RDC : le crash de Kenge décapite la justice militaire congolaise


Lecture 4 min.
Les lieutenants-généraux Lucien-René Likulia Bakumi et Joseph Mutombo Katalay Tiende
Les lieutenants-généraux Lucien-René Likulia Bakumi et Joseph Mutombo Katalay Tiende, morts dans le crash du vendredi 25 septembre 2026

Le choc n’est pas encore retombé à Kinshasa. Au soir même du crash d’un avion de la compagnie Tracep à Kenge, dans la province du Kwango, les hommages ont afflué pour saluer la mémoire des victimes. Parmi elles, deux figures centrales de la justice militaire congolaise : le lieutenant-général Joseph Mutombo Katalay Tiende, premier président de la Haute Cour militaire, et le lieutenant-général Lucien-René Likulia Bakumi, auditeur général des Forces armées de la RDC (FARDC).

Le drame s’est produit vendredi 25 septembre, alors que l’appareil effectuait le trajet retour entre Kikwit et Kinshasa. Les premières informations faisaient état de 13 morts. Certaines sources provinciales ont ensuite évoqué jusqu’à 17 victimes, mais ce bilan restait à confirmer samedi matin, les données de vol diffusées par la Régie des voies aériennes faisant état de 16 personnes à bord. Aucun survivant n’a été retrouvé.

Dans un premier temps, seul le décès du lieutenant-général Lucien-René Likulia Bakumi avait été annoncé, aux côtés de celui d’autres militaires, avant que la mort de Joseph Mutombo Katalay Tiende ne soit à son tour confirmée par les FARDC. Les autorités doivent encore établir définitivement le nombre et l’identité de toutes les victimes ainsi que les circonstances exactes de l’accident.

Deux magistrats au cœur de la justice militaire

Pour Guillaume Ngefa, ministre d’État, ministre de la Justice et garde des Sceaux, la disparition des deux officiers généraux dépasse la seule communauté judiciaire. Il évoque la perte de deux serviteurs de l’État dont l’action était étroitement liée au fonctionnement de la justice militaire.

Joseph Mutombo Katalay Tiende dirigeait la Haute Cour militaire depuis sa nomination en février 2020. À ce poste, il avait présidé plusieurs audiences sensibles impliquant de hauts responsables militaires. En janvier 2025, lors d’un échange avec les magistrats militaires, il les avait exhortés à améliorer leur rendement et la qualité de leurs décisions, tout en rappelant que toute décision de justice, œuvre humaine, pouvait être imparfaite.

La même délégation comprenait également Lucien-René Likulia Bakumi, auditeur général des FARDC près la Haute Cour militaire. Sa disparition prive ainsi la justice militaire de deux de ses plus hauts responsables au même moment.

Une mission qui s’achève tragiquement

Les deux magistrats revenaient d’une mission de service à Kikwit. Le crash a brutalement interrompu ce déplacement professionnel. Selon les données rendues publiques par Tryphon Kin-Kiey Mulumba, président du conseil d’administration de la Régie des voies aériennes, le Let L-410 immatriculé 9S-GUC transportait 16 personnes, dont quatre membres d’équipage. Certaines sources provinciales ont ensuite évoqué jusqu’à 17 morts, un bilan qui restait samedi matin à confirmer.

L’appareil aurait rencontré des difficultés alors qu’il survolait Kenge. Le pilote aurait effectué plusieurs tours au-dessus de la ville à la recherche d’un endroit où tenter un atterrissage avant que l’avion ne s’écrase dans une parcelle. Les services compétents ont été chargés de sécuriser le site, de récupérer les éléments utiles à l’enquête et de déterminer les causes de l’accident. Les premières informations disponibles ne permettent donc pas encore d’établir les responsabilités ni l’origine précise de la défaillance.

« Une part de la mémoire institutionnelle »

Dans son hommage, Guillaume Ngefa a surtout insisté sur ce que représente cette disparition pour l’État congolais. « La justice congolaise et la nation perdent en eux deux hauts magistrats militaires d’une valeur exceptionnelle, deux serviteurs éminents de l’État, profondément attachés à leur mission et à l’exigence de justice qui guide notre République », a écrit sur X le garde des Sceaux.

Avant de poursuivre : « Au-delà de leurs fonctions et de leurs grades, je retiens deux hommes de conviction, d’intégrité et de grande valeur, qui ont consacré leur vie au service de l’État, de la justice et de la défense de nos institutions. Leur engagement, leur rigueur et leur sens du devoir resteront gravés dans notre mémoire collective ». Et de conclure : « C’est une part de notre mémoire institutionnelle qui s’en va avec eux ». Le Président Félix Tshisekedi a également rendu hommage aux victimes et présenté les condoléances de la nation aux familles endeuillées lors du Conseil des ministres.

Pour les proches comme pour les magistrats et militaires qui les ont côtoyés, l’heure est désormais au recueillement, mais aussi aux questionnements : comprendre ce qui s’est passé dans le ciel de Kenge et établir avec précision les circonstances de cet accident qui laisse la justice militaire congolaise face à une perte particulièrement lourde.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
Newsletter Source préférée