Madagascar : les OSC mobilisées contre l’impunité après le détournement de 3 811 milliards d’ariary


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Corruption
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À Madagascar, la société civile intensifie la pression après un rapport accablant de la Cour des comptes. Les organisations citoyennes dénoncent des détournements massifs de fonds publics. Elles réclament désormais des poursuites judiciaires et la fin de l’impunité.

Trois semaines après la publication du rapport de la Cour des comptes, la mobilisation ne faiblit pas à Madagascar. Plusieurs organisations de la société civile appellent à des mesures concrètes contre les responsables présumés de détournements de fonds. Elles demandent l’ouverture de procédures judiciaires et la restitution des sommes en cause. Cette affaire ravive le débat sur la gouvernance et la lutte contre la corruption dans la Grande Île.

Un audit historique sous le signe du courage institutionnel

Malgré des moyens limités et des pressions latentes, la Cour des comptes a réussi à produire un document que beaucoup qualifient d’explosif. Les organisations de la société civile, incluant le mouvement ROHY, l’Alliance Voahary Gasy (AVG) et le Collectif des citoyens et des organisations citoyennes (CCOC), ont tenu à saluer la bravoure des magistrats financiers. Pour ces observateurs, cet audit constitue une avancée majeure pour la transparence et le droit à l’information des citoyens malgaches. Elles soulignent que la mise en lumière de ces dossiers a été facilitée par une certaine ouverture au sein du ministère actuel des Finances. Selon elles, cette situation montre qu’une gestion intègre reste possible au cœur de l’État.

L’ampleur vertigineuse des détournements de fonds publics

Les chiffres avancés dans le rapport donnent le tournis : 3 811 milliards d’ariary se seraient volatilisés entre 2022 et 2025. Cette somme colossale, qui dépasse les 810 millions d’euros, représente environ le quart du budget national de la loi des finances. Ndranto Razakamanarina, président de l’AVG, n’hésite pas à qualifier cette situation de haute trahison envers le peuple malgache. Au-delà des pertes financières, la société civile pointe des conséquences humaines dramatiques. Il évoque l’affaire des semences de riz avariées qui a directement mis en péril la santé de la population. Ce constat d’échec administratif et de criminalité économique place désormais les autorités face à leurs responsabilités.

Une exigence de justice contre les anciens hauts dirigeants

Pour les organisations citoyennes, la responsabilité de ce naufrage financier est clairement hiérarchique. Elles réclament des sanctions exemplaires contre les piliers de l’ancien régime. Elles visent explicitement l’ex-président de la République, son Premier ministre et son ministre des Finances. L’heure n’est plus aux simples constats, mais à la qualification pénale des faits devant le Pôle Anti-Corruption et les tribunaux de première instance. Hony Radert, secrétaire générale du CCOC, insiste sur la fin de l’impunité : les coupables doivent être punis de manière appropriée pour avoir pillé les ressources d’un pays où la pauvreté reste endémique.

La restitution des avoirs et le rôle des sentinelles vigilantes

Le combat de la société civile ne s’arrête pas à la condamnation des individus. L’un des enjeux majeurs de cette mobilisation concerne la restitution des fonds détournés et la réparation des préjudices subis par l’État malgache. Les OSC s’engagent à suivre de près l’enquête de l’Inspection générale de l’État, saisie par le président de la Refondation, qui dispose d’un délai de 45 jours pour rendre ses conclusions. En se positionnant comme des sentinelles vigilantes, ces organisations appellent chaque citoyen à sortir de la passivité pour protéger le bien commun. La lutte contre les malversations est désormais perçue comme le chantier prioritaire pour assurer la survie et la dignité de la nation.

Fidele K
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Fidèle K est journaliste et rédactrice spécialisée, passionné par l'Afrique et ses dynamiques politiques, culturelles et sociales. A travers ses articles pour Afrik, elle met en lumière les enjeux et les réalités du continent avec précision et engagement.
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