Mort accidentelle d’un touriste français dans le massif tchadien de l’Ennedi


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Le massif de l'Ennedi dans le Sahara tchadien (photo Afrik.com)
Le massif de l'Ennedi dans le Sahara tchadien (photo Afrik.com)

Disparu depuis quarante-huit heures, Paul Ferreri, touriste français expérimenté, en visite dans le nord du Tchad, a été retrouvé sans vie malgré les recherches acharnées menées par les autorités tchadiennes. «Nous avons retrouvé le corps sans vie dans les montagnes de Bachikelé et attendons le procureur pour qu’il en fasse un constat précis avant toute évacuation sur Ndjamena » a déclaré le ministre de la culture et du tourisme tchadien Abakhar Rozi Teguil. 

Reportage exclusif et hommage de notre Envoyé spécial

Paul Ferreri, âgé de 70 ans, originaire de Dijon en France, s’était rendu au Tchad afin d’assister à la 6eme édition du Festival International des Cultures Sahariennes d’Amdjarass (FICSA). Le séjour comme le parcours dans le magnifique massif de l’Ennedi avait été organisé avec précision par l’agence de voyages française spécialisée Point Afrique et
l’association culturelle française La Saharienne, rassemblant une cinquantaine de touristes aguerris au désert et familiers des destinations sahéliennes.

Affiche du FICSA 2026

Après un séjour dans la ville d’Amdjarass où est organisé le FICSA, les touristes et les journalistes présents à cette expédition, à laquelle AFRIK.COM participait, se sont rendus dans le mythique massif de l’Ennedi pour trois jours de découverte du désert tchadien à partir du mardi 10 février.

Mercredi 11 février, alors qu’instructions avaient été données d’attendre les véhicules et les chauffeurs-guides pour une visite de « l’arche de Djulio » et du Guelta de Bachikele, quelques touristes se sont éloignés du groupe et du camp de base, sans autorisation préalable, sans même en aviser l’équipe d’encadrement, et en dehors du dispositif établi afin d’explorer la zone en toute sécurité. Parmi eux figurait Paul Ferreri, un homme passionné de randonnées, habitué au désert, client fidèle de l’agence Point Afrique accompagné d’un de ses amis, également français.  À la mi-journée un randonneur qui les avaient rencontrés seuls sans eau, ni crème solaire, ni autres matériels de survie, signala l’absence des deux randonneurs aux responsables du groupe qui déployèrent aussitôt les ressources nécessaires pour une première recherche, accompagnées de celui qui avait signalé leur absence et le lieu où il les avait rencontrés.

Rapidement l’un des deux hommes fut retrouvé, vivant, assoiffé et fatigué, indiquant qu’il s’était «égaré» en voulant retourner au camp. Son compagnon et lui s’étaient séparés car lui-même n’était plus en état de poursuivre leur balade… Son compagnon de marche continuant alors sa progression, seul dans le désert.

4×4 et chameliers de l’expédition partent à la recherche du randonneur égaré (photo afrik.com)

De retour avec le premier randonneur, les autorités en place dans le camp et les responsables ont alors immédiatement déployé une autre vague de véhicules et motos pour la recherche de Paul Ferreri, uitilisant les dernières informations données par son compagnon de randonnée. Des recherches qui se poursuivirent sans discontinuer toute l’après-midi et la nuit jusqu’à deux heures du matin…

Jeudi 12 février l’armée tchadienne, les chameliers et la population environnante furent ensemble mobilisés pour effectuer les recherches, l’espoir de le retrouver régulièrement ravivé par la découverte ça et là de traces de son passage, confirmant le témoignage de certains villageois qui l’avaient vu passer la veille. Efforts infructueux.

C’est donc seulement ce vendredi 15 février au matin que le corps sans vie du randonneur a été retrouvé. Il serait, selon les sources officielles, « mort après une chute » dans les  collines de la zone où il souhaitait parvenir. Le fils de la victime, resté en France, a été informé rapidement du décès de son père par l’Ambassade de France au Tchad et les autorités tchadiennes donnèrent cette tragique nouvelle à l’ensemble des autres participants du groupe, marcheurs ou journalistes, mettant ainsi fin aux multiples spéculations qui avaient cours. Nul enlèvement crapuleux, nulle attaque terroriste, comme le faisait redouter à certains la proximité de la frontière du Soudan, actuellement déchiré par la violence… Mais l’épilogue tragique d’une chute, vraisemblablement due à la fatigue extrême du marcheur solitaire, confronté successivement à la chaleur implacable de la journée et au froid mordant de la nuit dans l’Ennedi.

Victime de sa passion pour le Sahara

Victime de sa passion pour le désert du Sahara, Paul Ferreri a donc perdu la vie accidentellement, dans la beauté splendide du Massif de l’Ennedi, où il voulait respirer cette atmosphère unique d’éternité, et la puissance grandiose et hiératique de cette terre fascinante, mais dangereuse. Sa mémoire rejoint celle de tant et tant, même familiers du désert, qui y ont laissé la vie, emportés par leur fascination pour ce coin de terre, où l’homme confronte sa fragilité et sa solitude radicales, face à l’immémorial minéral et à la beauté à couper le souffle d’un monde premier, presque inhabitable.

Honneur à Paul Ferreri, randonneur de l’éternel Ennedi, et profondes condoléances à ses proches.

La mythique Arche de Djulio, toute proche…
Franck Biyidi
LIRE LA BIO
Franck Biyidi est diplômé de l'IRIC (Institut des Relations Internationales du Cameroun) je suis spécialiste des relations internationales au sein de la Francophonie et de l'Union Africaine et de tout ce qui touche la diplomatie en Afrique francophone
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