Ouganda : le duel persistant entre le « Vieux » et l’enfant du ghetto


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Bobi Wine, opposant ougandais
L'opposant ougandais, Bobi Wine

En Ouganda, la présidentielle de janvier 2026 rejoue un affrontement devenu emblématique. Bobi Wine, figure de la contestation et voix d’une jeunesse marginalisée, défie une nouvelle fois Yoweri Museveni, au pouvoir depuis près de quarante ans. Ce duel cristallise les fractures profondes d’un pays partagé entre continuité autoritaire et désir de rupture générationnelle.

Le paysage politique ougandais s’apprête à vivre un nouveau face-à-face électrique. Robert Kyagulanyi, plus connu sous son nom de scène Bobi Wine, défie une nouvelle fois Yoweri Museveni lors de l’élection présidentielle de ce mois de janvier 2026. À 43 ans, l’ancien chanteur de raggamuffin devenu leader de la Plateforme d’unité nationale (NUP) incarne l’espoir d’un changement pour une jeunesse qui n’a jamais connu d’autre dirigeant que l’actuel chef de l’État. Face à lui, le « Mzee », âgé de 81 ans et au pouvoir depuis 1986, s’appuie sur une machine d’État hégémonique pour conserver son fauteuil.

Une popularité ancrée dans les quartiers oubliés

Bobi Wine tire sa force de ses origines modestes dans le bidonville de Kamwokya, au cœur de Kampala. Bien qu’il vive aujourd’hui dans une résidence confortable, il conserve son titre de « président du ghetto », un symbole puissant dans un pays où plus de 70 % de la population a moins de 30 ans.

Ses chansons dénonçant les injustices sociales résonnent comme des hymnes pour une génération touchée par la pauvreté et le sentiment d’abandon. Cette connexion organique avec la rue lui permet de rassembler des foules immenses, malgré une répression qui s’est intensifiée depuis ses premiers pas en politique comme député en 2017.

Un parcours marqué par la répression et la violence

Le chemin vers les urnes est, pour l’opposant, semé d’embûches et de brutalités. Depuis sa première candidature en 2021, Bobi Wine a multiplié les séjours en détention, les assignations à résidence et a même dénoncé des actes de torture, des épreuves documentées dans un film nominé aux Oscars.

La campagne actuelle ne déroge pas à cette règle de fer : les forces de sécurité ont dispersé plusieurs de ses rassemblements à coups de gaz lacrymogène. Selon Amnesty International, au moins 400 de ses partisans ont été arrêtés récemment, et les affrontements ont déjà coûté la vie à au moins l’un de ses soutiens en novembre dernier.

Le défi de renverser un système verrouillé

Malgré l’enthousiasme qu’il suscite, notamment dans son fief du Buganda et dans les centres urbains, Bobi Wine fait face à un défi colossal. Le régime de Yoweri Museveni dispose d’un soutien solide au sein de l’armée et dans les zones rurales, où l’influence de l’opposition peine encore à s’imposer.

Pour le président sortant, qui traite son rival de « petit-fils indiscipliné », la stabilité du pays repose sur son expérience de guérillero ayant mis fin à l’ère de la tyrannie. Pourtant, l’insistance de Bobi Wine à rester « debout, ensemble » avec ses partisans suggère que, quel que soit le résultat officiel du scrutin, la contestation du modèle actuel est désormais profondément ancrée dans la société ougandaise.

Maceo Ouitona
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Maceo Ouitona est journaliste et chargé de communication, passionné des enjeux politiques, économiques et culturels en Afrique. Il propose sur Afrik des analyses pointues et des articles approfondis mêlant rigueur journalistique et expertise digitale
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