
À quarante-huit heures du scrutin présidentiel, l’Ouganda est entré ce mardi dans le silence électoral après une campagne tendue et profondément polarisée. Jeudi 15 janvier, près de 20 millions d’électeurs sont appelés à choisir entre la continuité incarnée par le président sortant Yoweri Museveni et l’alternance portée par l’opposant Bobi Wine.
La poussière des derniers meetings ne s’est pas encore déposée sur Kampala que le pays entre déjà dans une période de silence électoral. Ce mardi 13 janvier marque la fin officielle d’une campagne intense et polarisée, avant que les 20 millions d’électeurs ougandais ne se rendent aux urnes ce jeudi 15 janvier pour les élections générales. Entre la promesse de stabilité du président sortant et le désir de rupture d’une jeunesse urbaine, l’enjeu dépasse le simple renouvellement des instances dirigeantes.
Museveni et le serment de la stabilité
Le président Yoweri Museveni, 81 ans, brigue un septième mandat avec une assurance forgée par 40 années de pouvoir. Lors de ses derniers rassemblements dans l’ouest du pays, notamment dans le district de Kasese, le chef de l’État a revêtu sa chemise jaune emblématique du Mouvement national de résistance (NRM) pour marteler son message fétiche : la paix chèrement acquise. Pour lui, l’Ouganda ne peut se permettre d’expérimenter le changement.
Le candidat du NRM a rejeté fermement les politiques basées sur le sectarisme ethnique ou religieux, les qualifiant de stériles. En mettant en avant la consolidation des institutions nationales comme l’armée et la police, il a appelé les électeurs à « protéger les acquis ». Ce discours, axé sur le développement économique et la sécurité, vise à rassurer une base électorale qui craint le retour aux périodes troubles que le pays a connues avant 1986.
Bobi Wine et le symbole du drapeau
À l’autre extrémité du spectre politique, Robert Kyagulanyi Ssentamu, plus connu sous son nom de scène Bobi Wine, incarne l’espoir d’une génération née sous le règne de Museveni. Dans le centre-ville de Kampala, malgré l’annulation de certains de ses rassemblements, l’opposant a réussi à réunir une foule compacte dans le quartier Aga Khan. Vêtu de son habituel gilet pare-balles, il a fait du drapeau national un symbole de ralliement et de protestation.
Le leader de la Plateforme d’unité nationale (NUP) a dénoncé un climat d’intimidation, évoquant la présence constante des services de sécurité. Dans un appel vibrant à l’unité, il a exhorté ses partisans à rester solidaires face aux pressions. Pour Bobi Wine, cette élection est une « révolution » par les urnes, destinée à mettre fin à ce qu’il décrit comme un virage autoritaire du régime.
Un appareil d’État en ordre de bataille
Au-delà de la guerre des mots, l’organisation du pouvoir semble plus verrouillée que jamais. Le contrôle institutionnel exercé par le clan Museveni s’est renforcé, impliquant désormais activement la Première dame Janet Museveni et leurs filles dans des secteurs stratégiques. En coulisses, l’influence du général Muhoozi Kainerugaba, fils du président et chef de l’armée, pèse lourdement sur le dispositif sécuritaire.
La surveillance s’est intensifiée dans les rues de la capitale, où les patrouilles de véhicules banalisés rappellent la tension qui entoure ce scrutin. Alors que l’opposition dénonce une machine répressive et craint des fraudes, le gouvernement assure que toutes les mesures sont prises pour garantir un vote calme. Le monde entier observe désormais ce duel entre le vieux lion de la brousse et l’ancienne popstar du ghetto, dont l’issue déterminera le visage de l’Ouganda pour les cinq prochaines années.



