
La date du 28 mai 2026 entre désormais dans l’histoire. Non seulement dans l’histoire de la traite négrière transatlantique, mais plus largement dans l’histoire de l’humanité tout simplement. En effet, ce jeudi 28 mai 2026, l’Assemblée nationale française a franchi un pas important sur le plan symbolique en votant à l’unanimité des 254 députés présents la proposition de loi du député guadeloupéen Max Mathiasin proposant l’abrogation du Code noir.
Un texte adopté à l’Assemblée à l’unanimité
Cet acte du Parlement français, qui intervient 25 ans après la loi Taubira et deux mois après le vote aux Nations unies reconnaissant la traite transatlantique comme le plus grave crime contre l’humanité, suscite de nombreuses réactions dans le monde. Afrik.com a recueilli l’avis de l’historien béninois Arthur Vido. Maître de conférences des universités, il est le Chef adjoint du Département d’Histoire et d’Archéologie de l’Université d’Abomey-Calavi.
Afrik.com : Le Parlement français a adopté en première lecture, ce jeudi 28 mai 2026, la proposition d’abrogation du Code noir. Rappelez-nous le contexte qui a présidé à l’élaboration de ce fameux Code noir par Colbert et à son édiction par Louis XIV.
Arthur Vido : Le Code noir est un ensemble d’édits royaux instaurés en 1685 sous Louis XIV et enrichi en 1724 sous Louis XV. Ce texte a été préparé par Jean-Baptiste Colbert et a officialisé ainsi que régulé l’esclavage dans les colonies françaises. Il concernait les Antilles (Martinique, Guadeloupe, Saint-Domingue) avant d’être élargi à la Guyane, à l’île Bourbon, aujourd’hui La Réunion, et à la Louisiane. On peut retenir de ce texte que les esclaves n’avaient aucune personnalité juridique et étaient entièrement la propriété de leur maître. Il interdisait les rassemblements d’esclaves, restreignait leurs déplacements et encadrait les châtiments corporels (comme le marquage au fer rouge, l’amputation, etc.). De plus, il imposait aux esclaves d’adhérer à la religion catholique. Bien que les maîtres aient eu le droit de libérer leurs esclaves, les conditions pour le faire étaient très strictes.
Un geste pour déconstruire les imaginaires collectifs
Que vous inspire une telle abrogation ?
Pour nous, l’annulation officielle du Code noir engendre un mouvement symbolique et mémoriel de réparation. Bien que le texte ait été techniquement obsolète depuis 1848, le retirer de l’appareil législatif français permet de reconnaître officiellement les crimes coloniaux, d’apaiser quelque peu des blessures historiques et de raviver les discussions sociétales sur les discriminations systémiques et les réparations.
Mais que change cette abrogation dans le fond, quand on sait que le Code n’avait plus d’effet depuis l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises en 1848 ?

En réalité, l’annulation officielle du Code noir exerce une pression politique sur la problématique des réparations économiques, sociales et culturelles destinées aux descendants des personnes asservies. Ce geste législatif pourrait largement contribuer à évaluer et à déconstruire les séquelles contemporaines du droit colonial sur la société française, en particulier en ce qui concerne les discriminations et le racisme systémique encore présents dans les territoires ultramarins. De plus, cette abrogation pourrait renforcer la transmission de cette mémoire dans les établissements scolaires, en favorisant le développement de lieux de mémoire et de recherche historique pour mieux éclairer l’histoire de France.




