
L’arrestation du journaliste Arnold Mukose provoque une onde de choc dans les médias ougandais. Cette figure critique des lois sur le numérique se retrouve aujourd’hui en détention. L’affaire ravive les inquiétudes sur la liberté d’expression dans le pays.
Arnold Mukose, journaliste reconnu à Kampala, a été interpellé après avoir dénoncé les dérives du Computer Misuse Act. Âgé de 41 ans, il s’était imposé comme une voix engagée contre les restrictions liées à l’usage d’internet. Pourtant, malgré l’invalidation partielle de cette loi par la Cour constitutionnelle en mars 2026, les pressions sur les acteurs médiatiques persistent. Son arrestation intervient dans un contexte où la critique publique expose de plus en plus à des poursuites judiciaires.
Un enlèvement en plein jour et des accusations contestées
Le 29 mars dernier, après une émission de radio où il alertait une fois de plus sur les dérives législatives, Arnold Mukose a été intercepté à sa sortie par des hommes en civil. Emmené de force vers une destination inconnue, il a laissé ses proches dans l’angoisse durant de longues heures avant d’être localisé dans un commissariat de la capitale. Entre-temps, une perquisition musclée à son domicile a permis aux autorités de saisir l’ensemble de son matériel de travail, dont téléphones et ordinateurs.
Les autorités l’accusent aujourd’hui d’avoir diffusé de fausses informations. Selon la version officielle, l’organisation liée au journaliste aurait relayé un message de l’écrivain Kakwenza annonçant le décès de la Première dame. Arnold Mukose réfute catégoriquement ces faits. Il assure n’avoir jamais publié une telle information. Malgré ses dénégations, il a été placé en détention provisoire jusqu’au 14 avril 2026, dans des conditions décrites comme précaires par son père, Moses Mukose, qui évoque une cellule souterraine, humide et dépourvue de literie de base.
Le spectre de l’autocensure gagne les rédactions
Pour les confrères de Mukose, cette procédure judiciaire sert de prétexte. Elle vise à faire taire une voix jugée trop active. L’onde de choc dépasse le cadre individuel et crée un climat de suspicion généralisée dans les rédactions ougandaises. Kenneth Lukwago, journaliste local, décrit un changement radical des pratiques professionnelles depuis cette arrestation. Les rédactions filtrent désormais le choix des invités et les thèmes abordés à l’antenne, par crainte de représailles. Cette évolution marque un recul net de la spontanéité médiatique.
Ronald Kabuye, représentant de l’Association des journalistes ougandais, met en avant un paradoxe inquiétant. La justice a abrogé certaines parties de la loi sur l’usage d’internet. Pourtant, l’appareil sécuritaire exploite toujours les leviers restants pour poursuivre les dissidents. La critique des responsables publics devient une zone à haut risque juridique. Le simple exercice du droit de regard citoyen peut alors se transformer en dossier criminel, sous l’accusation de « diffusion de fausses informations ».
Un signal d’alarme pour la liberté d’expression
L’affaire Mukose constitue, pour de nombreux observateurs, un test majeur pour l’état de droit en Ouganda. En s’attaquant à un journaliste engagé contre les lois liberticides, les autorités adressent un message sans ambiguïté à toute la profession. La famille du détenu salue son engagement pour les droits humains et l’information des citoyens. Pourtant, ces qualités exposent désormais les journalistes à des risques accrus.
Alors que le journaliste attend son audience dans sa cellule à Kampala, la mobilisation internationale s’organise. Pour la profession, la détention d’Arnold Mukose dépasse le cas individuel. Elle illustre une pression croissante sur la presse, où l’indépendance éditoriale a un coût élevé.




