Ebola en RDC : pourquoi la souche Bundibugyo inquiète autant l’OMS


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Ebola-Ituri RDC
Ebola-Ituri RDC

L’épidémie d’Ebola déclarée en Ituri, dans l’est de la RDC, s’aggrave. L’OMS a relevé le risque national de « élevé » à « très élevé », alors que la souche Bundibugyo, plus rare que la souche Zaïre, ne dispose pas de vaccin homologué. Une alerte qui ravive le souvenir des grandes flambées d’Ebola en RDC et en Afrique de l’Ouest.

La République démocratique du Congo fait face à sa 17e épidémie d’Ebola depuis la découverte du virus, en 1976. Déclarée officiellement le 15 mai 2026, cette nouvelle flambée inquiète d’autant plus qu’elle ne concerne pas la souche Zaïre, mieux connue en RDC et déjà ciblée par des vaccins. Le virus détecté en Ituri appartient à l’espèce Bundibugyo, plus rare, pour laquelle aucun vaccin homologué ni traitement spécifique validé n’est disponible à ce jour.

Les déplacements de population vecteur d’Ebola

Vendredi 22 mai, l’Organisation mondiale de la Santé a relevé son évaluation du risque national de « élevé » à « très élevé », tout en maintenant le risque régional à « élevé » et le risque mondial à un niveau faible. Cette décision ne tient pas seulement à la souche en cause. Elle s’explique aussi par la progression rapide des cas suspects, le risque de sous-déclaration et les difficultés d’intervention dans une zone marquée par l’insécurité.

Selon les données communiquées par l’OMS, 82 cas ont été confirmés, dont 7 décès confirmés. Les autorités sanitaires recensent aussi près de 750 cas suspects et 177 décès suspects. Le foyer se concentre dans les zones de santé de Rwampara, Mongbwalu et Bunia, en province d’Ituri.

Dans cette région de l’est congolais, les violences armées, les déplacements de population et la faiblesse des structures sanitaires compliquent chaque étape de la riposte.

Les rites des enterrements vecteurs de contagion

Les équipes doivent mener de front l’identification et ma gestion des malades, mais aussi la sécurisation des enterrements. Ce dernier point reste sensible. En Ituri, des résistances apparaissent déjà autour des mesures sanitaires, notamment lorsque les familles ne peuvent pas accomplir les rites funéraires habituels. Un centre de traitement à Rwampara a été pris pour cible, rappelant que l’adhésion des communautés reste aussi décisive que la réponse médicale.

La souche Bundibugyo renforce cette inquiétude. Elle avait été identifiée pour la première fois en Ouganda, dans le district de Bundibugyo, à la fin des années 2000. Elle provoque la même maladie à virus Ebola, avec fièvre, grande fatigue, douleurs, vomissements, diarrhées et, dans les formes graves, atteintes hémorragiques.

La RDC a déjà payé un lourd tribut à Ebola

Mais elle ne bénéficie pas aujourd’hui du même arsenal médical que la souche Zaïre. L’OMS rappelle que les précédentes flambées liées à Bundibugyo ont affiché des taux de létalité importants pouvant aller jusqi’à 50%, même s’ils varient selon les épisodes.

Entre 2018 et 2020, la grande épidémie du Nord-Kivu et de l’Ituri a constitué la deuxième crise Ebola la plus importante jamais enregistrée, après celle d’Afrique de l’Ouest. Elle avait fait plus de 2 200 morts.

Quelques années plus tôt, l’épidémie d’Afrique de l’Ouest avait changé l’échelle de la menace Ebola. Partie de Guinée avant de s’étendre au Liberia et à la Sierra Leone, elle avait provoqué plus de 28 000 cas et plus de 11 000 morts entre 2013 et 2016.

Cette mémoire explique la vigilance actuelle. Ebola recule vite lorsque les cas sont isolés tôt, les contacts suivis et les communautés associées à la réponse. Mais l’inverse est tout aussi vrai. Dans une région instable, une flambée localisée peut échapper au contrôle si la surveillance, les moyens logistiques et la confiance ne suivent pas. En Ituri, la priorité est désormais de contenir la propagation, de protéger les soignants et d’accélérer la recherche sur les contre-mesures médicales adaptées à la souche Bundibugyo.

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