Qui étaient les Amazones du Dahomey ? Au Bénin, un monument raconte leur histoire


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La statue monumentale des Amazones à Cotonou rend hommage aux Agojié, les célèbres guerrières du royaume du Dahomey
La statue monumentale des Amazones à Cotonou rend hommage aux Agojié, les célèbres guerrières du royaume du Dahomey

À Cotonou, l’esplanade des Amazones s’impose désormais comme l’un des symboles les plus marquants du paysage urbain béninois. Dominée par une statue monumentale dédiée aux célèbres guerrières du royaume du Dahomey, elle attire visiteurs, curieux et passionnés d’histoire. Derrière cette œuvre spectaculaire se cache l’histoire des Agojié, ces femmes soldats qui ont marqué l’organisation militaire du royaume.

Au pied du monument, le Dr Joel Accalogoun, expert en tourisme, revient sur les origines de cette armée féminine et sur la portée historique et touristique de ce symbole.

Les Agojié, ces femmes soldats qui ont marqué le royaume du Dahomey

Si le monde les connaît aujourd’hui sous le nom d’« Amazones du Dahomey », ces guerrières étaient à l’origine appelées Agojié. Ce corps d’élite militaire féminin est l’un des épisodes les plus remarquables de l’histoire politique et militaire de l’Afrique précoloniale.

Selon le Dr Joel Accalogoun, expert en tourisme et fin connaisseur du patrimoine béninois, la création de ce régiment remonterait au début du XVIIIᵉ siècle. Il évoque notamment le rôle de la reine Tassin Hangbé, sœur jumelle du roi Akaba, qui aurait pris la tête de l’armée après la mort de son frère lors d’une campagne militaire.

« Pour éviter la démoralisation des troupes, elle aurait porté les attributs de son frère et conduit l’armée au combat », explique l’expert. Cette victoire lui permit d’être reconnue comme souveraine, mais son accession au pouvoir suscita des tensions au sein de la cour royale. Afin d’assurer sa sécurité et de consolider son autorité, elle aurait alors constitué une garde rapprochée composée exclusivement de femmes.

C’est ce corps d’élite qui deviendra progressivement le célèbre régiment des Agojié, que les Européens surnommeront plus tard « Amazones », en référence aux guerrières de la mythologie grecque.

Une armée disciplinée et remarquablement organisée

Au fil du temps, ces combattantes vont s’imposer comme une composante essentielle de l’armée du royaume du Dahomey. Plusieurs souverains, notamment les rois Agadja et Ghézo, contribueront à renforcer leur rôle et à structurer davantage leur organisation militaire.

Selon le Dr Accalogoun, cette armée féminine était particulièrement bien organisée. Les Agojié étaient réparties en plusieurs unités spécialisées chargées de différentes missions, allant du combat rapproché à l’utilisation d’armes à feu. Certaines unités étaient également dédiées aux opérations offensives ou à la traque de l’ennemi.

« Tout était structuré et organisé, aussi bien sur le plan administratif que militaire », souligne-t-il. Cette organisation témoigne du niveau de sophistication atteint par le royaume du Dahomey à une époque où plusieurs États africains développaient déjà des institutions politiques et militaires complexes.

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Des guerrières qui ont marqué la résistance à la colonisation

À la veille de la conquête coloniale, les Amazones du Dahomey représentaient une force militaire redoutée. Leur nombre varie selon les sources historiques, mais certains auteurs évoquent plusieurs milliers de combattantes au sein de ce régiment d’élite.

Leur bravoure sur les champs de bataille impressionna même leurs adversaires. Le Dr Accalogoun rappelle qu’au moment des campagnes militaires menées par la France contre le royaume du Dahomey, une « Marseillaise du Dahomey » aurait été composée pour galvaniser les troupes françaises engagées dans ces combats.

Les affrontements furent particulièrement violents à la fin du XIXᵉ siècle. Les Amazones participèrent à plusieurs batailles contre les forces coloniales et incarnèrent la résistance du royaume face à l’expansion européenne.

Certaines d’entre elles se sont illustrées lors de combats particulièrement meurtriers. « Elles se battaient avec une discipline et une détermination qui n’avaient rien à envier aux armées étrangères », affirme l’expert.

Le roi Béhanzin et l’hommage aux Amazones

La chute du royaume du Dahomey intervient finalement en 1894, lorsque les forces coloniales françaises mettent fin à la royauté. Mais avant la défaite finale, le roi Béhanzin aurait rendu hommage au courage et à la fidélité des Amazones.

Dans le récit évoqué par le Dr Accalogoun, le souverain aurait chanté un rituel pour saluer ces combattantes tombées sous les obus lors des affrontements avec les troupes coloniales.

À travers ce chant, le roi reconnaissait la bravoure et la loyauté de ces femmes qui avaient combattu jusqu’au bout pour défendre le royaume.

Un monument devenu symbole touristique du Bénin

Aujourd’hui, la statue monumentale des Amazones érigée à Cotonou ne constitue pas seulement un hommage historique. Elle s’inscrit également dans une stratégie de valorisation touristique du pays.

Pour le Dr Accalogoun, ce monument contribue à construire une image forte pour la destination Bénin. Selon lui, le tourisme s’appuie largement sur l’histoire et la culture d’un pays pour attirer les visiteurs.

« Si l’on veut parler de destination touristique, il faut se référer à l’image que renvoie un pays. Les Amazones participent aujourd’hui à cette image du Bénin », explique-t-il.

L’esplanade des Amazones est ainsi devenue un espace où se croisent plusieurs formes de tourisme. Les visiteurs viennent à la fois pour découvrir l’histoire du royaume du Dahomey, se recueillir autour de cette mémoire historique ou simplement profiter d’un lieu de promenade et de détente.

Une mémoire historique devenue symbole national

Au-delà de sa dimension touristique, la statue des Amazones incarne aujourd’hui un symbole poignant de l’histoire et de l’identité nationale béninoise.

Elle rappelle l’existence d’un royaume où les femmes occupaient une place centrale dans la défense du territoire et dans l’organisation militaire. Pour de nombreux Béninois, ces guerrières représentent désormais un symbole de courage, de résistance et de fierté nationale.

À travers ce monument, le Bénin met ainsi en avant l’un des épisodes les plus singuliers de son histoire et invite les visiteurs à redécouvrir un patrimoine qui continue d’inspirer le pays et au-delà.

Fidele K
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Fidèle K est journaliste et rédactrice spécialisée, passionné par l'Afrique et ses dynamiques politiques, culturelles et sociales. A travers ses articles pour Afrik, elle met en lumière les enjeux et les réalités du continent avec précision et engagement.
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