
L’arrestation d’un journaliste de la Radiodiffusion Télévision Sénégalaise (RTS) a provoqué une onde de choc dans le paysage médiatique sénégalais. Interpellé en pleine couverture d’une conférence de presse du parquet de Dakar, le reporter Pape Birame Bigué Ndiaye a été placé en garde à vue par la Brigade de recherches de Keur Massar dans le cadre de l’affaire dite « Pape Cheikh Diallo et Cie ».
A Dakar,
Le journaliste de la Radiodiffusion Télévision Sénégalaise (RTS) Pape Birame Bigué Ndiaye a été placé en garde à vue par la Brigade de recherches de Keur Massar dans le cadre de l’affaire dite « Pape Cheikh Diallo et Cie ». Un dossier tentaculaire mêlant accusations de transmission volontaire du VIH, trafic de drogue et blanchiment de capitaux. Cette arrestation spectaculaire marque une nouvelle étape dans une procédure judiciaire déjà explosive, dont les ramifications dépassent largement le cercle médiatique.
Une interpellation en pleine conférence du procureur
Selon des sources proches de l’enquête, le journaliste a été appréhendé par des gendarmes en civil alors qu’il couvrait une conférence du procureur de Dakar, Ibrahima Ndoye, relative à la mort de l’étudiant Abdoulaye Ba. La scène, inhabituelle, a suscité de nombreuses réactions dans les rédactions et sur les réseaux sociaux. Ce qui a relancé le débat sur la liberté de la presse et la présomption d’innocence. Les enquêteurs auraient découvert des échanges compromettants impliquant le journaliste.
D’après les premiers éléments, cette découverte a été à la faveur de l’exploitation du téléphone d’un suspect déjà arrêté. Son domicile a été perquisitionné en sa présence. Il est poursuivi pour plusieurs chefs d’inculpation lourds : association de malfaiteurs, transmission volontaire du VIH, mise en danger de la vie d’autrui, complicité présumée de trafic de drogue et blanchiment de capitaux. À ce stade, aucune condamnation n’a été prononcée.
Une affaire déclenchée par l’arrestation d’un Français à Dakar
Pour comprendre l’ampleur du dossier, il faut remonter à l’arrestation à Dakar du ressortissant français Pierre Robert. Âgé de 73 ans, il a été interpellé à son domicile des Almadies. L’opération, menée par la Division des investigations criminelles (DIC). Ce, avec l’appui d’informations transmises par les autorités françaises. Initialement, l’enquête visait des faits présumés liés à un réseau de mœurs et à des infractions graves, dont la pédopornographie et la mise en danger de la vie d’autrui.
Cette interpellation a servi de point de départ à une série d’investigations plus larges. Les enquêteurs ont progressivement mis au jour un réseau présumé de rencontres privées. Celles-ci impliquaient plusieurs personnalités et anonymes. Certaines soupçonnées d’avoir entretenu des rapports sexuels non protégés tout en connaissant leur statut sérologique.
L’affaire « Pape Cheikh Diallo et Cie » : célébrités et accusations graves
Le dossier a pris une dimension nationale avec la mise en cause de figures connues du grand public. Notamment l’animateur Pape Cheikh Diallo et le chanteur Djiby Dramé. Au total, 16 personnes ont été interpellées dans le cadre de l’enquête. Selon des éléments versés à la procédure, 12 des 16 mis en cause auraient été déclarés séropositifs au VIH à l’issue d’examens médicaux ordonnés par les enquêteurs.
La justice cherche désormais à déterminer si des transmissions ont effectivement eu lieu et si l’élément intentionnel, indispensable à la qualification pénale, peut être caractérisé. Au Sénégal, la transmission volontaire d’une maladie grave peut entraîner de lourdes sanctions, surtout lorsqu’elle s’accompagne d’autres infractions comme l’association de malfaiteurs.
De nouvelles charges : drogue et blanchiment dans le viseur
Initialement centrée sur des accusations d’actes contre nature et de mise en danger sanitaire, l’affaire s’est élargie. Des perquisitions menées à Dakar ont permis la saisie de matériels et de supports numériques actuellement en cours d’exploitation. Les enquêteurs s’intéressent désormais à d’éventuels circuits d’approvisionnement en substances illicites, certaines rencontres privées ayant, selon les premiers éléments, donné lieu à une consommation de drogues.
Si l’existence d’un réseau structuré était établie, le dossier pourrait être requalifié dans le champ de la criminalité organisée. Parallèlement, des investigations financières approfondies sont en cours pour vérifier d’éventuels faits de blanchiment de capitaux. Notamment via des sociétés-écrans ou des transferts suspects entre le Sénégal et l’étranger. Au-delà de l’aspect pénal, cette affaire soulève un enjeu de santé publique. Le Sénégal mène, depuis plusieurs années, des campagnes actives de prévention et de dépistage du VIH.
Vers de nouvelles arrestations ?
L’enquête, qualifiée de « complexe » par plusieurs sources judiciaires, pourrait encore connaître des développements. Les communications électroniques saisies, notamment via des applications de messagerie, sont en cours d’analyse. De nouvelles interpellations ne sont pas exclues si des éléments probants venaient à émerger. L’arrestation du journaliste de la RTS constitue ainsi un tournant dans ce dossier à fort retentissement médiatique.
Entre enjeux judiciaires, sanitaires et sociétaux, l’affaire « Pape Cheikh Diallo et Cie » s’impose déjà comme l’un des dossiers les plus sensibles de ces dernières années au Sénégal. Dans l’attente des conclusions de l’instruction, une certitude s’impose : cette affaire, née de l’arrestation d’un Français à Dakar, a désormais pris une ampleur nationale, mettant à l’épreuve les institutions judiciaires et médiatiques du pays.





