
Au Sénégal, l’émotion ne retombe pas après le décès d’Abdoulaye Ba sur le campus de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Alors que les autorités promettent de faire toute la lumière sur les circonstances du drame, des éléments médicaux faisant état de graves lésions internes, touchant notamment le cerveau, les poumons, la rate et le rein, alimentent interrogations et spéculations. Entre exigences de transparence, tensions universitaires et bataille judiciaire, l’affaire prend une dimension nationale.
A Dakar,
La mort d’Abdoulaye Ba continue de secouer le Sénégal. Quatre jours après le drame survenu à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), les premiers éléments médico-légaux révélés dans la presse alimentent une vive controverse. Les lésions constatées lors de l’autopsie évoquent des traumatismes multiples et sévères. Mais une question centrale demeure : ces blessures résultent-elles de coups, d’une chute ou d’un enchaînement de chocs dans un contexte d’affrontements ?
Autopsie d’Abdoulaye Ba : des hémorragies internes massives
Selon des informations concordantes issues de sources proches du dossier, l’examen médico-légal fait état de plusieurs atteintes graves. Parmi elles : un hémothorax, accumulation de sang entre le poumon et la paroi thoracique,, une hémorragie sous-durale au niveau du cerveau consécutive à un traumatisme crânien, une rupture de la rate et une hémorragie touchant le rein gauche.
Ces lésions internes traduisent des chocs d’une intensité importante. En médecine légale, ce type de tableau peut être observé lors d’accidents violents, de chutes de hauteur ou d’impacts répétés. Toutefois, seul un rapport d’autopsie complet, croisé avec des expertises complémentaires (toxicologie, analyses histologiques, reconstitution des faits), pourra établir une chronologie précise des blessures. À ce stade, aucune conclusion officielle n’a été communiquée publiquement par les autorités judiciaires.
Une famille dans l’attente du rapport officiel
Un certificat médical mentionnant la cause du décès circule, mais la famille affirme ne pas avoir reçu le rapport intégral d’autopsie. Elle a appelé les autorités à éclairer la famille sur les circonstances exactes du décès. Cette attente nourrit l’émotion et la défiance. Les faits remontent au 9 février 2026. Ce jour-là, l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar a été le théâtre de violents heurts entre étudiants et forces de sécurité.
À l’origine de la mobilisation : des arriérés de bourses, un sujet récurrent dans l’enseignement supérieur sénégalais. Au fil des heures, la situation s’est dégradée. Des véhicules de sécurité ont pénétré dans l’enceinte du campus social, des gaz lacrymogènes ont été utilisés jusque dans les résidences universitaires et plusieurs bâtiments ont été endommagés. L’infirmerie a enregistré plus d’une centaine de blessés, certains évacués vers l’hôpital Fann.
Chute accidentelle ou violences physiques ?
C’est en fin de journée que la nouvelle du décès d’Abdoulaye Ba s’est propagée. Âgé de 25 ans, il est étudiant en deuxième année de chirurgie dentaire originaire de Matam. Des camarades affirment qu’il ne participait pas activement aux manifestations. La nature des blessures constatées ouvre plusieurs hypothèses. Une hémorragie sous-durale est fréquemment associée à un traumatisme crânien sévère, pouvant résulter d’une chute sur une surface dure. La rupture de la rate et les lésions rénales sont, elles, souvent liées à des chocs abdominaux violents.
Dans un contexte d’affrontements marqués par des mouvements de foule, des courses-poursuites et l’usage de gaz lacrymogènes, plusieurs scénarios sont envisageables : chute dans les escaliers, impact contre un obstacle, coups reçus ou combinaison de ces facteurs. Des experts en médecine légale rappellent que seule une reconstitution précise, appuyée par des témoignages et d’éventuelles images de vidéosurveillance, permettra de déterminer si les traumatismes sont compatibles avec une chute unique ou avec des coups répétés.
Campus fermé, traumatisme collectif
Au lendemain des violences, les autorités ont annoncé la fermeture temporaire du campus social de l’UCAD. Un dispositif de suivi psychologique a été promis aux étudiants. Beaucoup décrivent une atmosphère de choc et d’insécurité. La mort d’Abdoulaye Ba intervient dans un climat déjà tendu entre étudiants et autorités. Ce, sur fond de revendications sociales et de critiques sur la gestion des manifestations universitaires.
Parallèlement, la situation judiciaire de trois responsables étudiants ravive les tensions. Wally Faye, Bathie Fall et Demba Ka ont été maintenus en garde à vue après les affrontements. Ils ont entamé une grève de la faim pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme une détention arbitraire. Au total, 109 interpellations ont été recensées, dont 106 suivies de libérations. Les trois leaders font face à des accusations lourdes : trouble à l’ordre public, participation à une manifestation non déclarée et destruction de biens publics et privés.
Une affaire devenue nationale
Leur maintien en détention est perçu par certains comme un signal politique fort. Tandis que les autorités assurent vouloir établir les responsabilités de manière impartiale. Au-delà du campus, l’affaire Abdoulaye Ba est devenue un sujet national. Des organisations estudiantines, des syndicats et plusieurs figures politiques réclament une enquête indépendante et la publication intégrale du rapport d’autopsie.
Au Sénégal, l’université est historiquement un espace de débats intenses et parfois de confrontations. Mais la mort d’un étudiant dans l’enceinte même du campus marque un seuil symbolique. La clé réside désormais dans la manifestation de la vérité scientifique et judiciaire. Les résultats définitifs de l’enquête détermineront si les lésions constatées sur le cœur des débats (cerveau, poumon, rate, rein) sont le fruit d’un accident tragique ou de violences.





