Sénégal : après la mort d’un étudiant à l’Ucad, plusieurs responsables placés en garde à vue


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Université Cheikh Anta Diop de Dakar
Université Cheikh Anta Diop de Dakar

Au Sénégal, l’affaire de la mort d’un étudiant sur le campus de l’Université Cheikh Anta Diop (Ucad) de Dakar connaît un tournant décisif avec le placement en garde à vue de plusieurs responsables. Alors que l’enquête judiciaire s’intensifie pour établir les responsabilités dans les violences survenues lors d’affrontements liés aux bourses universitaires, la pression monte sur les autorités, appelées à faire toute la lumière sur ce drame qui secoue profondément la communauté universitaire.

A Dakar,

L’enquête judiciaire ouverte après la mort d’un étudiant en chirurgie dentaire à l’Université Cheikh Anta Diop (Ucad) de Dakar entre dans une nouvelle phase. Plusieurs responsables ont été placés en garde à vue dans le cadre des investigations, selon des sources proches du dossier. Une évolution dans cette affaire qui a profondément choqué la communauté universitaire et relancé le débat sur la gestion des mouvements étudiants au Sénégal.

Le décès d’Abdoulaye Ba est survenu à la suite d’affrontements violents sur le campus social, où des tensions couvaient depuis plusieurs jours autour du paiement des bourses universitaires. La ministre de la Justice, Yassine Fall, a confirmé la saisine du parquet et assuré que « toute la lumière serait faite » sur les circonstances exactes du drame.

Qui sont les responsables en garde à vue ?

Les placements en garde à vue concernent des personnes soupçonnées d’avoir joué un rôle direct ou indirect dans les violences ayant précédé le décès de l’étudiant. Si les autorités restent discrètes sur les identités et les fonctions précises des personnes concernées, ces mesures visent à déterminer les responsabilités pénales éventuelles. Selon les premiers éléments de l’enquête, les investigations portent à la fois sur les conditions de l’intervention des forces de l’ordre et sur l’organisation du mouvement de contestation.

Les enquêteurs cherchent notamment à établir la chronologie des faits, à analyser les ordres donnés et à vérifier la conformité des opérations menées sur le campus. Ces gardes à vue pourraient déboucher sur des mises en examen si des charges suffisantes sont retenues. À ce stade, aucune conclusion définitive n’a été communiquée, mais la procédure judiciaire marque un tournant dans la gestion de la crise.

Violences à l’Ucad : une intervention justifiée par l’État

De son côté, le gouvernement défend toujours l’intervention policière. Le ministre de l’Intérieur, Bamba Cissé, a évoqué des renseignements signalant des risques imminents de dégradations d’infrastructures universitaires, notamment le restaurant central et le self du campus social. Les autorités affirment que des actes de vandalisme ont été constatés et que du matériel potentiellement dangereux aurait été découvert dans certaines chambres étudiantes.

Pour l’exécutif, ces éléments justifiaient une action rapide afin d’éviter une escalade. Toutefois, la mise en garde à vue de responsables montre que la version officielle ne met pas fin aux interrogations. L’enquête devra déterminer si l’usage de la force était proportionné et conforme aux règles en vigueur.

Bourses universitaires : une réforme à l’origine de la crise

Au cœur de la contestation, la question des retards de paiement des bourses étudiantes. Le ministère de l’Enseignement supérieur évoque un ajustement technique destiné à harmoniser le calendrier académique et le calendrier de versement des aides financières. Cette explication ne convainc pas une partie des étudiants, qui dénoncent une dégradation de leurs conditions de vie. Pour beaucoup, les tensions accumulées ont créé un climat explosif sur le campus, aboutissant aux affrontements tragiques.

L’enquête devra également éclaircir le rôle joué par certains leaders du mouvement étudiant. Les autorités ont évoqué d’éventuelles influences extérieures, tandis que les organisations étudiantes rejettent toute instrumentalisation. Cette fermeture temporaire du campus accentue la pression sur les autorités, alors que la communauté universitaire réclame vérité et justice

Alioune Diop
Une plume qui balance entre le Sénégal et le Mali, deux voisins en Afrique de l’Ouest qui ont des liens économiques étroits
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