
Dans un geste qui suscite inquiétude et critiques à l’échelle nationale et internationale, l’Ouganda a annoncé la restriction de l’accès à Internet ce mardi 13 janvier dès le milieu de l’après-midi pour une durée indéterminée, à deux jours seulement du double scrutin présidentiel et législatif prévu le 15 janvier.
Selon une lettre émanant de la Uganda Communications Commission (UCC) relayée par plusieurs médias, cette suspension vise à « atténuer la propagation rapide de la désinformation […] en ligne, la fraude électorale et les risques connexes, ainsi qu’à empêcher l’incitation à la violence ».
Une mesure au cœur de vives controverses
Officiellement, l’autorité de régulation des télécommunications affirme que ces restrictions sont nécessaires pour préserver la sécurité nationale et l’intégrité du processus électoral. L’ordre impose aux opérateurs de bloquer le trafic Internet public – incluant les réseaux mobiles, la fibre optique et même les services satellitaires – tout en maintenant un accès limité à certains systèmes essentiels pour les autorités.
Cette décision intervient après une période de démentis officiels. Il y a moins de dix jours, le gouvernement et la ministre des Technologies de l’information avaient nié toute intention de fermer l’accès à Internet, qualifiant les rumeurs de « fausses informations » susceptibles de créer la peur et la confusion au sein de la population.
Ce n’est pas la première fois qu’un tel blackout se produit en Ouganda. Lors des élections générales de 2021, les autorités avaient déjà coupé l’accès à Internet pendant environ 100 heures, affectant non seulement la communication mais aussi les services bancaires, les transactions en ligne et l’activité économique dans son ensemble. Les pertes économiques de cette coupure avaient été estimées à plusieurs centaines de milliards de shillings ougandais. Des observateurs de droits numériques et des acteurs de la société civile avaient vivement critiqué cette mesure, arguant qu’elle entravait la liberté d’expression, la transparence électorale et les droits civiques fondamentaux.
Contexte politique déjà tendu
L’Ouganda se dirige vers ces élections dans un climat de forte polarisation. Le Président Yoweri Museveni, 81 ans, en poste depuis 1986, brigue un septième mandat malgré des accusations croissantes d’autoritarisme, de répression des opposants et de manipulation des institutions. Son principal rival est Robert Kyagulanyi, alias Bobi Wine, ancien musicien devenu leader politique, très populaire auprès des jeunes urbains. Wine et d’autres figures de l’opposition ont dénoncé à plusieurs reprises le manque d’équité dans le processus électoral et le climat de peur instauré par les autorités.
Cette tension se reflète aussi dans d’autres mesures récentes, comme la restriction des importations d’équipements Starlink, qui limite l’accès potentiel à des moyens alternatifs de connexion, et l’ordre donné à deux grandes organisations de défense des droits humains de cesser leurs activités à quelques jours du vote.
Réactions nationales et internationales
La mesure de coupure d’Internet a suscité des réactions immédiates. Des organisations de défense des droits numériques au niveau international ont appelé les autorités à maintenir un accès sans entrave aux réseaux, arguant que cela est essentiel pour une participation démocratique libre et équitable. Au sein du pays, certaines voix soutiennent la décision comme un moyen de prévenir la désinformation virale et de protéger l’ordre public, tandis que d’autres y voient un outil de censure qui limite l’accès à l’information en plein moment électoral crucial.
Dans tous les cas, la coupure de l’accès à Internet interroge sur l’équilibre entre sécurité et liberté dans un pays dont la vie politique a été marquée ces dernières années par une répression accrue des voix dissidentes. Entre les critiques affirmant que ces restrictions sont un frein à l’expression démocratique et les défenseurs de l’ordre public justifiant la mesure, l’impact de cette décision sur la transparence du scrutin et sur la confiance du public reste à observer.




