
La campagne pour l’élection présidentielle du 15 mars s’est officiellement ouverte au Congo-Brazzaville. Le président sortant Denis Sassou Nguesso, 82 ans, se présente pour un nouveau mandat de cinq ans, présenté comme le dernier autorisé par la Constitution. Face à lui, six candidats d’opposition entrent en lice dans un paysage politique marqué par la fragmentation et l’absence de certains grands partis.
Dans ce pays riche en ressources pétrolières mais confronté à d’importantes inégalités sociales, le scrutin s’annonce déterminant, même si son issue paraît largement favorable au chef de l’État sortant.
Un lancement à Pointe-Noire sous haute mobilisation
C’est à Pointe-Noire, capitale économique et pétrolière du pays, que la campagne a été lancée samedi 28 février. Le président Denis Sassou Nguesso y a tenu son premier grand meeting. Il était entouré de partisans vêtus de t-shirts à son effigie et brandissant des affiches promettant une « vague » en faveur du « patriarche ».
La campagne, qui doit durer jusqu’au 13 mars, précède le premier tour prévu le 15 mars. À Brazzaville comme à Pointe-Noire, les panneaux d’affichage se multiplient. Les grandes artères sont quadrillées par les forces de sécurité. Dans plusieurs quartiers, les commerces ont fermé pour l’occasion.
Un président au pouvoir depuis plus de quatre décennies
Militaire de carrière, Denis Sassou Nguesso a dirigé une première fois le pays de 1979 à 1992 sous le régime du parti unique, avant de revenir au pouvoir en 1997 à l’issue d’une guerre civile. Depuis, il a remporté les scrutins de 2002, 2009, 2016 et 2021.
Une réforme constitutionnelle adoptée en 2015 a supprimé la limite d’âge de 70 ans et modifié le nombre maximal de mandats, lui permettant de se représenter. Début février, il a annoncé sa candidature pour un nouveau mandat de cinq ans. Celui-ci est présenté comme le dernier autorisé par la Loi fondamentale.
Une opposition fragmentée et des partis absents
Sept candidats sont officiellement en lice, dont six figures de l’opposition. Parmi eux, Destin Davet, 34 ans, du Mouvement républicain, se présente pour la première fois. D’autres candidats, comme Joseph Kignoumbi Kia Mboungou ou Anguios Nguangui Engambé, participent à nouveau à la compétition. Cependant, les principaux partis d’opposition, notamment l’Union des démocrates humanistes (UDH-Yuki) et l’Union panafricaine pour la démocratie sociale (UPADS), ont choisi de ne pas prendre part au scrutin. Ils estiment que les conditions d’une « élection crédible » ne sont pas réunies.
Depuis 2002, l’opposition conteste systématiquement les résultats des élections remportées par Denis Sassou Nguesso. Deux anciens candidats à la présidentielle de 2016, le général Jean-Marie Michel Mokoko et André Okombi Salissa, restent détenus après avoir été condamnés pour « atteinte à la sûreté intérieure ».
Entre stabilité revendiquée et défis économiques
Ancienne colonie française, la République du Congo dispose d’importantes ressources pétrolières et gazières. Pourtant, près de la moitié de ses six millions d’habitants vit sous le seuil de pauvreté.
Les partisans du président mettent en avant une croissance estimée à 3,1 % en 2025, le développement des infrastructures routières et électriques et l’amélioration de l’accès à l’électricité. D’autres voix soulignent la persistance des difficultés économiques et le manque d’opportunités, notamment pour la jeunesse.
Denis Sassou Nguesso est crédité d’avoir rétabli une certaine stabilité après les conflits des années 1990. Toutefois, les organisations de défense des droits humains dénoncent régulièrement des restrictions des libertés publiques et des pressions sur les opposants.
Un scrutin à l’issue prévisible ?
Dans ce contexte, la réélection du chef de l’État apparaît probable aux yeux de nombreux observateurs. L’appareil du Parti congolais du travail (PCT) reste solidement implanté et la dynamique de campagne joue en faveur du président sortant.
Reste que cette nouvelle élection se déroule dans un climat de vigilance accrue de la société civile et d’attentes sociales fortes. Si le résultat semble peu incertain, la participation et la perception de la crédibilité du scrutin pourraient constituer les véritables enjeux de cette présidentielle.




