
Pour la première fois depuis 1991, aucune mission des Nations unies ne sera présente au Sahara occidental, territoire dont l’ONU attend toujours la décolonisation. Le mandat de la MINURSO expire ce samedi 31 octobre à minuit, après un double veto au Conseil de sécurité, dont celui de Washington contre la simple reconduction que recommandait António Guterres. Rabat exige le départ des derniers observateurs sous quelques jours. Dans onze semaines, le Dakar 2027 roulera cinq jours dans ce territoire en conflit, notamment à Smara, une ville déjà visée par des tirs, sans plus aucun observateur de l’ONU sur place.
À Laâyoune, les rues ont été pavoisées pour la « Fête de l’unité », instituée par Mohammed VI après la résolution onusienne d’octobre 2025. Ce samedi à minuit, la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO) perd son mandat. Depuis le cessez-le-feu de 1991, l’ONU n’avait jamais quitté ce territoire, inscrit sur sa liste des territoires non autonomes depuis 1963. Le Cabinet royal a salué vendredi soir « une page de 35 ans qui est désormais tournée » et réclame le départ du personnel et du matériel de la mission dans les prochains jours. Selon TelQuel, Rabat exige le départ des 84 civils de la MINURSO et coupe sa contribution à son financement.
Washington a bloqué ce que recommandait Guterres
Le Conseil de sécurité a rejeté vendredi deux textes. Le projet américain faisait du plan d’autonomie marocain la seule base de négociation, rebaptisait la mission en effaçant le mot référendum et prévoyait un recensement des réfugiés sahraouis des camps de Tindouf, en Algérie. Soutenu par onze membres, il est tombé sous le veto de la Russie, qui a invoqué « le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ». Moscou a ensuite présenté un texte de trois paragraphes reconduisant la MINURSO jusqu’au 31 octobre 2027, sans rien y changer. C’était la recommandation exacte qu’António Guterres avait adressée au Conseil le 1er octobre. Washington a voté contre.
Le représentant russe, Vassili Nebenzia, a qualifié ce veto de « meurtre politique de la mission ». Son homologue américain, Mike Waltz, a reproché à certains membres de vouloir conserver le R de référendum, puis annoncé que les États-Unis travailleraient avec le secrétaire général à un retrait organisé. D’après Le Desk, Moscou avait prévenu Rabat de son veto, et le communiqué royal était rédigé avant la séance alors que Washington et Paris en connaissaient le contenu.
Des hostilités que plus personne ne documentera
Le Front Polisario considère le cessez-le-feu comme rompu depuis novembre 2020, après l’intervention de l’armée marocaine dans la zone tampon de Guerguerat. Depuis, les tirs se succèdent de part et d’autre du mur de sable, et la MINURSO restait la principale source indépendante pour les établir. Ses enquêteurs s’étaient rendus à Mijek, dans la zone contrôlée par le Polisario, où une frappe aurait tué six orpailleurs civils selon un rapport du secrétaire général publié en 2023. Ils avaient aussi constaté les tirs attribués au Polisario sur Smara, dont celui du 29 octobre 2023, qui a tué un civil.
La mission avait déjà réduit sa présence, avec le retrait d’un hélicoptère et la fermeture de trois postes d’observation, dont deux à l’est du mur. Son départ laisse les environs de Tifariti et de Bir Lahlou, comme les villes tenues par le Maroc, sans aucun observateur international. L’ONG Oxfam estime que la perte de ces fonctions de surveillance et de désescalade met en danger les civils et les chances d’un règlement pacifique. Le Polisario avait prévenu le Conseil, le 22 octobre, qu’un texte adopté en l’état le pousserait à se désengager totalement du processus de paix.
Le Dakar dans l’angle mort
Le parcours du Dakar 2027 a été dévoilé le jour même du vote. Chassé d’Arabie saoudite par les attaques houthies, le rallye partira du Portugal le 9 janvier. Comme le détaillait notre article de vendredi, ASO présente sa traversée du Sahara occidental comme une incursion dans le « sud du Maroc ». Les concurrents atteindront Smara le 18 janvier et rouleront dans le territoire jusqu’au 22, le parcours descendant jusqu’aux environs de Dakhla.
Plusieurs centaines de pilotes, d’assistants et de journalistes séjourneront ainsi dans une ville où l’ONU disposait d’une base, et que trois projectiles revendiqués par le Polisario ont encore visée le 5 mai dernier, près de la prison et du cimetière. La sécurité de l’épreuve reposera sur la seule armée marocaine, partie au conflit. Si un incident se produit, aucun enquêteur de l’ONU ne sera là pour en établir les circonstances, et chaque camp pourra imposer sa version des faits. Le Polisario n’avait pas réagi publiquement au tracé vendredi. Du 24 janvier au 6 février, l’Africa Eco Race reliera à son tour Tanger au Sénégal en franchissant le poste de Guerguerat, d’où est partie la crise de novembre 2020.
Un statut que le départ de l’ONU ne modifie pas
Rabat voit dans la fin de la MINURSO un pas vers la clôture du dossier aux Nations unies et demande que la question soit retirée de l’ordre du jour du Conseil. Celui-ci en reste saisi, aucun texte n’ayant décidé le contraire, et le Sahara occidental demeure un territoire non autonome. En 1975, la Cour internationale de justice n’avait reconnu aucun lien de souveraineté territoriale capable d’écarter l’autodétermination. Le 4 octobre 2024, la Cour de justice de l’Union européenne a jugé que les accords conclus avec le Maroc ne pouvaient s’appliquer au territoire sans le consentement de son peuple.
Le veto russe a empêché le Conseil de consacrer l’autonomie comme seule issue. Aucun nouveau vote n’était annoncé samedi. Les concurrents du Dakar sont attendus à Smara le 18 janvier.








