
L’arrestation d’un jeune militant ayant déchiré une photo officielle du Président Bassirou Diomaye Faye ravive les tensions au sein de la majorité sénégalaise. Entre accusations publiques, rivalités internes et tentatives d’apaisement, l’affaire révèle les fragilités d’un pouvoir encore en phase de consolidation.
A Dakar,
Ce samedi 2e 29 novembre, les autorités sénégalaises ont placé sous mandat de dépôt Mouhamadou Bachir Sylla, un jeune militant originaire de Saint-Louis, après la diffusion d’une vidéo devenue virale. On y voit le jeune homme déchirer le portrait officiel du président Diomaye Faye avant de le jeter au sol. Le parquet a retenu plusieurs chefs d’inculpation : offense au président, injures publiques et atteinte au respect dû aux institutions.
Une décision qui intervient alors que des séquences similaires se multiplient sur les réseaux sociaux, témoignant d’un climat politique surchauffé. Bachir Sylla affirme que l’enregistrement avait été réalisé « en privé » et diffusé sans son autorisation. Il dit regretter ce qu’il présente comme « un accès de colère politique », un mea culpa qui n’a pas suffi à empêcher son incarcération.
Multiplication des vidéos militantes : symptôme d’un climat de défiance
Depuis plusieurs semaines, des militants filment des actes symboliques de contestation : désabonnements publics de la page officielle du président, portraits décrochés puis remplacés par ceux du Premier ministre Ousmane Sonko… Ces gestes, qui se veulent politiques mais parfois provocateurs, alimentent un débat houleux sur la cohésion de la majorité.
Pour Amnesty International, les poursuites engagées contre le jeune militant sont « abusives » et menacent la liberté d’expression. Son directeur exécutif, Seydi Gassama, alerte sur un risque de dérive répressive dans un contexte où les tensions internes gagnent en visibilité.
Des accusations explosives au cœur de la majorité
L’affaire éclate alors qu’un autre épisode secoue déjà la scène politique. Sur le plateau de Walf TV, le député Cheikh Bara Ndiaye, présenté comme proche du Pastef, a, il y a quelques jours, accusé le Président Diomaye Faye de mettre en place une stratégie visant à affaiblir Ousmane Sonko en vue de l’élection présidentielle de 2029. Selon lui, le chef de l’État chercherait à diviser le Pastef afin d’en prendre progressivement le contrôle.
Il évoque même une « stratégie de récupération » de directeurs généraux, ministres et députés. Le parlementaire affirme également que certaines personnalités impliquées dans des rapports administratifs auraient bénéficié d’une clémence judiciaire négociée, dans le but de les détourner du Premier ministre. Parmi les noms cités figurent notamment Mbagnick Diouf, le chanteur Waly Seck et d’anciens dignitaires de l’APR. Des allégations qui ont suscité un tollé et conduit certains responsables politiques à réclamer la levée de son immunité parlementaire.
La Présidence tente d’apaiser les tensions
Face à l’intensification des spéculations, Bassirou Diomaye Faye a réuni le Bureau politique de Pastef pour réaffirmer la solidité de son alliance avec Ousmane Sonko. Une rencontre décrite comme un tournant, tant elle contraste avec les doutes qui entouraient leur relation ces dernières semaines. Le Président a insisté sur la « confiance réciproque » qui l’unit à son Premier ministre, assurant que leurs échanges n’ont jamais été rompus.
Le retour anticipé de Sonko à la Primature, considéré comme un geste d’apaisement, semble confirmer cette volonté de stabilisation. La tempête interne avait éclaté après la nomination d’Aminata Touré à la tête de la conférence des leaders de la coalition « Diomaye Président ». Une décision très contestée par des cadres du Pastef, qui y ont vu une remise en cause de l’équilibre du pouvoir.





