Migrants rapatriés du Maroc : 400 retours, et après ?


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Des migrants africains
Des migrants africains

Quatre cents Sénégalais hébergés dans les centres pour migrants d’Argoub et de Bir Gandouz, dans le sud du Maroc, ont accepté de rentrer au pays. Les premiers départs sont prévus ce vendredi 30 octobre. Ces candidats à l’émigration voulaient rejoindre l’Espagne par la mer. Leur retour par la route pose désormais une autre question, souvent laissée de côté : celle de l’accompagnement qui leur sera proposé une fois arrivés au Sénégal.

Une opération de rapatriement de ressortissants sénégalais  est en cours depuis le Maroc. Elle est organisée avec les autorités marocaines. Dix bus de quarante places chacun doivent assurer les trajets, selon un calendrier fixé avec Rabat. Un premier convoi de trois véhicules quitte le Maroc ce vendredi, avant d’autres départs prévus les mardi 3 et jeudi 5 novembre. Une nouvelle opération de rapatriement est déjà en préparation pour la deuxième semaine de novembre. Ces retours s’inscrivent dans le cadre de l’accord conclu entre Dakar et Rabat, mis en œuvre depuis octobre 2024.

Des pirogues interceptées au large du Maroc

Une grande partie de ces candidats au départ ont été arrêtés en mer, avant d’atteindre l’archipel espagnol. Entre le 19 et le 25 octobre, la Marine royale marocaine a intercepté trois pirogues transportant au moins 500 personnes, dont environ 300 Sénégalais. Les embarcations étaient parties des côtes sénégalaises et gambiennes, en direction des îles Canaries, porte d’entrée de l’Europe. De nombreuses femmes et des enfants, dont des nourrissons, se trouvaient à bord de ces bateaux surchargés.

Ces arrivées massives et rapprochées saturent les capacités d’accueil du sud marocain. Il est fait état de 800 personnes recensées ces derniers jours dans les centres de la région. Elles viennent principalement du Sénégal, de la Gambie, du Mali et de la Guinée. Les autorités marocaines et sénégalaises ont accéléré l’organisation des retours vers les pays d’origine. L’opération actuelle ne concerne toutefois que les Sénégalais qui se sont inscrits volontairement sur les listes consulaires.

Un dispositif de réinsertion encore jeune

À leur arrivée, ces migrants de retour devraient relever du Mécanisme national d’orientation des migrants de retour, validé en mai 2026 à Dakar. Financé par l’Union européenne et mis en œuvre par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), ce dispositif prévoit un suivi dès l’arrivée sur le territoire, à la descente de l’avion ou du bus. Il vise une réinsertion économique, sociale et psychosociale. Le Sénégal est le premier des seize pays concernés par ce programme régional à l’avoir finalisé.

Depuis 2022, 5 740 migrants ont été accompagnés dans le cadre du programme de retour et de réintégration de l’OIM au Sénégal. Seuls 2 300 d’entre eux ont achevé un parcours complet de réinsertion, et 800 sont encore en cours d’accompagnement. Les chiffres communiqués ne donnent aucune information sur la situation des quelque 2 640 autres. Le secrétaire d’État chargé des Sénégalais de l’extérieur a annoncé un arrêté pour pérenniser le dispositif.

Le risque d’un nouveau départ

La réinsertion des migrants de retour est l’une des clés de la lutte contre l’émigration irrégulière. Les candidats au départ ont souvent vendu des biens ou emprunté de l’argent pour payer leur place dans une pirogue. Rentrer les mains vides peut être vécu comme un échec, voire une honte, face à la famille et au quartier. Sans projet ni revenu stable, certains d’entre eux envisagent une nouvelle tentative, parfois quelques mois seulement après leur retour au pays.

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Le Bureau d’accueil, d’orientation et de suivi des Sénégalais de l’extérieur (BAOS) recense régulièrement ces retours. De janvier à avril 2025, il avait comptabilisé 591 Sénégalais rapatriés volontairement depuis l’Afrique du Nord et le Sahel, dont 51 femmes et 34 enfants. Ils revenaient notamment de Tunisie, du Maroc, du Niger, d’Algérie et de Libye. L’opération en cours, avec 400 inscrits en une seule fois, représente donc un volume important pour les services chargés de leur accueil et de leur orientation.

Une route atlantique toujours active

Les départs n’ont pas cessé, même s’ils ont reculé avec le renforcement des contrôles. Selon l’agence européenne Frontex, les passages détectés sur la route ouest-africaine ont chuté de 78% entre janvier et avril 2026 par rapport à la même période de 2025. Mais les interceptions de la fin octobre montrent que les pirogues continuent de partir du Sénégal et de la Gambie. Ce, avec des familles entières à bord, malgré les risques d’une traversée de plusieurs jours.

Alioune Diop
Une plume qui balance entre le Sénégal et le Mali, deux voisins en Afrique de l’Ouest qui ont des liens économiques étroits
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