
À l’Assemblée nationale de la République démocratique du Congo, le débat autour du projet de loi sur relatif au référendum prend une tournure de plus en plus complexe. Ce mercredi 27 mai, la majorité parlementaire regroupée au sein de l’Union sacrée a poursuivi l’examen du texte malgré le retrait spectaculaire des députés de l’opposition, qui dénoncent une tentative de « passage forcé » sur une question jugée explosive.
L’ambiance était extrêmement tendue, ce mercredi au Palais du Peuple, siège du Parlement congolais, à Kinshasa. Avant l’ouverture de la séance plénière qui devait se pencher sur le projet de loi, les députés du groupe parlementaire « Ensemble » ont décidé de se retirer de la salle pour manifester leur désaccord quant à l’examen du projet de loi sur le référendum. Mais, cela n’a pas empêché les députés de la majorité de poursuivre leurs travaux.
Une plénière sous haute tension
La séance de ce mercredi à l’Assemblée nationale congolaise s’est ouverte dans une atmosphère lourde. Très vite, les députés de l’opposition, conduits par le groupe parlementaire « Ensemble et Alliés », ont quitté l’hémicycle après une intervention musclée de Christian Mwando. Dans une motion d’information, l’élu a dénoncé l’examen d’une proposition de loi sur le référendum alors que plusieurs territoires de l’est demeurent sous la menace des groupes armés.
Pour l’opposition, il est politiquement et moralement inacceptable d’ouvrir un tel débat pendant que des populations continuent de vivre sous les violences et les déplacements forcés. « Il est inconcevable de débattre d’un référendum pendant qu’une partie du territoire national est sous occupation », a déclaré le député qui a profité de l’occasion pour évoquer également la question de l’état de siège toujours en vigueur au Nord-Kivu et en Ituri. En quittant la salle, les députés opposants ont voulu envoyer un signal fort : ils refusent d’être associés à un processus qu’ils considèrent comme dangereux pour la stabilité du pays.
Le spectre d’une révision constitutionnelle
Officiellement, la majorité affirme que cette proposition de loi vise simplement à encadrer juridiquement l’organisation de référendums prévus par la Constitution. Mais dans les rangs de l’opposition comme au sein de plusieurs organisations de la société civile, les doutes persistent. Depuis plusieurs semaines, les critiques se multiplient contre ce qui est perçu comme une stratégie progressive visant à préparer une modification de certaines dispositions constitutionnelles sensibles, notamment celles liées à la limitation des mandats présidentiels.
Cette méfiance s’explique aussi par l’histoire politique récente du pays. Sous le régime de Joseph Kabila, les débats autour du maintien au pouvoir avaient profondément divisé la société congolaise et provoqué des tensions parfois violentes. Aujourd’hui, une partie de l’opinion redoute que le débat sur le référendum ne soit qu’une première étape vers une réforme constitutionnelle.
L’Union sacrée assume le débat
Du côté de la majorité présidentielle, les accusations de « passage forcé » sont rejetées. Le président de l’Assemblée nationale, Aimé Boji Sangara, a défendu la légitimité du processus parlementaire. Selon lui, le référendum est un outil démocratique reconnu par la Constitution congolaise et le peuple reste souverain pour se prononcer sur les grandes orientations nationales. De l’avis des députés de l’Union sacrée, l’opposition cherche surtout à politiser un débat juridique afin de fragiliser les institutions et entretenir un climat de suspicion.
Mais l’absence de consensus sur un sujet aussi sensible risque d’alimenter davantage les fractures politiques dans le pays. Au-delà du débat parlementaire, cette controverse révèle une tension plus profonde autour de l’avenir institutionnel de la RDC. Le pays fait déjà face à de multiples défis : guerre persistante dans l’est, crise économique, tensions diplomatiques avec le Rwanda et défiance croissante envers la classe politique. Dans ces conditions, le dossier du référendum apparaît désormais comme un nouveau front politique majeur entre majorité et opposition.




