
Deux mois après la création du Haut Conseil de la communauté scientifique nationale à l’étranger, l’Algérie amorce ses premières coopérations concrètes. Autour du physicien Noureddine Melikechi, ancien membre de l’équipe ChemCam de la mission martienne Curiosity de la NASA, Alger négocie des transferts de technologie et des échanges universitaires avec les États-Unis.
Le 28 juin, 31 chercheurs et experts algériens établis à l’étranger ont participé à la réunion constitutive du Haut Conseil de la communauté scientifique nationale à l’étranger, à Sidi Abdellah. Cette nouvelle structure, créée par décision du Conseil des ministres du 21 juin, est placée sous l’autorité directe de la présidence de la République et dispose d’une autonomie administrative et financière.
Le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Kamel Baddari, a présenté la création du Conseil comme la concrétisation d’un engagement d’Abdelmadjid Tebboune envers les scientifiques algériens établis à l’étranger, invités à mettre leur expertise au service du développement national. Le coordinateur du comité constitutif, le professeur Elias Zerhouni, a de son côté insisté sur la volonté politique portée par cette initiative.
Melikechi, de Curiosity à Sidi Abdallah
Le premier prolongement concret de cette annonce s’est joué autour de Noureddine Melikechi. Le 11 août, le physicien algérien a rencontré Kamel Baddari au siège du ministère, en sa qualité de vice-coordinateur du Haut Conseil. Il y a présenté les premières démarches engagées par le Conseil et un plan d’action visant à développer la mobilité académique entre les écoles du pôle scientifique et technologique de Sidi Abdallah et l’Université du Massachusetts (UMass), aux États-Unis. Il a évoqué des échanges d’enseignants et d’étudiants et le transfert de technologies dans des domaines jugés stratégiques.
Le parcours de Melikechi donne du poids à ce projet. Né en 1958 à Thénia, il obtient un diplôme de physique à l’Université des sciences et de la technologie Houari-Boumediene, à Bab Ezzouar, avant de partir pour l’Université du Sussex, en Angleterre, où il décroche un master puis un doctorat. Il rejoint ensuite les États-Unis, où il mène l’essentiel de sa carrière, aujourd’hui comme doyen du Kennedy College of Sciences de l’Université du Massachusetts Lowell. Ses travaux portent sur la spectroscopie laser, avec des applications allant de la détection précoce du cancer à l’analyse de la composition des roches martiennes.
Il a participé à ce titre à l’équipe ChemCam de la mission Mars Science Laboratory de la NASA, qui pilote le rover Curiosity depuis 2012 : cette équipe a reçu en 2013 un Group Achievement Award de la NASA.
Zerhouni, une autre figure de la diaspora scientifique
Elias Zerhouni compte, lui aussi, parmi les figures mobilisées par le nouveau Conseil. Né à Nedroma en 1951, diplômé de médecine à l’Université d’Alger en 1975, il rejoint la même année Johns Hopkins comme interne en radiologie. Il y mène l’essentiel de sa carrière académique, jusqu’à diriger le département de radiologie à partir de 1996, puis à devenir vice-doyen exécutif de l’école de médecine avant d’être nommé, en 2002, à la tête des National Institutes of Health (NIH) par le président George W. Bush. Il dirige l’agence jusqu’en 2008, avec un budget annuel de près de 28 milliards de dollars.
Afrik.com le racontait dès 2008 : il quitte alors ses fonctions sur fond de désaccords avec l’administration Bush et retourne à Johns Hopkins comme conseiller principal de la division médicale.
Sa présence à la réunion constitutive de juin illustre ce que l’Algérie cherche désormais à mobiliser : des chercheurs formés en partie dans le pays, mais dont les compétences, les réseaux et l’expérience institutionnelle acquis à l’étranger restent difficiles à reproduire localement à court terme. L’idée du président Tebboune est donc de les faire participer au développement scinetifique d’ALgérie sans qu’il soit question, pour autant, de les faire rentrer.
La circulation plutôt que le retour
En effet, le débat sur la diaspora scientifique algérienne s’est longtemps résumé à la question de faire revenir les chercheurs. Les grands réseaux scientifiques internationaux fonctionnent aujourd’hui différemment. Un chercheur installé à Boston, Paris, Montréal ou Berlin peut diriger un programme avec Alger, accueillir des doctorants algériens, faciliter l’accès à un laboratoire ou appuyer un transfert de technologie sans quitter son poste.
Le Haut Conseil doit encore faire ses preuves car entre la création d’une structure consultative et l’apparition de programmes de recherche ou de brevets concrets, le chemin reste long. Mais la séquence de l’été donne toutefois une première indication de méthode et le conseil à peine constitué, a déjà associé à un projet reliant Sidi Abdallah à une université américaine. Reste à savoir si ce type d’initiative débouchera, dans la durée, sur des collaborations effectives.




