Sénégal : après la mort d’Abdoulaye Ba, l’onde de choc qui ébranle l’université et interpelle l’État


Lecture 4 min.
L'étudiant Abdoulaye Ba
L'étudiant Abdoulaye Ba

La mort d’Abdoulaye Ba, étudiant à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, a provoqué une onde de choc bien au-delà du campus. Sur fond de tensions liées aux retards de bourses et d’affrontements avec les forces de sécurité, le drame soulève de nombreuses interrogations sur les circonstances exactes du décès. 

A Dakar,

Le nom d’Abdoulaye Ba s’est imposé en quelques jours dans le débat public sénégalais. Étudiant en chirurgie dentaire, il a perdu la vie à la suite d’affrontements survenus au sein de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Depuis, une question domine toutes les autres : que s’est-il réellement passé lors de cette journée de violences ? Alors que l’enquête suit son cours, la société sénégalaise se trouve face à ses propres fractures.

Une génération sous pression

Avant même le drame, le climat était tendu. Les retards de paiement des allocations étudiantes nourrissaient un mécontentement croissant. Les amphithéâtres bruissaient de discussions sur la précarité, les conditions d’études et l’avenir professionnel. « Les bourses ne sont pas un privilège, ce sont des moyens de survie pour beaucoup », explique Marième Sarr, étudiante en licence. « Quand elles tardent, tout se bloque : le logement, la nourriture, les supports pédagogiques. La frustration s’accumule ».

Ce jour-là, la contestation a franchi un seuil. Les forces de sécurité sont intervenues. Les échanges ont dégénéré. Des scènes de course et de dispersion ont suivi. Quelques heures plus tard, la nouvelle de la mort d’un étudiant se répandait, provoquant stupeur et incompréhension. Les premiers éléments médicaux évoquent des traumatismes internes multiples.

Le choc psychologique d’une communauté

Dans les jours qui ont suivi, les cours ont été suspendus. Des groupes d’étudiants se sont rassemblés pour se soutenir. L’émotion a pris le pas sur la colère. Pour Amadou Gaye, étudiant en sciences économiques, « ce n’est pas seulement la mort d’un camarade, c’est la perte d’un repère. On se rend compte que l’université, censée être un espace de savoir, peut devenir un lieu de danger ».

La psychologue Khady Touré observe un traumatisme collectif. « Quand un jeune meurt dans un contexte de confrontation, cela crée un sentiment d’insécurité durable. Certains étudiants présentent des troubles du sommeil, de l’anxiété, un besoin constant de comprendre ce qui s’est passé ». Les autorités ont assuré que toute la lumière serait faite. Un responsable du ministère de la Justice, sous couvert d’anonymat, affirme que « l’enquête suit son cours dans le respect des procédures. Les conclusions seront rendues publiques une fois les expertises finalisées ».

Des voix étudiantes qui réclament des réformes

Cependant, la communication institutionnelle est jugée insuffisante par certains observateurs. Le sociologue Ibrahima Fall estime que « dans un contexte aussi sensible, la transparence doit être proactive. Le silence ou l’attente prolongée alimentent les interprétations les plus diverses ». Il rappelle que l’université sénégalaise a souvent été le théâtre de mobilisations sociales. « Elle concentre les espoirs d’ascension sociale et les frustrations économiques. Lorsqu’un drame survient, il réactive des tensions anciennes ».

Au-delà des circonstances précises du décès, de nombreux étudiants pointent un problème plus profond. Moussa Diallo, représentant d’une association académique, insiste sur la nécessité d’un dialogue structurel. « On ne peut pas continuer à gérer les crises dans l’urgence. Il faut repenser la relation entre étudiants, administration et forces de sécurité ».

« Un test pour la crédibilité des institutions »

Il appelle à des mécanismes de médiation permanents pour éviter l’escalade. « Si les revendications sont entendues en amont, on évite que la colère ne déborde ». La mort d’Abdoulaye Ba est sortie du cadre universitaire. Des organisations de la société civile ont exprimé leur préoccupation. Des débats ont émergé dans les médias et sur les réseaux sociaux.

Pour l’analyste politique Seydou Ndiaye, « ce drame intervient dans un contexte où la jeunesse réclame davantage de perspectives économiques et sociales. La gestion de cette affaire sera un test pour la crédibilité des institutions ». Il souligne que la confiance publique dépendra de la clarté des conclusions. « Si les résultats de l’enquête sont précis, argumentés et accessibles, ils pourront apaiser les tensions. Dans le cas contraire, le doute persistera ».

Alioune Diop
Une plume qui balance entre le Sénégal et le Mali, deux voisins en Afrique de l’Ouest qui ont des liens économiques étroits
Newsletter Suivez Afrik.com sur Google News