Sénégal : Pape Cheikh Diallo et Djiby Dramé écroués dans une affaire d’« actes contre nature » et blanchiment présumé


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Djiby Dramé et Pape Cheikh Diallo
Djiby Dramé et Pape Cheikh Diallo

Au Sénégal, une procédure judiciaire visant douze personnes, dont l’animateur Pape Cheikh Diallo et le chanteur Djiby Dramé, retient fortement l’attention de l’opinion. Inculpés pour association de malfaiteurs, « actes contre nature », mise en danger de la vie d’autrui et blanchiment de capitaux présumé, les mis en cause ont été placés en détention provisoire. L’enquête, menée par la Brigade de Recherches de Keur Massar sous l’autorité du parquet, se poursuit dans un climat médiatique particulièrement sensible.

A Dakar,

Une affaire judiciaire impliquant douze personnes, dont l’animateur Pape Cheikh Diallo et Djiby Dramé, suscite une vive attention au Sénégal. Placés sous mandat de dépôt, les mis en cause sont poursuivis pour association de malfaiteurs, actes contre nature, mise en danger de la vie d’autrui et blanchiment de capitaux présumé. L’enquête, confiée à la Brigade de Recherches de Keur Massar, se poursuit sous la supervision du parquet.

Une information judiciaire ouverte pour plusieurs chefs d’accusation

Selon des sources judiciaires, les douze suspects ont été inculpés à l’issue de leur présentation devant le procureur compétent. Les infractions visées sont lourdes : association de malfaiteurs, actes contre nature, une qualification prévue et réprimée par le Code pénal sénégalais, mise en danger de la vie d’autrui et blanchiment de capitaux. Au Sénégal, l’article 319 du Code pénal incrimine les relations homosexuelles, passibles de peines d’emprisonnement.

Cette disposition, régulièrement débattue dans l’espace public et par les organisations de défense des droits humains, demeure en vigueur. Les poursuites engagées s’inscrivent donc dans le cadre légal actuel, même si elles suscitent des réactions contrastées au sein de l’opinion. Le chef d’accusation de blanchiment de capitaux laisse entendre que les enquêteurs soupçonnent l’existence de flux financiers jugés suspects. Les investigations permettront de déterminer l’origine des fonds, leur circuit et leur éventuelle finalité.

Extraction de prison et poursuite des investigations

Mardi, soit au lendemain de leur placement sous mandat de dépôt, les personnes mises en cause ont été extraites de leur lieu de détention. Cette procédure, encadrée par le Code de procédure pénale, permet aux enquêteurs de poursuivre les auditions, d’organiser d’éventuelles confrontations ou de procéder à des vérifications complémentaires. L’opération a été menée par les éléments de la Brigade de Recherches (BR) de la Compagnie de gendarmerie de Keur Massar, agissant sur délégation judiciaire.

Ce type de délégation autorise les enquêteurs à accomplir des actes précis dans le cadre d’une information judiciaire ouverte par le parquet ou un juge d’instruction. D’après des sources proches du dossier, les investigations portent notamment sur la structuration présumée du réseau, les responsabilités individuelles et les éventuels liens financiers entre les protagonistes.

Le respect de la présomption d’innocence

Le parquet supervise l’ensemble de la procédure afin de garantir la régularité des actes posés. Les autorités rappellent que les personnes concernées bénéficient de la présomption d’innocence, principe fondamental du droit pénal sénégalais et des conventions internationales ratifiées par le pays. En cas de renvoi devant une juridiction de jugement, il appartiendra au tribunal compétent d’apprécier la matérialité des faits et la culpabilité éventuelle des prévenus.

Les avocats de la défense pourraient, le cas échéant, contester la qualification des infractions ou la régularité de certaines pièces de la procédure. Les poursuites pour « actes contre nature » s’inscrivent dans un contexte national où les questions liées à l’orientation sexuelle demeurent particulièrement sensibles. Plusieurs organisations internationales ont, par le passé, appelé à une révision des dispositions pénales relatives à l’homosexualité. Toutefois, les autorités sénégalaises ont toujours affirmé leur attachement aux textes en vigueur, invoquant des considérations socioculturelles et juridiques.

Une affaire très médiatisée

Sur le plan financier, la mention du blanchiment de capitaux renvoie aux engagements du Sénégal en matière de lutte contre la criminalité économique et le financement illicite. Le pays est membre du Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (GIABA), qui encourage le renforcement des dispositifs de contrôle et de traçabilité des flux financiers. La présence de personnalités parmi les mis en cause confère à l’affaire une résonance particulière.

Il s’agit de Pape Cheikh Diallo, personnalité médiatique, connu du grand public pour ses activités d’animation. Mais aussi Djiby Dramé, chanteur d’origine malienne. Sur les réseaux sociaux, les réactions se multiplient, oscillant entre soutien, indignation et appels à la prudence. Des observateurs invitent à éviter tout procès médiatique et à laisser la justice suivre son cours. En attendant, l’affaire reste en phase d’enquête active. Les autorités judiciaires affirment vouloir faire toute la lumière sur ce dossier sensible, dans le respect strict des procédures et des droits de la défense.

Alioune Diop
Une plume qui balance entre le Sénégal et le Mali, deux voisins en Afrique de l’Ouest qui ont des liens économiques étroits
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