
À Madagascar, plusieurs militants du mouvement Gen Z ont été interpellés. Ces arrestations visent des figures engagées de la jeunesse. Elles suscitent de vives inquiétudes dans la capitale. La situation relance le débat sur les libertés publiques.
Une vague d’interpellations touche actuellement des membres du mouvement Gen Z à Madagascar. Parmi eux figure Herizo Andriamanantena, considéré comme l’un des leaders du groupe. Ces arrestations, confirmées par des sources proches du dossier et par des élus de l’opposition, alimentent les tensions politiques. Elles interviennent dans un contexte institutionnel encore fragile. À Antananarivo, le climat reste marqué par l’incertitude et les interrogations sur la gestion des voix critiques.
Des interpellations dans l’ombre et la controverse
Les événements ont pris une tournure inquiétante depuis le début de la semaine. Des signalements de disparitions forcées et d’enlèvements ont d’abord circulé sur les réseaux sociaux avant que la localisation des militants ne soit précisée. Selon le député Antoine Rajerison, qui s’est rendu sur place pour apporter son soutien, les jeunes activistes sont retenus dans les locaux de la Brigade criminelle à Anosy. Parmi les personnes interpellées figurent des noms bien connus de la contestation juvénile comme Miora et Nomena. La défense dénonce des méthodes brutales. Elle évoque aussi des arrestations menées par des hommes cagoulés à bord de véhicules banalisés. Ces actions alimentent les accusations de dérive autoritaire portées par les organisations de défense des droits humains.
Une marche pacifique aux lourdes conséquences
L’origine de ce coup de filet remonte à une manifestation organisée samedi dernier entre Ambohijatovo et la place du 13 mai. Bien que de taille modeste, ce rassemblement portait des revendications radicales : la dissolution de l’Assemblée nationale, de la Haute Cour Constitutionnelle et de la Commission Électorale Nationale Indépendante. Les manifestants accusent le régime actuel de trahir les idéaux de rupture portés lors de la chute d’Andry Rajoelina. Pour les autorités, ce discours dépasse le cadre de la simple opinion politique. Les griefs officiels sont lourds, allant de l’atteinte à la sûreté de l’État à l’association de malfaiteurs, en passant par le trouble à l’ordre public, justifiés par l’absence d’autorisation officielle pour le rassemblement.
La mise au pas des voix critiques
La pression ne s’exerce pas uniquement sur la jeunesse. Le général à la retraite Désiré Ramakavelo, ancien ministre de la Défense et observateur respecté, a lui aussi été convoqué par la Brigade criminelle. Bien que relâché après plusieurs heures d’audition, cette convocation sonne comme un avertissement. Le pouvoir lui reprocherait d’avoir reçu les leaders de la Gen Z à son domicile. Le général Ramakavelo s’est récemment illustré par ses critiques acerbes contre la présence de mercenaires étrangers dans la garde présidentielle et son appel à un sursaut de dignité de l’armée malgache. Cette connexion apparente entre l’expérience des anciens et l’énergie des jeunes semble inquiéter les instances dirigeantes qui dénoncent, par la voix du colonel Michaël Randrianirina, une manipulation orchestrée par l’opposition.
Un test majeur pour les libertés publiques
Face à ce qu’elle qualifie de « détentions arbitraires« , la société civile malgache commence à se mobiliser massivement. Un collectif regroupant des dizaines d’ONG a officiellement mis en garde contre une dégradation alarmante des droits civils. Alors que la Présidence affirme ne pas interférer dans les affaires judiciaires, le silence des autorités officielles sur les conditions de détention renforce le sentiment d’une justice instrumentalisée. Cette affaire cristallise désormais le débat sur la place de la jeunesse dans la démocratie malgache et interroge sur la capacité du régime à tolérer une opposition qui ne se reconnaît plus dans les structures traditionnelles du pouvoir.




