Sénégal : trois responsables étudiants à l’UCAD entament une grève de la faim en garde à vue


Lecture 3 min.
Université Cheikh Anta Diop de Dakar
Université Cheikh Anta Diop de Dakar

La tension monte à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, où trois leaders étudiants ont entamé une grève de la faim après leur maintien en garde à vue. Leur situation ravive les crispations nées des affrontements récents sur le campus. Entre accusations graves et dénonciation d’une répression ciblée, l’affaire polarise la communauté universitaire. Le dossier pourrait devenir un nouveau test pour la gestion des mouvements étudiants au Sénégal.

Le calme est loin d’être revenu dans les esprits à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD). Alors que la grande majorité des étudiants interpellés lors des récents affrontements ont retrouvé la liberté, le sort de trois leaders syndicaux cristallise désormais toutes les tensions. Wally Faye, président de l’Amicale de la Faculté de Droit, Bathie Fall, président de séance de la Faculté des Sciences Juridiques et Politiques (FSJP), et Demba Ka de la Faculté des Lettres, sont les derniers à rester sous les verrous. Pour marquer leur opposition à ce qu’ils considèrent comme une détention arbitraire, ces trois responsables ont officiellement entamé une grève de la faim.

Un tri sélectif parmi les interpellés

Le décompte final de la police fait état de 109 interpellations menées au cœur du campus et dans ses environs immédiats suite aux violences du début de semaine. Si les auditions marathon se sont achevées mercredi soir vers 20 heures, entraînant la libération de 106 étudiants, le parquet a décidé de maintenir les trois responsables en garde à vue.

Cette décision est perçue par la communauté estudiantine comme une volonté manifeste de décapiter les organisations syndicales de l’université, d’autant que certains ont été arrêtés en dehors du cadre des manifestations, parfois même dans des structures hospitalières.

Des chefs d’accusation particulièrement lourds

La police sénégalaise ne compte pas relâcher la pression sur ces trois figures du mouvement. Les griefs retenus contre eux sont particulièrement graves : trouble à l’ordre public, participation à une manifestation non déclarée, mais aussi destruction de biens publics et privés.

Les autorités les soupçonnent d’avoir non seulement participé, mais surtout orchestré les actes de vandalisme et de violence qui ont secoué l’UCAD. Face à ces accusations, les avocats de l’Association des Jeunes Avocats du Sénégal (AJAS), qui assurent leur défense bénévolement, dénoncent une criminalisation de l’action syndicale.

Une atmosphère de traque sur le campus

L’annonce de la prolongation de la garde à vue et le début de la grève de la faim des trois responsables ont jeté un froid sur le campus. Plusieurs autres délégués étudiants, craignant d’être les prochains sur la liste, ont confié à la presse vivre désormais dans la clandestinité. Ils dénoncent une « traque » organisée et une atteinte flagrante à la liberté académique.

De son côté, le ministère de l’Enseignement supérieur, par la voix du professeur Abdoul Aziz Diouf, appelle au respect du temps de l’enquête, affirmant que les responsabilités seront établies avec impartialité, quel que soit le bord des contrevenants.

Maceo Ouitona
LIRE LA BIO
Maceo Ouitona est journaliste et chargé de communication, passionné des enjeux politiques, économiques et culturels en Afrique. Il propose sur Afrik des analyses pointues et des articles approfondis mêlant rigueur journalistique et expertise digitale
Newsletter Suivez Afrik.com sur Google News