenus par Rabat ne remplacent pas, en droit international, l’exercice du droit à l’autodétermination.

Un territoire désormais privé d’observateurs internationaux

Alors que l’ONU réaffirme les droits des Sahraouis, elle perd l’un de ses principaux instruments de présence sur le terrain. Créée en 1991 pour surveiller le cessez-le-feu et préparer un référendum qui n’a jamais été organisé, la MINURSO constituait encore un dispositif d’observation dans un territoire où les hostilités ont repris depuis novembre 2020.

António Guterres ne dissimule pas son inquiétude. Il met en garde contre les risques d’escalade militaire et demande aux parties de faire preuve de retenue.

Son communiqué ouvre officiellement la période de liquidation de la mission, avec le rapatriement des équipements des pays contributeurs de troupes et la cession du matériel de l’ONU. Aucun dispositif équivalent de surveillance n’a été annoncé pour lui succéder.

À deux mois de la fin de son mandat, António Guterres affirme que le retrait de la MINURSO n’éteint pas le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination. Sans accord politique accepté par les parties, le conflit risque d’entrer dans une nouvelle phase, cette fois sans observateurs internationaux.

Zainab Musa
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Zainab Musa est une journaliste collaborant avec afrik.com, spécialisée dans l'actualité politique, économique et sociale du Maghreb et de l'Afrique de l'Ouest. À travers ses enquêtes approfondies et ses analyses percutantes, elle met en lumière des sujets sensibles tels que la corruption, les tensions géopolitiques, les enjeux environnementaux et les défis de la transition énergétique. Ses articles traitent également des évolutions sociétales et culturelles, notamment à travers des reportages sur les figures influentes du Maroc et de l’Algérie. Son approche rigoureuse et son regard critique font d’elle une voix incontournable du journalisme africain francophone.
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