De l’Hérault à Haïti, des jeunes font voyager la mémoire de l’esclavage


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Mémoire de l'esclavage
Mémoire de l'esclavage

Dans le sud de la France, des adolescents accompagnés par la protection de l’enfance ont réalisé deux journaux numériques consacrés à l’esclavage. De Gorée aux Antilles, leurs recherches explorent les blessures de la traite négrière et les résistances qui ont façonné l’histoire des peuples noirs. Un projet éducatif qui trouve aujourd’hui un écho bien au-delà des frontières françaises.

À Clermont-l’Hérault, dans le sud de la France, des jeunes éloignés du système scolaire se sont lancés dans une entreprise inattendue : raconter l’histoire de l’esclavage et la transmettre à d’autres. Pendant neuf mois, des adolescents accompagnés par le Service d’accompagnement de jour de la Maison d’enfants à caractère social (MECS) Les Terres Rouges ont travaillé à la réalisation de Mémoire de l’Esclavage, un journal numérique gratuit publié en deux parties.

Le projet, accompagné par les éducateurs David Esquenet et Hallid Makcharrade, part d’une conviction : des jeunes peuvent produire du savoir, pas seulement le recevoir. En étudiant l’esclavage, ils se sont confrontés à une histoire qui relie l’Afrique, l’Europe, les Amériques et les sociétés contemporaines.

De la traite négrière aux résistances

Une large place y est faite aux résistances : à côté de la déportation des Africains et de leur exploitation dans les plantations, les livrets présentent celles et ceux qui ont combattu le système esclavagiste.

Le second volume évoque ainsi Zumbi dos Palmares, figure de la résistance noire au Brésil, Harriet Tubman, qui participa à la libération d’esclaves aux États-Unis, mais aussi Dutty Boukman et Toussaint Louverture, deux personnages essentiels de la révolution haïtienne.

Haïti occupe une place particulière dans cette histoire. En 1804, l’ancienne colonie française de Saint-Domingue devient indépendante, au terme d’une révolution menée contre l’ordre colonial et esclavagiste. Cette victoire constitue un événement fondateur dans l’histoire des peuples noirs et des luttes pour l’émancipation.

Les jeunes ont également réalisé des entretiens avec plusieurs personnalités et spécialistes, dont l’historien Paulin Ismard et Serge Romana, engagé dans la transmission de la mémoire de l’esclavage. Des témoignages abordent notamment les voyages mémoriels à Ouidah, au Bénin, et sur l’île de Gorée, au Sénégal.

Une histoire qui continue de peser sur le présent

Autre originalité : les livrets ne s’arrêtent pas à l’abolition. Ils interrogent les conséquences durables de l’esclavage, notamment la rupture des filiations, l’effacement des noms et les indemnisations accordées aux anciens propriétaires d’esclaves, plutôt qu’aux personnes libérées.

Cette réflexion rejoint une actualité française récente. Le 20 octobre 2026, le Sénat a adopté définitivement une proposition de loi visant à abroger explicitement le Code noir, ensemble de textes qui avaient organisé juridiquement l’esclavage colonial. Déjà privé d’effet depuis l’abolition de 1848, ce dispositif fait ainsi l’objet d’une condamnation législative symbolique, dans l’attente de la promulgation de la loi.

Le texte prévoit également un rapport sur les conséquences contemporaines de l’héritage colonial et sur la place accordée à l’histoire de l’esclavage dans l’enseignement. Deux questions que les livrets des jeunes de l’Hérault abordent précisément.

Lire aussi : « L’annulation officielle du Code noir engendre un mouvement symbolique et mémoriel de réparation », selon Arthur Vido

Des jeunes en difficulté devenus passeurs de mémoire

Le parcours de ces adolescents est lui-même remarquable. En février 2026, certains jeunes de la même structure avaient été distingués par le Prix Ilan Halimi, dans la catégorie Prix du jury, pour un précédent travail intitulé Mémoire tsigane. Ce journal de cinquante pages explorait l’internement des Tsiganes dans le sud de la France pendant la Seconde Guerre mondiale.

Avec Mémoire de l’Esclavage, la démarche se prolonge. Les participants y ont mené eux-mêmes les recherches documentaires et les entretiens, avant de prendre la plume sur des questions historiques et citoyennes.

Leur travail commence aussi à voyager. Les deux livrets ont été relayés en France métropolitaine, à La Réunion, en Martinique, en Guadeloupe, à Mayotte, mais également en Haïti, en Espagne et au Canada.

Le Défenseur des droits les référence comme ressource pédagogique sur Educadroit. Plusieurs académies françaises et la Fondation Lilian Thuram ont également contribué à leur visibilité.

Selon les chiffres communiqués par les éducateurs, les deux volumes totalisaient récemment près de 2 700 consultations. Une diffusion encourageante, même si elle ne permet pas encore de mesurer leur utilisation effective dans les classes.

Pour l’Afrique et ses diasporas, l’initiative montre une mémoire de l’esclavage portée loin des commémorations officielles, par des adolescents que l’école avait perdus de vue et dont le travail sert aujourd’hui de ressource aux enseignants.

Consulter gratuitement les livrets :

Mémoire de l’Esclavage – Partie 1

Mémoire de l’Esclavage – Partie 2

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