RDC : à Bujumbura, Évariste Ndayishimiye mise sur le dialogue pour désamorcer les tensions politiques


Lecture 4 min.
Evariste Ndayishimiye et la délégation congolaise à Bujumbura, ce 6 juillet 2026
Evariste Ndayishimiye et la délégation congolaise à Bujumbura, ce 6 juillet 2026

Le Président burundais, Évariste Ndayishimiye, également président en exercice de l’Union africaine, a réuni à Bujumbura les principaux leaders de l’opposition congolaise et des représentants des grandes confessions religieuses. Cette initiative vise à désamorcer la crise qui sévit chez le voisin congolais.

Le palais présidentiel Ntare Rushatsi, à Bujumbura, a accueilli ce lundi une rencontre consacrée à la situation politique, sécuritaire et institutionnelle de la République démocratique du Congo. À l’invitation d’Évariste Ndayishimiye, plusieurs figures de l’opposition et des responsables religieux congolais ont répondu présents pour des consultations destinées à encourager le dialogue.

En sa qualité de président en exercice de l’Union africaine, le chef de l’État burundais cherche à favoriser une décrispation du climat politique congolais, alors que les affrontements dans l’est du pays se poursuivent et que le débat autour d’une possible révision constitutionnelle continue d’alimenter les tensions.

Opposition et Églises réunies

La délégation congolaise réunissait les dirigeants de la coalition C64, parmi lesquels Martin Fayulu, Delly Sesanga et Jean-Marc Kabund, ainsi que des représentants des partis de Moïse Katumbi et d’Augustin Matata Ponyo. Les responsables de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), de l’Église du Christ au Congo (ECC) et des Églises de Réveil participaient également aux échanges. Ces confessions religieuses plaident depuis plusieurs mois pour un dialogue inclusif afin d’éviter une nouvelle crise politique.

Les consultations se sont déroulées en plusieurs étapes : des rencontres avec les responsables religieux, puis avec les dirigeants de la C64, avant une séance élargie présidée par Évariste Ndayishimiye. L’opposition avait insisté pour être reçue en bloc, une demande acceptée par les organisateurs.

Défendre l’ordre constitutionnel

Pour les responsables de la coalition C64, cette rencontre représentait une occasion de porter directement leurs préoccupations devant le président en exercice de l’Union africaine. Ils ont réaffirmé leur volonté de défendre l’ordre constitutionnel, de préserver la paix et de garantir la tenue d’élections dans le strict respect des dispositions en vigueur.

Au cœur de leur message figure leur opposition à toute révision de la Constitution qui pourrait, selon eux, ouvrir la voie à un nouveau mandat du Président Félix Tshisekedi. La coalition estime qu’une telle initiative risquerait d’accentuer les tensions politiques et de fragiliser davantage les institutions du pays. C’est d’ailleurs pour répondre à l’invitation de Bujumbura qu’elle a décidé de reporter au 22 juillet la manifestation nationale initialement prévue le 8 juillet.

Les dirigeants de la C64 entendent également attirer l’attention de l’Union africaine sur le contexte dans lequel s’inscrit leur démarche. À leurs yeux, la priorité doit être le retour à un climat politique apaisé, permettant de faire face aux défis sécuritaires auxquels la RDC est confrontée, notamment dans l’est du pays. Ils espèrent que la médiation d’Évariste Ndayishimiye contribuera à favoriser un dialogue inclusif entre les différentes forces politiques et à renforcer le respect des principes démocratiques, condition qu’ils jugent indispensable pour préserver la stabilité du pays.

L’appel au dialogue

À l’issue des consultations, la présidence burundaise a salué des échanges menés « dans un esprit d’ouverture et de confiance ». Évariste Ndayishimiye a appelé les différentes composantes de la société congolaise à privilégier le dialogue et l’unité afin de préserver la paix et la stabilité, aussi bien en RDC que dans l’ensemble de la région des Grands Lacs. Le dirigeant burundais « reconnaît la volonté commune, manifestée au cours de ces échanges, en faveur de la stabilité, de la paix et de la sécurité en République démocratique du Congo et dans la région ».

Cette démarche prolonge le message qu’il avait déjà adressé lors de sa récente visite officielle à Kinshasa, où il avait exhorté les acteurs politiques congolais à faire de la cohésion nationale une priorité face aux défis sécuritaires. Si aucune feuille de route n’a été annoncée à l’issue de la rencontre, ces consultations témoignent de la volonté de l’Union africaine de maintenir ouverts les canaux de discussion. Elles constituent un premier pas vers un dialogue que de nombreux observateurs jugent indispensable pour préserver la stabilité de la RDC.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
Newsletter Source préférée