
À New York, dans la nuit de vendredi à samedi, le Conseil de sécurité s’est séparé sans prolonger la Minurso. Créée en 1991 pour surveiller le cessez-le-feu au Sahara et préparer un référendum jamais organisé, la mission voit son mandat s’éteindre ce 31 octobre. Le texte porté par Washington a buté sur un veto russe. La contre-proposition de Moscou, un simple prolongement technique d’un an, n’a pas réuni, elle non plus, le nombre de voix nécessaire pour être adoptée.
Le projet américain citait le plan d’autonomie marocain comme base la plus réaliste, tout en rappelant le droit à l’autodétermination que réclame le Front Polisario. Ce compromis n’a convaincu ni Moscou ni une majorité du Conseil, et plusieurs délégations ont dénoncé le blocage russe. Rabat n’a pas tardé à réagir par un communiqué officiel du cabinet royal, qui salue un « pas significatif » vers la clôture du dossier et exige le départ de la mission dans les prochains jours.
Guerguerat, l’angle mort des débats
Les débats du Conseil ont surtout porté sur la souveraineté. Une question très concrète est pourtant restée sans réponse : qui surveillera désormais Guerguerat ? Ce poste, à l’extrême sud du territoire, est le seul passage terrestre entre le Maroc et la Mauritanie. Chaque jour, des camions chargés de fruits, de légumes et de marchandises de toutes sortes le franchissent avant de rejoindre Nouakchott, puis Rosso et les marchés sénégalais. Pour les importateurs dakarois, cette route reste un cordon vital.
L’automne 2020 a montré la fragilité de cet axe. Pendant près de trois semaines, des militants proches du Polisario ont coupé la route. Des centaines de routiers marocains et ouest-africains sont restés bloqués dans le désert, et les négociants de la sous-région ont mesuré leur dépendance à ce passage. Les observateurs de la Minurso étaient sur place pour constater les faits. L’armée marocaine est intervenue à la mi-novembre, puis le Polisario a déclaré caduc le cessez-le-feu de 1991.
Dakar en première ligne de l’après-Minurso
Sans les observateurs onusiens, plus aucun témoin neutre ne sera présent dans la zone tampon. Ce vide pourrait favoriser les incidents et nourrir les accusations croisées. Le Sénégal, lui, a choisi son camp depuis longtemps. En avril 2021, il a ouvert un consulat général à Dakhla, geste qui l’a clairement rangé aux côtés de Rabat. Cette proximité en fait l’un des pays de la sous-région les plus exposés à l’après-Minurso, sur le plan économique comme sur le plan politique.
Le débat pourrait aussi glisser vers Addis-Abeba, siège de l’organisation continentale. La République arabe sahraouie démocratique est membre de l’Union africaine, au même titre que le Sénégal et le Maroc. Si l’ONU se retire, le Polisario et Alger pourraient chercher à faire de l’UA leur nouvelle tribune. La diplomatie sénégalaise devra alors concilier sa fidélité à Rabat et son attachement au consensus africain. Selon l’ambassadeur russe, de nouvelles discussions restent possibles lundi à New York. Rien n’est donc encore joué.








